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La manipulation et les manipulateurs (…et leurs victimes)

 

Bibliographie

  • BARBIER, D. (2013). La fabrique de l’homme pervers. Broché
  • BOUCHOUX, J-C., MIDAL. F. (2014). Les pervers narcissiques. Poche
  • CHAPEAU-MORELLI, P., COUDERC P. (2010). La manipulation affective dans le couple, faire face à un pervers narcissique. Broché
  • EIGUER, A. (2003). Le pervers narcissique et son complice. Dunod.
  • GUEGUEN N. (2011). Psychologie de la manipulation et de la soumission. Dunod
  • HIRIGOYEN, M-F. (1999). Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidienPocket
  • HIRIGOYEN, M.-F., (2002). Le harcèlement moral dans la vie professionnelle. Pocket
  • JOULE, R-V., BEAUVOIS, J-L. (2007). Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens. PUG
  • LEVERT, I. (2011). Les violences sournoises dans le couple. Robert Laffont, coll. Réponses
  • NAZARE-AGA, I. (2004). Les manipulateurs sont parmi nous. Les éditions de l’homme.
  • NAZARE-AGA, I. (2014). Les parents manipulateurs. Les éditions de l’homme.
  • PETITCOLIN, C. (2007). Echapper aux manipulateurs. Broché
  • TAYEBALY, D-F. (2012). Pour en finir avec les pervers narcissiques. Broché

Vidéos

 

Définitions

Définition de « Manipuler » : Amener insidieusement quelqu’un à tel ou tel comportement, le diriger à sa guise; manœuvrer. Manipuler mentalement quelqu’un exige de le piéger et de le tromper : pour le contraindre à dire une chose qu’il ne voulait pas dire, pour le contraindre à faire quelque chose qu’il ne voulait pas faire. S’il y a manipulation, il y a victime. La manipulation mentale implique un dominant et un dominé. Elle créer un déséquilibre dans la relation de communication, un sentiment de mal-être, voir de dépendance pour le dominé.

Définition de « Manipulateur » : Quelqu’un qui use de techniques de manipulation mentale. Le manipulateur tente d’amener les autres à faire ou dire les choses à sa place, ou bien à amener les autres à donner, sans donner en retour. La manipulation peut être « simple » pour obtenir quelque chose ponctuellement ou bien il peut y avoir une relation d’emprise. Les techniques de manipulation principales sont la culpabilisation, les allusions, l’enfermement psychologique, la confusion, l’attaque de l’estime de soi, le chantage affectif… Une personne est manipulatrice à partir du moment où, autour d’elle, des gens se trouvent victimes de ses agissements.

Les types de manipulateurs

Le passif-agressif : il regroupe un ensemble d’attitudes dites passives qu’il exprime indirectement par une hostilité cachée, qui n’est donc pas assumée ou vécue : rancune, frustration, haine, colère, malaise relationnel… Les attitudes passives consistent en diverses formes de résistance, d’impuissance apparente ou d’évitement dans les activités et relations interpersonnelles. Il s’agit d’un mécanisme de défense qui, le plus souvent, n’est que partiellement conscient. Une personnalité passive-agressive n’exprime extérieurement son agressivité qu’à travers une façade passive. Par exemple, la colère est exprimée de manière subtile, par des insinuations ou des comportements non verbaux, souvent niés si ces comportements sont explicités par le sujet qui les subit. Les comportements passifs-agressifs peuvent inclure : la paresse, le refus de prendre des responsabilités ; le fait d’oublier des rendez-vous, des engagements, ou d’arriver continuellement en retard ; la peur de faire confiance aux autres, la paranoïa ; le fait de formuler des paroles ou des insinuations désagréables, puis prétendre que ces paroles ou insinuations ont été mal interprétées, et nier toute arrière-pensée ; le fait de se plaindre ; le fait d’extérioriser des sentiments de façon non verbale (par exemple en claquant une porte, ou en jetant un objet), puis de nier les sentiments que ce comportement peut légitimement évoquer (par exemple la colère) ; le fait de manipuler les gens, de mentir ou, plus largement, d’être malhonnête.

Le manipulateur classique : il est à la recherche de son bénéfice personnel, de ses intérêts, sans se préoccuper du désagrément qu’il cause à autrui. Narcissique, il est guidé par le pouvoir, le gain, la reconnaissance personnelle, la renommée. Il manipule de façon instinctive pour son propre bien. Avoir ce qu’il veut est son objectif principal, peut importe les moyens qui justifieront les moyens. Son intention n’est pas de faire du mal mais de se faire du bien. Mais par définition, la manipulation fait souffrir. Si cela fait souffrir l’autre, ce n’est pas grave. Le manipulateur stratège souffre et se sent délaissé par les autres (ses parents d’abord) et la société. Avoir ce qu’il veut est un juste retour des choses pour lui. Il estime qu’il vaut plus que les autres de répondre à ses besoins. Il est auto-centré et éprouve peu d’empathie. La personnalité du manipulateur a souvent pour origine : un état dépressif, une blessure de jeune enfouie, un complexe d’infériorité, une quête d’identité insatisfaite, une absence d’épanouissement professionnel, un rêve de gloire inassouvi, une instabilité affective, une sexualité refoulée… Pourquoi agit-il ainsi ? Pour faire croire qu’il maitrise la situation, pour se défendre et protéger son intégrité, pour se valoriser par rapport à quelqu’un, pour chercher son identité dans le groupe, pour dominer quelqu’un qu’il estime, pour rejeter quelqu’un qu’il jalouse, pour cacher son mal-être ou son mal de vivre, pour masquer son sentiment d’infériorité, pour gagner du temps pour réfléchir, pour refouler ses peurs et ses angoisses ou pour fuir les responsabilités.

Le manipulateur pervers ou pervers narcissique (PN) : il manipule de façon volontaire et consciente. Il sait qu’il fait du mal. Il prend plaisir à voir la souffrance de quelqu’un tombé sous son emprise. Cette soif de domination provient d’un narcissisme maladif. Ses techniques sont la brutalité ou la compassion. Le manipulateur pervers rentre dans la bulle émotionnelle de sa victime, s’empare de ses émotions intimes, pour prendre le pouvoir sur elle. Comment détecter un manipulateur stratège ? Quand il est trop tard ! C’est ce que disent les gens victimes d’une relation amoureuse, de sectes ou d’escroquerie. Un narcissisme maladif est l’aspect visible d’un profond déséquilibre de la personnalité des PN. C’est souvent un système de défense provenant d’une détestation de soi et de failles narcissiques. Le manipulateur a besoin d’être admiré car au fond, il ne s’aime pas. Sa perversité s’exercera sur le plan psychologique avec ses victimes. Elle peut aussi s’exercer sur le plan physique et devenir du sadisme, mais également sur le plan sexuel et financier.

Les sous-types de manipulateurs

  • Le manipulateur sympathique : il est souriant, amical, extraverti, bon vivant… mais il s’en sert pour augmenter son influence sur les autres.
  • —Le manipulateur séducteur : il est doté d’un physique attrayant, il a « du charme », il regarde dans les yeux, pose des questions embarrassantes, reste mystérieux, et se sert de la séduction pour prendre ce qu’il veut des autres.
  • —Le manipulateur altruiste : il fait beaucoup pour les autres, se rend indispensable et joue le « sauveur ». Il fait tout, paye tout, sans que nous ayons à lui demander, mais on ne peut rien lui refuser car il joue sur le principe de réciprocité. le « donneur » maintient le « receveur » dans une position de débiteur.
  • —Le manipulateur cultivé : il se donne beaucoup de mal à créer une certaine culture générale afin d’impressionner les autres, nous n’osons pas lui poser de questions par peur de paraître stupide, c’est son objectif. Nous le mettons sur un piédestal et mettons davantage en doute nos dires, nos pensées, nos opinions… que les siens.
  • —Le manipulateur timide : il se cache derrière les autres, il est silencieux, se fait presque oublier… mais il se sert d’intermédiaires pour atteindre et blesser les autres, il n’est jamais frontal ni directe.
  • —Le manipulateur dictateur : ses critiques, ses attaques et ses comportements sont souvent violents. Il est craint par son entourage, c’est comme ça qu’il obtient ce qu’il désire. Il provoque la peur et la soumission et impose sa domination dans un rapport de force continu.

Les 31 caractéristiques du manipulateur (Nazare-Aga, 2013)

On peut parler de manipulateur si la personne a 14 caractéristiques minimum :

  • Il culpabilise les autres, au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour, de la conscience professionnelle…
  • Il reporte sa responsabilité sur les autres ou se dément de ses propres responsabilités.
  • Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et ses opinions.
  • Il répond très souvent de façon floue.
  • Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes ou les situations.
  • Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses demandes.
  • Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfait, qu’ils ne doivent jamais changer d’avis, qu’ils doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et aux questions.
  • Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge.
  • Il fait faire ses messages par autrui ou par intermédiaires (téléphone au lieu de choisir le face-à-face, laisse des notes écrites…)
  • Il sème la zizanie et crée la suspicion, divise pour mieux régner et peut provoquer la rupture d’un couple.
  • Il sait se placer en victime pour qu’on le plaigne (maladie exagérée, entourage « difficile », surcharge de travail…)
  • Il ignore les demandes (même s’il dit s’en occuper).
  • Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins (notions d’humanité, de charité, racisme, « bonne » ou « mauvaise » mère…)
  • Il menace de façon déguisée ou fait un chantage ouvert.
  • Il change carrément de sujet au cours d’une conversation.
  • Il évite l’entretien ou la réunion, ou il s’en échappe.
  • Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire à sa supériorité.
  • Il ment.
  • Il prêche le faux pour savoir le vrai, déforme et interprète.
  • Il est égocentrique.
  • Il peut être jaloux même s’il est un parent ou un conjoint.
  • Il ne supporte pas la critique et nie des évidences.
  • Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres.
  • Il utilise très souvent le dernier moment pour demander, ordonner ou faire agir autrui.
  • Son discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes, ses actes ou son mode de vie répondent au schéma opposé.
  • Il utilise des flatteries pour nous plaire, fait des cadeaux ou se met soudain aux petits soins pour nous.
  • Il produit un état de malaise ou un sentiment de non-liberté (piège).
  • Il est efficace pour atteindre ses propres buts, mais aux dépens d’autrui.
  • Il nous fait faire des choses que nous n’aurions probablement pas faites de notre gré.
  • Il est constamment l’objet de discussions entre gens qui le connaissent, même s’il n’est pas là.

Zoom sur le pervers narcissique (PN)

« La perversion d’un conjoint, d’un parent, d’un supérieur peut briser un couple, défaire une vie ou ruiner une carrière professionnelle. La stratégie perverse cherche à déstabiliser l’autre, par une séduction flatteuse ou un acharnement souvent sournois et subtil, puis par une disqualification insidieuse et récurrente. L’objectif est d’obtenir un moyen de contrôle sur l’affection, l’attention et la disponibilité de l’autre, sans reconnaître sa propre vulnérabilité. »

Définition

Le pervers narcissique est un trouble de personnalité, c’est une pathologie du narcissisme, de type perversion. L’expression perversion narcissique a été proposée en 1986 par Paul-Claude Racamier dans Entre agonie psychique, déni psychotique et perversion narcissique, puis en 1987 dans La Perversion narcissique, enfin en 1992 dans Génie des origines (Racamier). Elle est tirée de la théorisation psychanalytique qui relie les points de vue de Freud sur la sexualité et sur le narcissisme. Cette personnalité présente un sujet qui agirait comme un prédateur en substituant le besoin d’être obéi au désir d’être aimé, et qui, pour l’obtenir, pourrait aller jusqu’à détruire l’identité de sa proie par la manipulation mentale ou le harcèlement moral. Il se nourrit de la dépréciation de l’autre et se procure l’amour de soi à travers l’autre. La structure de son fonctionnement est en fusion, en lien destructeur avec l’autre. S’il n’y a pas d’autre, il est perdu. Il a besoin de détruire l’autre et de s’en nourrir pour se construire, exister, survivre : « il n’en restera qu’un, et ce sera moi ». Le pervers narcissique a inlassablement besoin d’être admiré. Par ailleurs, la quête excessive de reconnaissance et le manque total d’empathie sont d’autres marqueurs de ce trouble.

Contexte familial

Le pervers narcissique a évolué et grandi dans des valeurs narcissiques, d’arrogance, de suprématie de l’autre, de prestige social. La mère a souvent eu des difficulté à être tendre avec l’enfant, elle ne le comprend pas, ne s’occupe pas de lui, elle a du mal à lui témoigner ou lui montrer de l’affection, lui montrer son amour, elle le « castre » affectivement. Elle attend plus de choses de lui qu’elle ne lui donne. Elle passe donc par un autre moyen qui est la mise en valeur de son enfant, l’élévation narcissique, lui fait penser « qu’il est le meilleur ». Adulte, il croira donc qu’il faut écraser les autres pour continuer à survivre et être aimé. Ils vivent dans un monde darwinien, « le monde c’est la jungle », les autres sont un danger potentiel et ce sont les victimes, alors s’il n’y en a qu’un qui doit survivre, ce sera eux. Ils justifient leur cruauté et leur manipulation par le monde cruel qui les entoure et les agresse selon leur perception, qui est en réalité le monde cruel dénué d’amour ou de sécurité affective où ils ont grandi.

Origines du pervers narcissique

Paul-Claude Racamier l’a énoncé en 1986, en même temps que la caractérisation de la perversion narcissique : « On ne naît pas pervers, on le devient. » La perversion narcissique est un apprentissage fait depuis l’enfance. D’une part, des mécanismes manipulatoires et d’autre part de la résolution externe des conflits internes. Avec le temps, cette déviance est devenue un mode de fonctionnement à part entière chez le pervers. Il s’est structuré de cette façon. Le pervers narcissique n’a pas été reconnu comme personne, individu dans son enfance et a dû jouer le rôle de l’enfant parfait ou mature auprès de ses parents. Cependant, cette image de perfection était elle-même changeante dans les yeux des parents. Cela a poussé l’enfant à se créer des « masques » de personnalités qu’il a « mis en action » en lieu et place de ce qu’il était réellement. Ainsi, son vrai « moi » s’est perdu en chemin, laissant parce à une coquille vide. Le pervers narcissique a laissé derrière lui son « soi » depuis longtemps, dans sa jeune enfance, pour inventer de faux « soi » (self) au fur et à mesure des personnes ou victimes qu’il rencontre, afin d’agir sur tout monde ou d’avoir la capacité d’être aimé par n’importe qui.  C’est un peu comme s’il cherchait à se reconstituer à travers les narcissismes des autres, comme un miroir brisé. L’enfant futur pervers narcissique a généralement subi de graves atteintes à son intégrité psychique, telles des humiliations, des maltraitances, de l’ignorance, des insultes, voire des abus sexuels. Tout ce qu’il inflige plus tard à ses victimes lui a été infligé précédemment, sauf qu’il a « choisi » (bien qu’il ne s’agisse pas d’un choix mais d’un mécanisme de survie) de nier la souffrance passée au lieu de la « regarder » en face, ce qui le guérirait. L’enfant victime a souvent dû faire face à un climat dit « incestuel », avec un inceste sans passage à l’acte génital mais une proximité inadéquate qui ne lui a pas permis de construire des limites entre le parent persécuteur et lui-même. C’est ce schéma qu’il met en place avec ses victimes. Il tente d’abolir toute frontière entre la proie et lui afin d’envahir l’espace psychique de l’autre tout en maintenant cet autre à bonne distance et en le chosifiant. Derrière chaque pervers narcissique, se trouve au moins un parent souffrant lui-même de cette déviance. Il s’agit souvent de la mère. L’amour de ces enfants pour leur mère se situe entre l’amour (loyauté infantile) et haine. Le pervers narcissique n’a pas appris à aimer, comme nous l’entendons. Ce qu’on lui a montré comme étant de l’amour est en fait de la haine mais verbalisée comme de l’amour. Ce sont des personnes immatures, dont le développement émotionnel est resté bloqué dans l’enfance. Leur intelligence, elle, est bien adulte et capable de produire une souffrance adaptée au millimètre près pour la victime. Les pervers narcissiques ont une estime d’eux-mêmes très faibles et ont conscience d’être obligés de porter des masques pour être acceptés par autrui. Ils ne vivent que par l’imposture. Ils ne sont jamais ceux qu’ils prétendent être. « L’amour » que les victimes ressentent pour eux ne peut pas en être car elles ne connaissent pas vraiment leurs bourreaux, et les pervers narcissiques ne sont pas capable d’aimer d’autres personnes qu’elles-mêmes (et leur mère toute puissante). Il s’agit d’addiction affective. On peut pleurer sur l’enfant qu’ils ont été mais pas sur l’adulte qu’ils sont devenus. Chacun ayant le libre arbitre de faire un travail sur soi.

L’approche de la victime

Le pervers narcissique peut « tisser sa toile » de différentes façons : par la séduction, l’admiration, le soutien… Il « enveloppe » l’autre en cernant ses faiblesses et ses besoins en établissant une relation d’emprise où l’autre sera séduit, attiré, manipulé malgré lui. Il utilise la mystification, le mensonge, la mise en valeur ou l’argent pour rendre l’autre prisonnier, c’est la « prédation morale ». Le pervers narcissique choisit ses victimes, il les approche à des moments de faiblesse morale (déceptions, perte de statut, décès, solitude, rupture affective…). Il donne l’impression qu’il est fort, qu’il va sauver l’autre de sa détresse, qu’avec lui tout va changer et que grâce à lui les mauvais jours sont derrière. Leur rhétorique est attirante, les pervers narcissiques parlent bien, s’expriment bien, ils sont cultivés ou très intéressants afin de séduire l’autre et donner l’impression qu’ils sont sains, solides. Ils émettent le message inconscient « je suis le seul à pouvoir t’aider à te reconstruire ». Il choisissent leurs victimes, ce ne sont pas les victimes qui les choisissent. Souvent, ils les ont déjà repéré depuis longtemps, et la technique d’approche est totalement contrôlée et minutieusement élaborée. Tout est fait pour que la victime « tombe sous le charme ». Les leviers activés peuvent aller de l’utilisation de la dépendance affective de l’autre (ou de son amour), à l’exploitation de ses failles (culpabilisation), en passant par diverses formes de violence verbale, physique ou psychique. Cette stratégie va jusqu’à stigmatiser les personnes ne partageant pas leur position perverse et leurs justifications. Les pervers narcissiques utilisent l’escroquerie morale, ce sont des usurpateurs, des caméléons, qui peuvent adopter la psychologie souhaitée pour attirer, séduire la victime. C’est la période « lune de miel ». Elle peut durer de 6 mois à 2 ans. Puis, d’un seul coup, presque du jour au lendemain, ils changent et ne redeviendront jamais la personne ou « l’ange » qu’ils ont été. Le séducteur, cultivé et rassurant est devenu moqueur, provocateur, humiliant, rabaissant, distant, froid. Ils fonctionnent par cycles. Quand ils sentent que leur victime se lasse d’eux et veut partir (car le comportement du pervers est malsain et intolérable), ils redeviennent gentils à nouveau et ré-enclenchent une courte période « lune de miel » de quelques jours ou quelques semaines. La victime pense s’être trompée puisqu’elle récupère « l’ange » qu’elle a connu, écarte tout soupçon et pardonne au pervers. Ces cycles peuvent durer des mois, des années. Le pervers narcissique fait tout pour garder sa victime et jouer avec elle (« le chat et la souris »). Quand elle est confiante et amoureuse (couple) ou proche (associé, ami) ils sont destructeurs. Et quand la victime s’en va et prend ses distances, ils redeviennent gentils. C’est « le chaud et le froid ». La victime est perdue, elle a l’impression de ne plus connaître réellement la personne qu’elle a en face d’elle, ni de se reconnaitre. Outre les périodes « lune de miel » pour se faire pardonner, ils peuvent également utiliser d’autres stratégies opposées comme : l’intimidation, les menaces, la violence… Dans ce cas, la victime ne reste pas parce qu’elle lui pardonne et qu’elle est reconquise à nouveau, elle ne part pas parce qu’elle a peur.

La relation d’emprise

Les Pervers Narcissiques récupèrent chez la victime les bénéfices qui vont les mettre en valeur et leur donner de la prestance. Ils choisissent toujours de personnes dont ils pourront puiser, tels des « vampires », leur énergie, leur gentillesse, leurs atouts. Leurs victimes sont généralement des gens extra-ordinaires, des personnes très intelligentes, ou très belles, ou reconnues, ou avec un grand réseau social. Ils s’attèlent à choisir des victimes dont ils pourront puiser l’âme. Afin qu’ils se l’approprient ou que cela les mette en valeur, ou afin de désincarner la personne dans un jeu de pouvoir pervers où la victime sortira nue de leur histoire, sans plus aucune énergie, sans plus aucune estime de soi. Les Pervers Narcissiques peuvent prendre l’apparence souhaitée qui conviendra pour attirer la victime, mais ils ont ce trait en commun que ce sont souvent des éducateurs de toutes nature, ce sont des figures parentales, qui inspirent la stabilité et la réassurance, la structure, le « père symbolique ». Face à une personnalité aussi puissante, la victime se laisse porter, rentre « dans la gueule du loup » sans s’en rendre compte, grâce aux techniques de manipulation innées que le Pervers maitrise sur le bout des doigts. Quand la relation d’emprise est installée, c’est à dire que la victime est en confiance, amoureuse, ou sous le charme du Pervers, complètement conquise, c’est là que la perversion va commencer. Petit à petit, le but du pervers est de convaincre l’autre qu’il ne vaut pas grand chose. Il défait ses croyances, le fait douter de lui -même, écarte ses qualités, les minimise, les écrase et met en relief ses défauts. Il isole la victime. Depuis plusieurs mois ou plusieurs années, il a tissé sa toile en éloignant la victime de ses proches, de ses amis, de ses collègues, en mettant le soupçon sur eux, en les critiquant, en créant des conflits, en mettant, afin d’éloigner la victime de toute autre référence, appui, soutien sain stable. Ainsi il lui sera facile de déstabiliser la victime et la faire douter d’elle-même, ainsi que pour posséder la victime toute entière, pour avoir l’emprise totale, la possession. L’emprise est ultime, la victime ne sait plus où se retourner pour demander de l’aide. Les Pervers Narcissiques sont souvent mystérieux, ils sont très à l’écoute, posent beaucoup de question pour en savoir le plus possible sur leur victime, mais ils parlent peu d’eux. On connait que très peu d’amis à eux, et souvent on a pas vu leur famille, ou que quelques membres. C’est pour se protéger. Ils se protègent des autres, car ils pensent que ce sont les autres les manipulateurs, les pervers qui veulent le détruire. Ils en disent donc le moins possible. Egalement car les Pervers Narcissiques sont des grand menteurs, ils mentent sur tout, leur passé, leur rêves, qui ils sont. Et s’exposer en présentant les différentes personnes de leur entourage, c’est faire ressortir tous les mensonges qu’ils ont sortis aux uns et aux autres. Le Pervers Narcissique se nourrit de l’humiliation de l’autre qu’il établit sournoisement. Mais il ne le détruit pas tout de suite pour jouer avec lui comme un « chat joue avec une souris ». S’il détruit sa victime il ne peut plus détruire et ce n’est pas intéressant pour lui. Le but est la destruction subtile, lente, perverse, inconsciente de la victime au fur et à mesure du temps. Sans que ni la victime ni personne d’autre ne s’en rende compte, c’est en cela que réside la perversion. C’est une personnalité très primaire, archaïque qui croit vivre dans la jungle dans la « loi du plus fort », ou il faut manger avant d’être mangé, ou plutôt tué avant d’être tué (syndrome d’anéantissement). Leur enfant intérieur est très développé, ce sont des petits garçons qui manquent d’affection et de reconnaissance et qui pensent être dans un monde hostile de manipulateurs qui veulent leur peau. Les femmes pour eux ont deux visages, elles représentent la figure maternelle affective qu’ils n’ont pas eu, et la castratrice qui vont les détruire et les « couper », comme leur mère. Les hommes sont des rivaux qui veulent écraser. Ils vivent dans un monde de tous les dangers, ils pensent que ce sont eux les victimes des autres. La personnalité perverse narcissique se développe tôt chez l’individu, suite à un traumatisme de manque affectif et de castration. Il y a tous les âges chez les victimes. Ce sont souvent des femmes mais beaucoup d’hommes subissent aussi les manipulations de perverses narcissiques.

Les victimes de manipulateurs

Comment devient-on victime ?

Ce ne sont généralement pas les victimes qui choisissent les manipulateurs, mais ce sont les manipulateurs qui repèrent et choisissent soigneusement leurs victimes. Bien avant qu’elles n’aient eu le temps de le remarquer, le manipulateur avait déjà choisi sa proie. Rien ne l’arrêtera avant qu’il ait séduit entièrement sa victime. Il utilisera toutes les techniques de manipulation en sont pouvoir pour séduire sa victime et la mettre en confiance, puis sous relation d’emprise. La première question est donc déjà « quand m’a t-il repéré ? » Puis, « que veut-il chez moi ? » C’est simple, prenez votre atout principal, votre caractéristique la plus noble, votre qualité la plus évidente, et c’est probablement ce dont le manipulateur a voulu s’emparer, détruire ou s’en servir comme faire valoir aux yeux des autres quand vous étiez à ses côtés. Les manipulateurs sont narcissiques, ils veulent donc être les meilleurs. Ainsi ils choisissent des personnes « faire-valoir » qui les mettent en valeur. Ou qui ont des atouts qu’ils vont pouvoir copier et vampiriser. Ils sont à la fois reconnaissants que les victimes les aide dans leur narcissique, et en même temps jaloux car ils sont vides, et pensent ne jamais pouvoir avoir ces qualités. Ils sont jaloux et haineux de ce qu’ils n’ont pas. Leur ambivalence s’inscrit dans cet amour/haine, idéalisation/désidéalisation, admiration/jalousie.  Donc on n’est pas une victime à la base, on a été choisi. Dans un deuxième temps, le manipulateur va prendre le « masque » qui plait le plus à sa proie pour la séduire, c’est donc difficile de résister. Dans un troisième temps, le manipulateur va créer une période « lune de miel » où tout est parfait, afin de faire entrer la victime dans une relation d’emprise, difficile de savoir que ce n’est pas réel. Par la suite, dans la relation d’emprise, la victime est hypnotisée par la « personne idéale » qu’elles a rencontré et elle a du mal à réaliser que cette personne n’existe pas. D’autant plus que le manipulateur oscille entre « le chaud » (gentillesse) et « le froid » (cruauté). Alors, quand sortir de la spirale perverse puisque toutes les phases sont faites pour ne pas pouvoir en sortir ? Déjà, on peut se rappeler qu’un individu parfait, ça n’existe pas. Donc si le manipulateur est « sans défauts », c’est probablement qu’il ne montre pas son vrai visage, et qu’il montre/créé uniquement ce qu’il faut pour séduire. Ensuite, il faut savoir qu’un manipulateur ne peut pas tenir sur du long terme, il y a toujours un moment où il va « twister », c’est à dire revirer et montrer son vrai visage. A ce moment là, ne pas se dire « qui est cette personne je ne la connais pas ?! J’ai hâte qu’il redevienne comme avant », il faudrait davantage se demander s’il ne s’est pas trahi et qu’il ne vient pas de montrer son vrai visage. Il est important de ne pas ignorer cette partie mais de la prendre en compte. Si cette « face cachée » revient régulièrement (« le chaud » et « le froid »), il est essentiel de commencer à se poser des questions et mettre de la distance pour réfléchir à la qualité de la relation (saine vs. toxique). A quel moment sortir de la relation d’emprise ? A tout instant. Pour cela, il faut arriver à s’avouer que la personne dont on est tombé sous le charme était en réalité construite de toute pièce et que l’on court à l’autodestruction si on reste dans ce genre de relation toxique.

Pourquoi c’est si dur de sortir d’une relation d’emprise ?

C’est difficile de sortir d’une relation d’emprise car les victimes sont éprises de la personne qu’elles croient avoir rencontré au tout début, que la « face méchante » est une erreur et qu’elle s’en ira bientôt. Et qu’à chaque fois qu’elle réapparait, c’est une erreur (« il est stressé en ce moment », « il est fatigué »…) Il n’y a pas d’excuses à être méchant, violent ou cruel. Cela ne doit pas se produire, même avec des excuses. Aux premières manifestations de cruauté de quelqu’un, il faut prendre de la distance. Il ne faut pas regarder comment le bourreau vous séduit, se rattrape ou se racheter. N’écoutez pas les paroles mais regardez les actes. Personne ne devrait avoir à subir de la violence, d’aucune sorte (physique, psychologique, verbale, sexuelle, économique). Et aucune parole, aucun bijou, aucun voyage ou aucune promesse ne peut rattraper ce qui a déjà été fait. Si l’on devient victime de manipulateur, c’est tout d’abord parce qu’il avait tout fait pour qu’on tombe sous le charme. Enormément de personnes se font avoir, de tous âges, niveaux intellectuels et socio-culturels. Il faut donc déculpabiliser mais prendre rapidement la décision, lorsque la manipulation a été identifiée, de quitter cette relation toxique. Malgré les bénéfices secondaires, il est important de décider de se respecter et de ne pas permettre au manipulateur d’aller plus loin. La relation d’emprise est battit sur l’espérance, le fantasme, l’espoir que la personne idéale existe réellement. Le pervers se sert des idéaux de sa proie. Si la victime apprend à se connaitre à travail personnel, elle pourra identifier se attentes, ses fantasmes mais aussi ses failles narcissiques  et ainsi ne plus se faire avoir par le manipulateur. Il est important de se rappeler que la personne parfaite n’existe pas. Il est nécessaire de se résigner à faire le deuil de la relation idéale, du prince charmant, c’est toujours difficile quand on croit l’avoir trouvé. Mais il faut se rappeler qu’un individu parfait ne peut que surjouer, donc probablement ne pas être sain. C’est vous, dans toutes vos faiblesses et vos doutes, qui font de vous quelqu’un de bien, de normal, de sain.

Les conséquences de la manipulation

Les conséquences psychologiques sur les victimes de manipulateurs et de pervers narcissiques sont très graves. Pendant la période « lune de miel », tout va très bien. Les victimes sont mises en valeur, elles se sentent aimées, appréciées, elles ont trouvé le partenaire, l’ami ou l’associé parfait. Puis, vient le jour où tout bascule, le manipulateur fait une crise et on ne l’avait jamais vu comme ça avant. Cela semble ponctuel, il se calme, demande pardon, et tout repart. Pourtant, par la suite, il refait des crises (colère, culpabilisation, agressivité, violence, jalousie…), mais il demande pardon à chaque fois. Il peut être violent, même et frapper physiquement, ce qu’il n’avait jamais fait. Puis les crises se font de plus en plus fréquentes, et la vie avec le manipulateur devient un cauchemar. Les bons moments sont plus rares que les crises, depuis le moment où tout a basculé, il est plus souvent méchant que gentil. Les mois passent, les années, avec une alternance de bons moments et de moments de crises, plein de jalousie, de violence, d’accusations, de reproches, d’insultes. La victime ne reconnait plus la personne qu’elle a choisit et se pose des questions. Elle commence à rentrer dans une déprime, voire sur du long terme, dans une dépression. L’estime de soi est très attaquée et elle baisse progressivement. La victime ressent également de la honte quand elle réalise qui est vraiment la personne et qu’elle ne « reviendra pas ». Elle se demande : pourquoi elle ne s’en ai pas aperçu plus tôt ? Pourquoi elle n’est pas partie avant ? Pourquoi elle a laissé faire ? Pourquoi elle s’est laissée isoler ? Beaucoup de remises en questions qui ne font que diminuer d’autant plus l’estime de soi. La victime ressent également de la culpabilité de s’être fait avoir, d’avoir éloigné ses amis ou ses proches, d’avoir cru aux mensonges. C’est la manipulation à distance qui continue. Les victimes ne sont pas responsables. C’est l’oeuvre de la perversion.

  • Les conséquences psychologiques : manque croissant de confiance en soi, sentiment d’infériorité, culpabilité, perte des repères, tendance à la rumination mentale, honte, cauchemars, état de stress, anxiété, irritabilité, état dépressif, crises d’angoisse.
  • Les conséquences physiologiques : troubles du sommeil, troubles de l’appétit, maux de tête, douleurs abdominales, fatigue, réactions cutanées, somatisation, insomnies.
  • Les conséquences sociales : isolement, repli, perte de contact avec les amis, rupture avec la famille, diminution voire arrêt des sorties extérieures.
  • Les conséquences professionnelles : troubles de la mémoire, troubles de la concentration, trouble de l’attention, ruminations, erreurs professionnelles, mise en doute de ses propres compétences, baisse de confiance en soi.

Les techniques de manipulation

  • La séduction : par la parole, le physique, le toucher, les valeurs, le statut social, les compétences professionnelles, les croyances familiales, les opinions politiques… tous les biais sont utilisés pour « coller » à la victime et la séduire à travers ses propres principes, goûts et valeurs.
  • La synchronisation : se synchroniser avec son interlocuteur, c’est adopter un comportement en miroir pour se mettre en concordance avec sa victime, afin d’établir et d’entretenir un rapport qui va lui permettre d’obtenir ce que le manipulateur souhaite. Il donne l’impression d’être « comme elle », si bien qu’elle se laisse convaincre sans réelle discussion.
  • L’amalgame affectif : associer des éléments affectifs à l’argumentaire, le message sera augmenté d’une valeur supplémentaire, d’une sensation « programmée », même si on finit par en oublier l’origine. La manipulation commence quand les éléments affectifs se substituent aux arguments.
  • le procédé de répétition : ce qui paraît étrange et sans fondement la première fois, parce que non argumenté, finit par paraître acceptable, puis normal, au fil des répétitions. Cette technique crée l’impression que ce qui est dit et répété a quelque part, très en amont, été argumenté. La répétition fonctionne sur l’oubli que l’on a jamais expliqué ce qu’on répète.
  • Le silence : le silence est utilisé par le manipulateur lorsqu’il se replie afin de réfléchir (à son prochain coup), ou  lorsqu’il souhaite induire chez sa victime le doute, la remise en question et la culpabilisation. Cette technique rend la victime « folle » car elle ne sait pas quoi faire, elle n’a pas de réponses à ses questions, elle ne peut pas avancer et cela lui laisse le temps de ruminer (et de se croire coupable de cette coupure de contact). Cette une technique perverse dénuée de toute empathie et de compassion a l’égard de l’autre qui reste dans le « vide ». La technique du silence peut être faite à distance ou en présence de l’autre (qui finit par craquer et s’énerver pour faire réagir et qui devient le bourreau par manipulation).
  • La culpabilisation : La culpabilité qu’instille le manipulateur dans l’esprit de ses victimes mine l’image positive d’elles-mêmes que celles-ci cherchent à construire. Abandon, égoïsme, injustice, trahison sont les points sensibles sur lesquels le manipulateur appuie dans l’intention de faire mal. Il procède souvent par insinuation. Il n’exprime jamais une demande claire et réduit à l’impuissance. En reportant sa responsabilité sur sa cible, il la pousse à admettre qu’elle seule est responsable d’une situation. Se défausser de ses torts est une spécialité du manipulateur.
  • L’entremise : elle consiste à choisir un stratagème pour se mêler ou entrer dans une affaire par l’intermédiaire d’une personne que le manipulateur connait et qu’il manipule ou sur laquelle il exerce un contrôle ou une domination, afin de pouvoir tirer les ficelles ou d’avoir un contrôle de la situation à distance.
  • L’engagement :  c’est le fait d’insister sur le fait que l’autre est libre de faire ce qu’il veut, car plus la personne se sent libre d’accomplir ou non un acte, plus son engagement est important.
  • La porte au nez : en soumettant l’autre à une première demande très couteuse, avant de lui demander une requête moins coûteuse, le manipulateur multiplie les chances d’obtenir une réponse positive de sa part. C’est le principe de réciprocité, puisque vous faites un pas en faveur de la personne en lui proposant une deuxième demande moins coûteuse, elle se sentira redevable vis-à-vis de vous et un peu plus obligée d’honorer votre deuxième requête.
  • La peur, la violence et l’autorité : si « la violence est l’argument des faibles », le manipulateur s’en fiche. Dans son monde narcissique et archaïque, la violence (physique, psychologique, sexuelle, financière) et la soumission sont la preuve qu’il est fort et qu’il est craint. N’étant pas doué d’empathie, ni d’altruisme, il n’hésite pas à utiliser la force et la peur pour qu’on le craigne et qu’il puisse continuer paisiblement à atteindre ses objectifs.
  • Le verrouillage : c’est une technique qui consiste à enfermer l’autre dans ses contradictions. Ce genre de pratique rend la victime confuse et la fait douter d’elle-même. Le manipulateur se sert des valeurs et des croyances de la victime pour y semer confusion, doute et clivage.
  • La sympathie : les gens ont plus facilement tendance à accéder aux demandes formulées par des personnes leur faisant bonne impression ou avec lesquelles il ressentent quelque affinité. Les facteurs qui augmentent le fait que l’on puisse trouver quelqu’un sympathique sont : la fréquence des rencontres, les similitudes, une personne belle, la ressemblance physique, laisser croire à l’autre qu’il est unique, un premier contact positif, être dans le même camp, la flatterie, être proche géographiquement et donner des marques d’affection et de reconnaissance .
  • La réification : La réification nie l’individu : sa soumission est obtenue sans son consentement.
  • La dévalorisation : le manipulateur dévalorise sous couvert de l’humour au début ou du second degré, puis émet des jugements plus sérieux et incisifs. Il insinue le doute sur les qualités de la victime, ses compétences et plus généralement sa personnalité. Au départ mise sur un piédestal, la victime passera au fur et à mesure pour quelqu’un de banal, d’inintéressant, voire d’extrêmement inférieur.
  • Les menaces : elles sont rarement mises en action (« un chien qui aboie ne mort pas ») mais elles consistent à imposer la peur et la soumission chez la victime. Le manipulateur change de menaces dès qu’il sent qu’on ne le croit plus. Il monte « en escalier » dans les menaces et touche à tous les domaines qui sont importants pour la victime afin de la garder sous contrôle.
  • Le chantage : Il peut tout aussi bien user des menaces de manière déguisée que du chantage ouvert. Dans les deux cas, sa cible doit se plier à ses exigences.
  • La déstabilisation : le manipulateur peut changer d’avis, changer d’opinion, changer de croyances ou de valeurs sans se préoccuper de se contredire, ce qui importe pour lui c’est de déstabiliser sa victime afin qu’elle doute au fur et à mesure d’elle-même, perde confiance en soi et donc qu’il puisse en faire ce qu’il veut.
  • Le « Love Bombing » : cette technique est souvent utilisée dans les sectes. Elle consiste à littéralement « bombarder » les adeptes de messages d’amour, de mots doux, laudatifs, prévenants: « j’aime ta sensibilité », « ta présence est un don du ciel », « tu es le soleil de ma vie », etc. De telles paroles donnent confiance en soi et font tomber les résistances personnelles.
  • La fuite ou l’évitement : le manipulateur part dès qu’il se sent mal à l’aise, dans une impasse, afin d’éviter quelqu’un ou lors de toutes situations qu’il ne souhaite pas affronter. Il n’a pas d’état d’âme à fuir, tout ce qui compte c’est qu’il se sente bien. S’il se sent mal, il fuira sans honte.
  • Les points communs : la séduction du manipulateur consiste à titiller la fibre fusionnelle de son interlocuteur, de façon à ce qu’on développe pour lui un avis a priori favorable. Au début de la relation avec sa victime, il va dans le même sens qu’elle, en partageant ses opinions, en acquiesçant à ses remarques. Ils inventent aussi parfois des références communes avec elles. Peu importe qu’elle soient inexactes ou qu’il ne soit pas d’accord avec ses opinions. Il s’agit avant tout pour lui de s’assortir à sa victime, de chercher à lui ressembler afin qu’elle s’attache.
  • Le mensonge : le manipulateur ment souvent pour tout et rien, même pour des broutilles, il s’inventera une vie et détestera par-dessus tout se faire démasquer. Il peut avoir des vies différentes avec plusieurs personnes en même temps. Ses mensonges sont souvent indécelables, car il va y ajouter une pointe de vécu pour les rendre crédibles assez longtemps. Lui-même mélange souvent la réalité et ses fantasmes (idéal du soi).
  • Le double visage : le manipulateur a deux visages, un pour la victime et l’autre pour l’extérieur. La victime est la seule à voir le vrai visage du manipulateur. Il passe d’un masque à l’autre, en fonction des circonstances. Il fait ainsi passer la victime pour une folle qui tente d’expliquer aux autres à qui elle a affaire dans l’intimité. Etant donné qu’elle est la seule à connaître son mauvais côté, et qu’il passe pour un ange auprès de l’extérieur, personne ne croit la victime quand elle tente de livrer la vérité (et d’être sauvée).
  • Le sabotage : le manipulateur va dans le sens de la victime au début puis dit à la fin qu’il n’était pas d’accord depuis le début, que la victime a mal compris, qu’elle a fait exprès d’aller contre son souhait. Il peut changer d’avis en cours de route, ou dire finalement une fois que tout est fait qu’il n’est plus d’accord.
  • La victimisation : le manipulateur se plains d’être l’instrument des autres, de ne pas être compris, utilisé, manipulé, c’est en fait de la « projection », il parle sans faire exprès de son propre comportement avec la victime. Il est narcissique, et même chez l’autre, ne se voit que lui-même.
  • La division : le manipulateur dresse les uns contre les autres, il divise pour mieux régner. Il ne présente pas ses victimes à ses « suiveurs », c’est le roi du cloisonnement, pour que ses mensonges ne puissent pas être repérés. De même, il fera en sorte de ne pas réunir ses victimes dans la même pièce. Il contrôle sa victime en se montrant maladivement jaloux et en l’isolant petit à petit de tout le monde.
  • Le gas-ligthing : c’est une forme d’abus mental dans lequel l’information est déformée, omise sélectivement pour favoriser l’abuseur ou faussée dans le but de faire douter la victime de sa mémoire, de sa perception et de sa santé mentale. Les exemples vont du simple déni par un abuseur que de précédents incidents se soient passés, jusqu’à la mise en scène d’événements bizarres par l’abuseur dans l’intention de désorienter la victime.

Se protéger des personnalités manipulatrices

Comment détecter un manipulateur ?

  • —Il ne répond jamais de façon précise à une question. Participe à une conversation sans adhérer au sujet.
  • —Il tient un discours différent selon ses interlocuteurs. Emet souvent des opinions contraires au groupe.
  • —Il plaisante alors que la conversation est sérieuse. Est sérieux alors que la conversation est futile.
  • —Il monte les gens les uns contre les autres et régulièrement détruit l’ambiance du groupe.
  • —Il casse une conversation lorsqu’il arrive pour se retrouver au centre de cette conversation.
  • —Il est absent le jour où l’on a vraiment besoin de lui. Est présent pour toutes les choses peu importantes.
  • —Après avoir accepté un engagement, il ne le tiendra pas ou agira différemment de ce qui tait prévu.
  • —Il donne une image parfaite de lui, mais critique et dévalorise les autres pour mieux se valoriser.
  • —Parait sympathique au premier abord, mais vous déçoit lorsque vous le connaissez mieux.
  • —Il affiche régulièrement un sourire façade, avant d’être désagréable au premier reproche.
  • —Il est imprévisible dans ses propos et ses réflexions au point de déstabiliser les gens autour de lui.
  • —Il se mêle des choses qui ne le regarde pas, et juge souvent les comportements des autres.
  • —Il est incapable d’avoir une conversation avec une personne sans culpabiliser cette personne.
  • —Il parle lorsque l’on demande le silence, et se tait lorsque chacun est appelé à mieux s’exprimer.
  • —Il émet une ide forte dans une conversation, avant de partir ou de ne plus rien dire du tout.
  • —Dans un groupe, il agresse quelqu’un sur un sujet de son choix pour s’en servir comme faire valoir.
  • —Il est incapable de reconnaitre ses torts et soutient l’avis qu’il a exprimé, même mis devant la vérité.
  • —Il reporte ses fautes sur les autres ou va mentir pour se justifier dès qu’on lui fait un reproche.
  • Il aime se faire plaindre, se mettre au centre de tout, et ne supporte pas d’être dépassé par les autres.

Posez-vous les questions suivantes

  • Est-ce que je mène la vie que j’aime? Ou quelqu’un mène ma vie?
  • Est-ce que je réagis par rapport à moi? Ou quelqu’un d’autre réagit pour moi?
  • —Est-ce que je guide ma vie tout seul? Ou quelqu’un guide ma vie?
  • —Est-ce que j’agis comme je l’entends? Ou quelqu’un agit à ma place?
  • —Suis-je autonome dans ma pensée? Ou quelqu’un pense pour moi?

Comprendre les phases de la manipulation

  • L’approche : L’approche est l’étape essentielle de la manipulation, c’est là où tout va se jouer. Le manipulateur va utiliser toutes les techniques en son pouvoir pour séduire la victime qu’il a choisi (technique des points communs, synchronisation, mensonge, fascination, transfert, chantage, flatterie, verrouillage, entremise etc…). Avant ou pendant l’approche, il va étudier, scanner sa victime. Tout cela se fait en automatisme et inconsciemment chez lui. Il va trouver les failles narcissiques de sa proie, ses espoirs déchus, ses faiblesses mais aussi ses points forts, ses qualités, ses atouts. Pendant qu’il analyse sa victime, il la teste, fait des « essai-erreurs », afin de découvrir ses limites et ses points de non retour. Socialement, professionnellement, affectivement, rien ne lui échappe, il analyse tout ce dont il besoin pour pouvoir l’approcher, la séduire et enclencher une relation d’emprise. Cette période dure le temps nécessaire, malheureusement ce temps n’est généralement pas long. Quand il décide que la victime est la bonne personne, celle dont il va pouvoir utiliser ou puiser l’énergie, s’en servir comme faire-valoir ou utiliser ou à des desseins personnels, il passe à la phase suivante.
  • L’attachement : L’attachement est l’étape suivante où le manipulateur va pouvoir, plus ou moins consciemment, utiliser toutes les données qu’il a emmagasiné sur sa victime pour pouvoir, non plus la séduire, mais « l’attacher », créer le lien toxique. L’attachement est essentiel à la manipulation, elle mène à la relation d’emprise, qui est l’outil principal de la manipulation perverse.
  • La période « lune de miel » : Cette période correspond au début de la relation, quand le manipulateur séduit sa victime et enclenche la relation d’emprise. C’est la période où il est parfait. Il aime tout de sa victime, fait tout comme elle, ils ne se disputent jamais, le manipulateur est gentil, patient, social et compréhensif… il ne fait pas de faux pas. Cette période dure aussi longtemps qu’il pense nécessaire pour que la victime rentre en relation d’emprise. Ce n’est pas quelque chose qu’il fait consciemment, c’est instinctif. Durant cette période, il apprécie énormément la victime, il l’a choisie pour des raisons précises, il l’idéalise, la respecte, elle est précieuse à ses yeux et il la veut sous son emprise.
  • La relation d’emprise : elle correspond à toute la période, de l’attachement jusqu’à la fin de la relation. La victime pense qu’elle tient à son bourreau, ou qu’elle est amoureuse de ce « personnage ». C’est plus fort que de l’amour, c’est de la dépendance. Etre sous relation d’emprise, c’est ne pas être capable, ni physiquement ni psychiquement, de se libérer du manipulateur, de le quitter, de s’éloigner de lui. Pourquoi ? Parce qu’en période « lune de miel », il a répondu (volontairement) à tous les besoins de la victime. Elle ne tient pas au manipulateur, elle ne sait pas tout de suite que s’en est un (elle s’en aperçoit même très tard car elle ne peux pas y croire), elle tient au « personnage parfait », que le manipulateur lui a servi sur un plateau pendant des mois (une période « lune de miel » dure généralement entre 6 et 18 mois). La victime, comme tout le monde, a des manques. Le manipulateur en période « lune de miel » a comblé ces manques, la victime devient alors dépendante de ce que le manipulateur lui apporte. La relation d’emprise, c’est la relation entière. C’est le travail du manipulateur sur sa victime pour éteindre son estime de soi (progressivement sinon ce ne serait pas pervers), briser sa confiance en soi, créer un sentiment d’infériorité, créer le doute, la confusion, la perte de repères, la déprime, l’isolement familial/social/amical, l’anxiété et tous les autres symptômes…
  • Le « twist » : c’est le premier conflit, la première crise, la première fois que le manipulateur va montrer son vrai visage, lorsqu’il « bascule » vers le « vrai lui ». Il ne le fait (inconsciemment) que lorsqu’il sent que sa victime est sous relation d’emprise, jamais avant. Il sent à ce moment là qu’il peut basculer, que sa victime est assez éprise pour tomber le masque et qu’elle ne partira pas pour autant. C’est également un moyen (inconsciemment encore) pour le manipulateur, de vérifier la solidité de la relation d’emprise. Lors de cette première crise, la victime est en sidération. Elle ne peut pas y croire. Cette personne n’est pas celle qu’elle a connu au tout début, d’ailleurs « qui est-elle ? » « Cela doit-être une erreur ?! » « Elle devait être fatigué, angoissée… il doit bien y avoir une raison », « cela est ponctuelle, elle ne recommencera pas… » Après le « twist » de la première crise, le manipulateur recommencera d’autres crises, de plus en plus rapprochées les unes des autres, avec des périodes de petites « lune de miel » entre deux crises. C’est ce qu’on appelle « le chaud et le froid ».
  • Le chaud et le froid : c’est l’alternance entre le « gentil » et le « méchant » côté de la personne toxique. Son bon côté, « le chaud », n’est pas authentique, c’est la face lorsqu’il est apaisé, content, généralement après qu’il ai déversé toutes ses pulsions agressives et destructrices après un « froid ». Cela peut-être également lorsqu’il est « en représentation », c’est à dire en société, devant les autres qui ne sont pas la victime, et devant des personnes où il veut être parfait (beau, fort, cultivé, charmant, érudit etc… selon son sous-profil type). Il se sert de cette phase pour resserrer les liens avec sa victime, afin qu’elle ne parte pas. Le « froid », c’est lorsqu’il montre son vrai lui, souffrant, agonisant psychiquement, qui ne peut pas s’empêcher de faire du mal, d’agresser, de violenter, parce que lui-même a vécu cela dans son enfance. Il veut montrer cette face à sa victime, comme une sorte d’attachement toxique, afin qu’ils soient encore plus liés dans la douleur. Il veut partager, montrer ce qu’il a vécu et lui faire payer de ne pas avoir vécu la même chose. Cette face est un rejet de l’autre, ce sont des pulsions destructrices et perverses qui se révèlent, mais c’est aussi un test : « C’est facile de t’attacher à moi quand je fais le gentil, mais resteras-tu si tu vois le vrai moi ? » Le « froid », c’est le masque qui tombe. Il n’est jamais révélé à n’importe qui, personne ne le voit, sauf la personne qui est en relation d’emprise. C’est pour cela que généralement les entourages, amis, familles, ont du mal à croire quand la victime crit « au secours » : « tu dois exagérer, il est si gentil ! ». L’alternance du « chaud » et du « froid » n’arrive pas qu’une fois, mais une multitude de fois dans la relation. La relation d’emprise est basée sur cette alternance. C’est pour cela que le manipulateur est prévisible, il marche en cycle. Après un « chaud » il y aura un « froid », et après un « froid », il y aura à nouveau un « chaud », ainsi de suite jusqu’au bout… C’est pour cela qu’il ne faut pas attendre pour partir, ne pas croire qu’il a changé (« il a compris, il est gentil maintenant », « il a dit qu’il ne recommencerait plus », « il s’est excusé », « il veut m’épouser », « il veut qu’on habite ensemble », « il veut des enfants »…) Après une crise (un « froid »), le manipulateur proposera quelque chose de plus beau qu’avant, afin de faire rester sa victime. C’est de la séduction, de la poudre aux yeux, généralement il ne fait pas ce qu’il a promis. En période de séduction et d’approche, il avait enregistré tous les souhaits et désirs de sa victime, c’est dans les périodes de réconciliation qu’il s’en resserre. Attention, généralement il reprendra son « cadeau de réconciliation » dès le prochain « froid », comme punition de l’avoir forcé à le donner, où bien il gâchera ce cadeau. Un manipulateur donne rarement, car lui-même n’a pas reçu, il n’y a pas de raisons que les autres soient heureux et pas lui…
  • L’identification : c’est lorsque la victime a compris à qui elle avait à faire. Lorsqu’elle a mis un mot sur sa relation : manipulation. Elle s’avoue ou comprend que la relation est toxique et que le manipulateur ne reviendra probablement jamais comme il était au tout début. La phase d’identification, c’est une phase de deuil. Elle est aussi compliquée et douloureuse que les phases de crises (« froid »). C’est comprendre tout d’un coup, sans pouvoir revenir en arrière : que la relation est toxique, que l’autre est malade, qu’il ne changera pas, que rester c’est ne jamais être heureux. C’est difficile pour la victime car elle est attachée (relation d’emprise). C’est faire le deuil que la relation soit saine un jour, que la « personne du début » n’a jamais existé, qu’il va falloir aller de l’avant, se rencontruire, avouer ses erreurs de choix amoureux, se remettre en question… Malheureusement pour le manipulateur, ce n’est pas fini, tout commence…
  • La destruction ou l’abandon : la destruction a toujours eu lieu dans une relation toxique avec un manipulateur, mais quand la victime a identifié la source de sa souffrance et qu’elle veut partir pour s’en sortir, survivre… le manipulateur se sent abandonné, rejeté, comme il l’a déjà senti petit, c’est donc un deuxième trauma pour lui, qui va le rendre plus destructeur et pervers que jamais. Il ne laissera pas sa victime impunie de vouloir l’abandonner, de réactiver sa souffrance archaïque, il va lui faire payer. Son unique objectif sera alors de faire souffrir sa victime, car elle a le droit d’être heureuse à ses côtés (parfois), mais pas sans lui (narcissisme). Comme une obsession unique, tous ses actes seront dédiés à l’embêter, la faire souffrir, la ralentir, dans tous les cas, à lui faire penser à lui. La victime déteste alors le manipulateur, ce n’est pas grave, pour lui, c’est toujours au moins un sentiment intense. De toutes façons, il vivait dans la haine, qu’elle soit masquée ou révélée, c’est la même chose pour lui. La destruction ouverte a en revanche moins de « goût », car il n’y a plus de jeux (c’est moins pervers). L’intérêt principal pour un manipulateur est de jouer, de ne jamais être démasqué. Lorsqu’ils sont démasqués, ils vont vous le faire payer. Pendant ce temps, il chercha une nouvelle victime (objet d’investissement), qu’il avait déjà repéré. L’abandon a lieu après la phase de destruction, quand ça ne l’amuse plus ou ne l’intéresse plus. Sa nouvelle victime (car ils ne sont jamais seuls, ils détestent la solitude) deviendra son nouveau jeu, et il laissera son ancienne victime, comme s’il ne l’avait jamais connu. C’est un avantage, mais c’est très déstabilisant pour la victime, incompréhensible et destructeur (et oui même quand il part). Dans d’autres cas, l’abandon arrive lorsque le manipulateur en a marre de sa victime ou en a trouvé une autre. Il ne « s’amuse plus », il veut changer, partir, alors que la victime est en pleine relation avec lui. A ce moment là, il peut partir du jour au lendemain, car il a lâché son « objet d’investissement ». La victime n’aura plus aucune nouvelles, parfois il change même de travail, de lieu d’habitation, de pays… il prend un nouveau masque et recommence ailleurs. Les personnes normales sont toujours décontenancées par la capacité des manipulateurs à tourner la page. C’est parce qu’ils sont faux et peu de choses étaient réelles. Donc tout peut être construit et déconstruit à volonté. Les manipulateurs sont « vides » (vide affectif), ils peuvent ainsi oublier et tout recommencer.

Comprendre un manipulateur

Les manipulateurs sont des anciens enfants qui ont souffert. Les bébés ne naissent pas méchants, alors que s’est-il passé ? Qui sont ces manipulateurs ? Pourquoi le deviennent-ils ? Pourquoi font-ils du mal ? Pourquoi certains d’entre eux prennent même plaisir à faire du mal ? (différence entre le manipulateur classique et le manipulateur pervers). D’où vient cette cruauté ? La réponse est : dans l’enfance. Les causes de ces personnalités manipulatrices voir perverses narcissiques sont diverses : abandon, parents psycho-rigides, manques affectifs sévères, angoisse de performance, peur de ne pas être aimé, peur d’être seul, peur d’être détruit… Un manipulateur, c’est un être qui a eu beaucoup de manques étant jeune, avec notamment des traumatismes. Mais pourquoi d’autres personnes ont eu ces mêmes manques et ne sont pas devenues manipulateurs ou pervers ? Cela dépend du profil de l’individu, de son passé, de ses traumas, de ses manques, de sa culture transgénérationnelle, de sa vulnérabilité psychique… Nous ne sommes pas tous égaux. Un manipulateur, c’est un être qui s’est senti très tôt dépassé par la violence de la vie ou de son entourage, et qui a répondu par une seule loi face à ça : la loi du plus fort. La manipulateur ne pense pas qu’il est méchant avec vous, il pense que c’est vous qui êtes méchant avec lui. Et il essaie de s’en sortir. Les manipulateurs vivent dans un monde darwinien : « Ce sera toi ou moi, s’il ne doit en rester qu’un, alors ce sera moi ». Ils pensent qu’ils doivent détruire avant d’être détruits. Bien sur, tout ceci est inconscient. Pour eux, le monde, la société et les autres l’attaquent. Il doit se défendre coûte que coûte. Bien qu’il y ait d’autres moyens, il n’a pas su développer d’autres stratégies d’adaptation que l’agressivité, l’évitement, la contre-attaque et la fourberie. Ce sont ses moyens de défenses à lui, à défaut d’avoir trouvé des moyens plus seins et thérapeutiques. C’est pour cela qu’une thérapie leur apprend des principes essentiels en psycho-éducation : le monde extérieur n’est pas un danger dirigé vers eux (paranoïa), il y a d’autres moyens de répondre si on se sent agressé (affirmation de soi) et qu’ils ne sont pas des victimes mais qu’ils peuvent apprendre à s’aimer, eux, les autres et la vie. Contrairement à ce que l’on croit, le manipulateur n’a pas une bonne estime de soi. Au contraire, ses failles narcissiques ont très grandes. Tellement grandes qu’il s’est détaché de lui-même. C’est pour cela qu’il est faux, c’est parce qu’il porte un masque (faux-self). Très tôt, enfants, les manipulateurs se sont détachés d’eux même pour ne plus souffrir, et être quelqu’un d’autre qui sera aimé enfin par son entourage (les parents en premier). Il a donc appris à devenir quelqu’un d’autre, ou « plusieurs quelqu’uns d’autres ». Il n’a pas un trouble de personnalité multiple, mais il peut « jouer », comme aux théâtre, les personnes que vous attendez d’eux qu’ils soient. Dans la période « lune de miel », ils fusionnent, ils aiment les mêmes choses que la victime (vêtements, voyages, plats, musiques, activités, opinions…) et font pareil qu’elles. Cette période dure le temps nécessaire pour que la victime « accroche ». Quand ils sentent que le lien est solide et la relation d’emprise totale, ils « twist » d’un seul coup, arrêtent de faire semblant, et montrent leur vrai visage. Après le premier « twist », c’est une succession de chaud et froid, le manipulateur ne redeviendra jamais comme avant, lorsqu’il était parfait. Pourquoi ? Parce que cette personne n’existe pas. Il avait créé un personnage sur mesure pour séduire sa victime, pour l’avoir. Il l’a adoré parce qu’elle l’adorait à ce moment là, et il l’a détesté aussi pour ça (« tu es pathétique tu aimes un faux-moi »). La victime a osé aimer son personnage de théâtre alors que ce n’était qu’illusion. La victime est tombée dans son piège, elle est donc faible, et les manipulateurs n’aiment pas les faibles, il vont donc lui faire payer. Son manque d’estime total de soi fait qu’il ne peut pas s’aimer tout seul, il a besoin des autres pour s’aimer en miroir. Si on les aime, il nous aiment, si on ne les apprécie pas, ils ne nous aiment pas. Ils sont narcissiques, auto-centrés. Tout tourne autour d’eux : on n’aurait pas dû tomber dans leur piège, on aurait dû comprendre qui ils sont, leur souffrance, on aurait dû comprendre qu’ils ne sont pas parfaits, qu’ils ont besoin d’attention etc… Bref, l’autre en face à tout les torts. Tout est un test chez eux. Ils font cela sans se rendre vraiment compte. Quand on leur demande en thérapie, ils sont capables de reconnaitre leur fonctionnement, mais ils n’avaient pas mis de mot dessus avant. C’est un Trouble de Personnalité. Ils sont comme ça depuis longtemps, ils ont toujours fonctionné comme ça, et souffrent eux-mêmes de leurs comportements. Mais ils sont narcissiques, ils ne souffrent pas parce qu’ils vous ont fait du mal, ils souffrent parce qu’ils ne sont pas heureux. Et ils blâment leurs victimes de ne pas avoir réussi, à défaut de blâmer leurs parents. Ils sont trop souffrants psychiquement pour pouvoir se tourner vers autre chose qu’eux-mêmes.

S’avouer qu’on est manipulé

Etre manipulé n’est pas une honte. Cela veut dire que l’individu en face de nous a voulu jouer de nos manques, nos faiblesses, nos failles narcissiques. Ce n’est pas à nous d’avoir honte, mais à lui. Néanmoins, il est important, quand on l’a identifié, et qu’on est prêt à se l’avouer, qu’on est victime de manipulation. Il est très important de ne pas être dans le déni, ce n’est pas une force, au contraire. Le déni ou le refus de s’avouer la vérité empêchent les mécanismes suivants naturels de pouvoir s’effectuer : la tristesse, faire le deuil d’une relation épanouie, en parler aux autres, se faire aider, faire appel à la loi, dire non ou stop, mettre de la distance, identifier les causes de la relation, remettre en cause le lien toxique… S’avouer qu’on est victime de manipulation est une force. C’est la voie vers la liberté. L’authenticité avec les autres ou avec soi (Thérapie Existentielle) est la meilleure des thérapies. Elle nous amène à avancer, même si cela fait mal. S’avouer qu’on est victime d’un manipulateur, c’est s’avouer qu’on a choisi (consciemment ou inconsciemment) un manipulateur, ce qui laisse place en priorité à une grande culpabilité, ce qu’on essaie au début de ne pas ressentir, mais le concept de « responsabilité » laissera progressivement derrière lui le jugement pour laisser place à une remis en question constructive. S’avouer qu’on souffre, c’est pouvoir dépasser cette souffrance, identifier les causes, puis sortir de cette relation, mettre de la distance et faire de nouveaux choix par la suite. Et encore une fois, ce n’est pas aux victimes d’avoir honte… c’est aux manipulateurs. Mais comme on est « responsables » de notre vie et de ce qu’on en fait, c’est à nous de nous avouer les choses pour pouvoir redémarrer et faire autrement. On ne choisis pas un manipulateur, c’est eux qui nous choisissent…. mais nous ne sommes pas obligés de rester ! Il faut du courage, du soutien, de la persévérance pour sortir d’une relation d’emprise manipulatrice, mais c’est possible.

Les outils de contre-manipulation

  • Oser la rupture : couper une relation toxique
  • Si ce n’est pas possible, mettre de la distance
  • Avoir l’esprit critique
  • Ne pas se justifier
  • Travailler son estime de soi—, sa confiance en soi et son respect de soi
  • Ecouter ses besoins
  • Analyser son mal-être et identifier les causes
  • L’affirmation de soin : oser dire non, oser demander, savoir recevoir les compliments et les critiques
  • Clarifier les non-dits et les malentendus (devant témoins si besoin)
  • —Ne pas ouvrir sa bulle d’émotions (en dire le moins possible sur soi et ce que l’on ressent)
  • Ne pas imaginer que le manipulateur va réparer ce qu’il a briser
  • Faire le deuil d’une communication normale et efficace
  • Rechercher les informations directement auprès des personnes concernées
  • Vérifier les dires avant de les prendre pour acquis
  • Travailler sa concentration, sa persévérance et la culpabilité de se montrer distant (Ex: « Si c’est ce que tu as envie de croire, cela te regarde »)
  • Avoir le sens de la répartie
  • Répondre avec des phrases courtes qui en disent peu sur vous ou vos émotions (Ex: « C’est ton avis, c’est toi qui le pense »)
  • Rester dans le flou
  • Ne pas contre-attaquer (c’est de la « nourriture » pour le manipulateur)
  • Utiliser les phrases toutes faites, les proverbes et les principes (Ex: Eh oui, l’habit ne fais pas le moine »)
  • Utiliser le « on » de généralité (Ex: « En effet, on peut le penser »)
  • Faire de l’humour si le contexte le permet (mais ne pas se moquer, le retour de bâton du manipulateur sera redoutable)
  • —Sourire, surtout en fin de phrase (si le contexte le permet), rester aimable
  • Jouer avec l’autodérision (Ex: « Ca c’est vrai que je peux être égoïste parfois »)
  • Rester poli
  • —Sortir habilement d’une discussion si elle ne mène à rien (ou à la dévalorisation, la culpabilité, l’humiliation)
  • —Eviter l’agressivité
  • Utiliser l’ironie (seulement si on est sur de soi)

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