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La manipulation, les manipulateurs et leurs victimes

La psychologue Alexandra RIVIERE-LECART reçoit en consultation individuelle et de couple toutes personnes pensant être victimes de manipulation ou de perversion, ainsi que les personnalités manipulatrices ou perverses narcissiques qui souhaitent effectuer un travail thérapeutique.

Bibliographie

  • BARBIER, D. (2013). La fabrique de l’homme pervers. Broché
  • BOUCHOUX, J.-C., MIDAL. F. (2014). Les pervers narcissiques. Poche
  • CHAPEAU-MORELLI, P., COUDERC P. (2010). La manipulation affective dans le couple, faire face à un pervers narcissique. Broché
  • EIGUER, A. (2003). Le pervers narcissique et son complice. Dunod.
  • GUEGUEN N. (2011). Psychologie de la manipulation et de la soumission. Dunod
  • HIRIGOYEN, M.-F. (1999). Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidienPocket
  • HIRIGOYEN, M.-F., (2002). Le harcèlement moral dans la vie professionnelle. Pocket
  • JOULE, R.-V., BEAUVOIS, J.-L. (2007). Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens. PUG
  • LEVERT, I. (2011). Les violences sournoises dans le couple. Robert Laffont, coll. Réponses
  • NAZARE-AGA, I. (2004). Les manipulateurs sont parmi nous. Les éditions de l’Homme.
  • NAZARE-AGA, I. (2014). Les parents manipulateurs. Les éditions de l’Homme.
  • PETITCOLIN, C. (2007). Echapper aux manipulateurs. Broché
  • TAYEBALY, D.-F. (2012). Pour en finir avec les pervers narcissiques. Broché

Vidéos

 

Définitions

Définition de « manipuler » : Amener insidieusement quelqu’un à tel ou tel comportement, le diriger à sa guise ; manœuvrer. Manipuler mentalement quelqu’un exige de le piéger et de le tromper : pour le contraindre à dire une chose qu’il ne voulait pas dire, pour le contraindre à faire quelque chose qu’il ne voulait pas faire. S’il y a manipulation, il y a victime. La manipulation mentale implique un dominant et un dominé. Elle crée un déséquilibre dans la relation de communication et un sentiment de mal-être, voire de dépendance, pour le dominé.

Définition de « manipulateur » : Quelqu’un qui use de techniques de manipulation mentale. Le manipulateur tente d’amener les autres à faire ou dire les choses à sa place, ou bien d’amener les autres à donner, sans donner lui-même en retour. La manipulation peut être « simple » pour obtenir ponctuellement quelque chose, ou bien il peut y avoir une relation d’emprise. Les principales techniques de manipulation principales sont la culpabilisation, les allusions, l’enfermement psychologique, la confusion, l’attaque de l’estime de soi, le chantage affectif… Une personne est manipulatrice à partir du moment où, autour d’elle, des gens se trouvent victimes de ses agissements.

Les types de manipulateurs

Le passif-agressif : il regroupe un ensemble d’attitudes dites passives qu’il exprime indirectement par une hostilité cachée, qui n’est donc pas assumée ou vécue : rancune, frustration, haine, colère, malaise relationnel… Les attitudes passives consistent en diverses formes de résistance, d’impuissance apparente ou d’évitement dans les activités et relations interpersonnelles. Il s’agit d’un mécanisme de défense qui, le plus souvent, n’est que partiellement conscient. Une personnalité passive-agressive n’exprime extérieurement son agressivité qu’à travers une façade passive. Par exemple, la colère est exprimée de manière subtile, par des insinuations ou des comportements non verbaux, souvent niés si ces derniers sont explicités par le sujet qui les subit. Les comportements passifs-agressifs peuvent inclure : la paresse, le refus de prendre des responsabilités ; le fait d’oublier des rendez-vous, des engagements, ou d’arriver continuellement en retard ; la peur de faire confiance aux autres, la paranoïa ; le fait de formuler des paroles ou des insinuations désagréables, puis prétendre que celles-ci ou insinuations ont été mal interprétées et nier toute arrière-pensée ; le fait de se plaindre ; le fait d’extérioriser des sentiments de façon non verbale (par exemple en claquant une porte, ou en jetant un objet), puis de nier les sentiments que ce comportement peut légitimement évoquer (par exemple : la colère) ; le fait de manipuler les gens, de mentir ou, plus largement, d’être malhonnête.

Le manipulateur classique : il est à la recherche de son bénéfice personnel, de ses intérêts, sans se préoccuper du désagrément qu’il cause à autrui. Narcissique, il est guidé par le pouvoir, le gain, la reconnaissance personnelle, la renommée. Il manipule de façon instinctive pour son propre bien. Avoir ce qu’il veut est son objectif principal, peu importent les moyens qui justifieront ses actions. Son intention n’est pas de faire du mal, mais de se faire du bien. Mais par définition, la manipulation fait souffrir. Si cela fait souffrir l’autre, ce n’est pas grave. Le manipulateur souffre et se sent délaissé par les autres (ses parents d’abord) et la société. Avoir ce qu’il veut est un juste retour des choses pour lui. Il estime qu’il vaut plus que les autres et justifie ainsi de répondre à ses besoins. Il est autocentré et éprouve peu d’empathie. La personnalité du manipulateur a souvent pour origine : un état dépressif, une blessure de jeunesse enfouie, un complexe d’infériorité, une quête d’identité insatisfaite, une absence d’épanouissement professionnel, un rêve de gloire inassouvi, une instabilité affective, une sexualité refoulée… Pourquoi agit-il ainsi ? Pour faire croire qu’il maîtrise la situation, pour se défendre et protéger son intégrité, pour se valoriser par rapport à quelqu’un, pour chercher son identité dans le groupe, pour dominer quelqu’un qu’il estime, pour rejeter quelqu’un qu’il jalouse, pour cacher son mal-être ou son mal de vivre, pour masquer son sentiment d’infériorité, pour gagner du temps pour réfléchir, pour refouler ses peurs et ses angoisses, ou encore pour fuir les responsabilités.

Le manipulateur pervers, ou pervers narcissique (PN) : il manipule de façon volontaire et consciente. Il sait qu’il fait du mal. Il prend plaisir à voir la souffrance de quelqu’un tombé sous son emprise. Cette soif de domination provient d’un narcissisme maladif. Ses techniques sont la brutalité ou la compassion. Le manipulateur pervers rentre dans la bulle émotionnelle de sa victime et s’empare de ses émotions intimes, pour prendre le pouvoir sur elle. Comment détecter un manipulateur stratège ? Quand il est trop tard ! C’est ce que disent les gens victimes d’une relation amoureuse, de sectes ou d’escroquerie. Un narcissisme maladif est l’aspect visible d’un profond déséquilibre de la personnalité des PN. C’est souvent un système de défense provenant d’une détestation de soi et de failles narcissiques. Le manipulateur a besoin d’être admiré car au fond, il ne s’aime pas. Sa perversité envers ses victimes s’exercera sur le plan psychologique. Elle peut aussi avoir lieu sur le plan physique (et devenir du sadisme), ainsi que sur les plans sexuel et financier.

Les sous-types de manipulateurs

  • Le manipulateur sympathique : il est souriant, amical, extraverti, bon vivant… mais il s’en sert pour augmenter son influence sur les autres.
  • —Le manipulateur séducteur : il est doté d’un physique attrayant, il a « du charme », il regarde dans les yeux, pose des questions embarrassantes, reste mystérieux et se sert de la séduction pour prendre ce qu’il veut des autres.
  • —Le manipulateur altruiste : il fait beaucoup pour les autres, se rend indispensable et joue le « sauveur ». Il fait tout, paye tout, sans que nous ayons à le lui demander, mais on ne peut rien lui refuser car il joue sur le principe de réciprocité. Le « donneur » maintient le « receveur » dans une position de débiteur.
  • —Le manipulateur cultivé : il se donne beaucoup de mal pour se créer une certaine culture générale afin d’impressionner les autres, résultat : nous n’osons pas lui poser de questions par peur de paraître stupides, et c’est justement là son objectif. Nous le plaçons sur un piédestal et mettons davantage en doute nos dires, nos pensées, nos opinions… que les siens.
  • —Le manipulateur timide : il se cache derrière les autres, il est silencieux, se fait presque oublier… mais il se sert d’intermédiaires pour atteindre et blesser les autres, car il n’est jamais frontal ni direct.
  • —Le manipulateur dictateur : ses critiques, ses attaques et ses comportements sont souvent violents. Il est craint par son entourage, c’est comme cela qu’il obtient ce qu’il désire. Il provoque la peur et la soumission et impose sa domination dans un rapport de force continu.

Les 30 caractéristiques du manipulateur (Nazare-Aga, 2013)

On peut parler de manipulateur si la personne possède au minimum 14 de ces caractéristiques :

  • Il culpabilise les autres au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour, de la conscience professionnelle…
  • Il reporte sa responsabilité sur les autres ou dément ses propres responsabilités.
  • Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et ses opinions.
  • Il répond très souvent de façon floue.
  • Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes ou les situations.
  • Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses demandes.
  • Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, qu’ils ne doivent jamais changer d’avis, qu’ils doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et aux questions.
  • Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres : il critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge.
  • Il fait passer ses messages par autrui ou par des intermédiaires (par téléphone, au lieu de choisir le face à face, il laisse aussi parfois des notes écrites…)
  • Il sème la zizanie et crée la suspicion, divise pour mieux régner et peut provoquer la rupture d’un couple.
  • Il sait se poser en victime pour qu’on le plaigne (maladie exagérée, entourage « difficile », surcharge de travail…).
  • Il ignore les demandes (même s’il dit s’en occuper).
  • Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins (notions d’humanité, de charité, racisme, « bonne » ou « mauvaise » mère…).
  • Il menace de façon déguisée ou fait un chantage ouvert.
  • Il change carrément de sujet au cours d’une conversation.
  • Il évite l’entretien ou la réunion, ou s’en échappe.
  • Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire à sa supériorité.
  • Il ment.
  • Il prêche le faux pour savoir le vrai, déforme et interprète.
  • Il est égocentrique.
  • Il peut être jaloux, même s’il est un parent ou un conjoint.
  • Il ne supporte pas la critique et nie des évidences.
  • Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres.
  • Il utilise très souvent le dernier moment pour demander, ordonner ou faire agir autrui.
  • Son discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes, ses actes ou son mode de vie répondent au schéma opposé.
  • Il utilise des flatteries pour nous plaire, fait des cadeaux ou est soudain aux petits soins pour nous.
  • Il produit un état de malaise ou un sentiment de non-liberté (piège).
  • Il est efficace pour atteindre ses propres buts, mais aux dépens d’autrui.
  • Il nous fait faire des choses que nous n’aurions probablement pas faites de notre plein gré.
  • Il est constamment l’objet de discussions entre les gens qui le connaissent, même s’il n’est pas là.

Zoom sur le Pervers Narcissique (PN)

« La perversion d’un conjoint, d’un parent, d’un supérieur peut briser un couple, défaire une vie ou ruiner une carrière professionnelle. La stratégie perverse cherche à déstabiliser l’autre, par une séduction flatteuse ou un acharnement souvent sournois et subtil, puis par une disqualification insidieuse et récurrente. L’objectif est d’obtenir un moyen de contrôle sur l’affection, l’attention et la disponibilité de l’autre, sans reconnaître sa propre vulnérabilité. »

Définition

Le Pervers Narcissique souffre d’un trouble de la personnalité, une pathologie du narcissisme, de type perversion. L’expression « perversion narcissique«  a été proposée en 1986 par Paul-Claude Racamier dans Entre agonie psychique, déni psychotique et perversion narcissique, puis en 1987 dans son ouvrage La Perversion narcissique, et enfin en 1992 dans Génie des origines. Elle est tirée de la théorisation psychanalytique qui relie les points de vue de Freud sur la sexualité et sur le narcissisme. Cette personnalité présente un sujet qui agirait comme un prédateur en substituant le besoin d’être obéi au désir d’être aimé, et qui, pour l’obtenir, pourrait aller jusqu’à détruire l’identité de sa proie par la manipulation mentale ou le harcèlement moral. Il se nourrit de la dépréciation de l’autre et se procure l’amour de soi à travers l’autre. La structure de son fonctionnement est en fusion, en lien destructeur avec l’autre. S’il n’y a pas d’autre, il est perdu. Il a besoin de détruire l’autre et de s’en nourrir pour se construire, exister, survivre : « il n’en restera qu’un, et ce sera moi ». Le pervers narcissique a inlassablement le besoin d’être admiré. Par ailleurs, la quête excessive de reconnaissance et le manque total d’empathie sont d’autres marqueurs de ce trouble.

Contexte familial

Le Pervers Narcissique a évolué et grandi dans des valeurs narcissiques d’arrogance, de suprématie de l’autre, de prestige social. La mère a souvent eu des difficultés à être tendre avec l’enfant, elle ne le comprend pas, ne s’occupe pas de lui, a du mal à lui témoigner ou lui montrer de l’affection, à lui montrer son amour, elle le « castre » affectivement. Elle attend plus de choses de lui qu’elle ne lui en donne. Elle passe donc par un autre moyen qui est la mise en valeur de son enfant, l’élévation narcissique, ce qui lui fait penser « qu’il est le meilleur ». Adulte, il croira donc qu’il faut écraser les autres pour continuer à survivre et être aimé. Les Pervers Narcissiques vivent dans un monde darwinien (« le monde c’est la jungle »), les autres sont un danger potentiel et ce sont eux les victimes, alors les seuls à survivre seront eux. Ils justifient leur cruauté et leur manipulation par le monde cruel qui les entoure et les agresse, selon leur perception, mais c’est en réalité le monde cruel dénué d’amour ou de sécurité affective dans lequel ils ont grandi.

Origines du Pervers Narcissique

Paul-Claude Racamier l’a énoncé en 1986, en même temps que la caractérisation de la perversion narcissique : « On ne naît pas pervers, on le devient ». La perversion narcissique est un apprentissage fait depuis l’enfance. D’une part, des mécanismes manipulatoires et d’autre part, de la résolution externe des conflits internes. Avec le temps, cette déviance est devenue un mode de fonctionnement à part entière chez le pervers. Il s’est structuré de cette façon. Le Pervers Narcissique n’a pas été reconnu comme personne, comme individu dans son enfance et a dû jouer le rôle de l’enfant parfait ou mature auprès de ses parents. Cependant, cette image de perfection était elle-même changeante dans les yeux de ces derniers. Cela a poussé l’enfant à se créer des « masques » de personnalités qu’il a mis en action, au lieu de ce qu’il était réellement. Ainsi, son vrai « moi » s’est perdu en chemin, laissant place à une coquille vide. Le Pervers Narcissique a laissé derrière lui son « soi » depuis longtemps, dans sa jeune enfance, pour inventer de faux « soi » (self) au fur et à mesure des personnes ou victimes qu’il rencontre, afin d’agir sur tout le monde ou d’avoir la capacité d’être aimé par n’importe qui.  C’est un peu comme s’il cherchait à se reconstituer à travers les narcissismes des autres, comme un miroir brisé. L’enfant futur Pervers Narcissique a généralement subi de graves atteintes à son intégrité psychique, telles que des humiliations, des maltraitances, de l’ignorance, des insultes, voire des abus sexuels. Tout ce qu’il inflige plus tard à ses victimes lui a été infligé précédemment, sauf qu’il a « choisi » (bien qu’il ne s’agisse pas d’un choix, mais d’un mécanisme de survie) de nier la souffrance passée au lieu de la regarder en face, ce qui le guérirait. L’enfant victime a souvent dû faire face à un climat dit « incestuel », avec un inceste sans passage à l’acte génital mais une proximité inadéquate qui ne lui a pas permis de construire des limites entre le parent persécuteur et lui-même. C’est ce schéma qu’il met en place avec ses victimes. Il tente d’abolir toute frontière entre la proie et lui afin d’envahir l’espace psychique de l’autre, tout en maintenant cet autre à bonne distance et en le chosifiant. Derrière chaque Pervers Narcissique se trouve au moins un parent souffrant lui-même de cette déviance. Il s’agit souvent de la mère. L’amour de ces enfants pour leur mère se situe entre l’amour (loyauté infantile) et la haine. Le Pervers Narcissique n’a pas appris à aimer comme nous l’entendons. Ce qu’on lui a montré comme étant de l’amour était en fait de la haine, mais verbalisée comme de l’amour. Ce sont des personnes immatures, dont le développement émotionnel est resté bloqué dans l’enfance. Leur intelligence, elle, est bien adulte et capable de produire une souffrance adaptée au millimètre près pour la victime. Les Pervers Narcissiques ont une très faible estime d’eux-mêmes et ont conscience d’être obligés de porter des masques pour être acceptés par autrui. Ils ne vivent que par l’imposture. Ils ne sont jamais ceux qu’ils prétendent être. « L’amour » que les victimes ressentent pour eux ne peut pas en être car elles ne connaissent pas vraiment leurs bourreaux et les Pervers Narcissiques ne sont pas capables d’aimer d’autres personnes qu’elles-mêmes (et leur mère toute-puissante). Il s’agit d’addiction affective. On peut pleurer sur les enfants qu’ils ont été, mais pas sur les adultes qu’ils sont devenus. Chacun dispose en effet du libre arbitre d’effectuer un travail sur soi.

L’approche de la victime

Le Pervers Narcissique peut tisser sa toile de différentes façons : par la séduction, l’admiration, le soutien… Il enveloppe l’autre en cernant ses faiblesses, ses besoins et en établissant une relation d’emprise dans laquelle l’autre sera séduit, attiré et manipulé malgré lui. Il utilise la mystification, le mensonge, la mise en valeur ou l’argent pour rendre l’autre prisonnier : c’est la « prédation morale ». Le Pervers Narcissique choisit ses victimes, il les approche à des moments de faiblesse morale (déception, perte de statut, décès, solitude, rupture affective…) et donne l’impression qu’il est fort, qu’il va sauver l’autre de sa détresse, qu’avec lui, tout va changer et que grâce à lui, les mauvais jours sont derrière soi. Leur rhétorique est attirante, les pervers narcissiques parlent bien, s’expriment avec aisance, sont cultivés ou très intéressants afin de séduire l’autre et donner l’impression qu’ils sont sains, solides. Ils émettent ce message inconscient : « je suis le seul à pouvoir t’aider à te reconstruire ». Il choisissent leurs victimes, ce ne sont pas les victimes qui les choisissent. Souvent, ils les ont déjà repérées depuis longtemps et leur technique d’approche est totalement contrôlée et minutieusement élaborée. Tout est fait pour que la victime tombe sous le charme. Les leviers activés peuvent aller de l’utilisation de la dépendance affective de l’autre (ou de son amour) à l’exploitation de ses failles (culpabilisation), en passant par diverses formes de violence verbale, physique ou psychique. Cette stratégie va jusqu’à stigmatiser les personnes ne partageant pas leur position perverse et leurs justifications. Les Pervers Narcissiques utilisent l’escroquerie morale, ce sont des usurpateurs, des caméléons qui peuvent adopter la psychologie souhaitée pour attirer et séduire leurs victimes. C’est la période « lune de miel ». Elle peut durer de 6 mois à 2 ans. Puis, d’un seul coup, presque du jour au lendemain, ils changent et ne redeviendront jamais la personne ou « l’ange » qu’ils ont été. Le séducteur cultivé et rassurant est devenu moqueur, provocateur, humiliant, rabaissant, distant, froid. Les Pervers Narcissiques fonctionnent par cycles. Quand ils sentent que leur victime se lasse d’eux et veut partir (car le comportement du pervers est malsain et intolérable), ils redeviennent gentils à nouveau et ré-enclenchent une courte période « lune de miel » de quelques jours ou quelques semaines. La victime pense alors s’être trompée puisqu’elle récupère « l’ange » qu’elle a connu, elle écarte donc tout soupçon et pardonne au pervers. Ces cycles peuvent durer des mois, voire des années. Les Pervers Narcissiques font tout pour garder leurs victimes et jouer avec elles (« le chat et la souris »). Quand celles-ci sont confiantes et amoureuses (couple), ou proches (associé, ami…) ils sont destructeurs. Et quand les victimes s’en vont et prennent leurs distances, ils redeviennent gentils. C’est « le chaud et le froid ». La victime est perdue, elle a l’impression de ne plus connaître réellement la personne qu’elle a en face d’elle, ni de se reconnaître elle-même. Outre les périodes « lune de miel » pour se faire pardonner, les Pervers Narcissiques peuvent également utiliser d’autres stratégies opposées, comme : l’intimidation, les menaces, la violence… Dans ce cas, la victime ne reste pas parce qu’elle leur pardonne et qu’elle est reconquise à nouveau, elle ne part pas parce qu’elle a peur.

La relation d’emprise

Les Pervers Narcissiques récupèrent chez la victime les bénéfices qui vont les mettre en valeur et leur donner de la prestance. Ils choisissent toujours des personnes dont ils pourront aspirer, tels des vampires, l’énergie, la gentillesse, les atouts. Leurs victimes sont généralement des gens extraordinaires, des personnes très intelligentes ou très belles, reconnues, ou avec un grand réseau social. Ils s’attèlent à choisir des victimes dont ils pourront absorber l’âme. Ceci afin qu’ils se l’approprient ou que cela les mette en valeur, ou afin de désincarner la personne dans un jeu de pouvoir pervers d’où la victime sortira nue de leur histoire, sans plus aucune énergie ni estime de soi. Les Pervers Narcissiques peuvent prendre l’apparence souhaitée qui conviendra pour attirer la victime, mais ils ont ce trait en commun que ce sont souvent des éducateurs de toute nature, des figures parentales qui inspirent la stabilité et la réassurance, la structure, voire le « père symbolique ». Face à une personnalité aussi puissante, la victime se laisse porter et rentre dans la gueule du loup sans s’en rendre compte, grâce aux techniques de manipulation innées que le pervers maîtrise sur le bout des doigts. Quand la relation d’emprise est installée, c’est-à-dire que la victime est en confiance, amoureuse ou sous le charme du Pervers, complètement conquise, c’est là que la perversion va commencer. Petit à petit, le but du pervers est de convaincre l’autre qu’il ne vaut pas grand chose. Il défait ses croyances, le fait douter de lui-même, écarte ses qualités, les minimise, les écrase et met en relief ses défauts. Il isole sa victime. Depuis plusieurs mois ou plusieurs années, il a tissé sa toile en éloignant celle-ci de ses proches, de ses amis, de ses collègues, en mettant le soupçon sur eux, en les critiquant, en créant des conflits afin d’éloigner la victime de toute autre référence, appui, soutien sain et stable. Ainsi, il lui sera facile de la déstabiliser et de la faire douter d’elle-même, ainsi que de la posséder tout entière pour avoir l’emprise totale, la possession. L’emprise est ultime, la victime ne sait plus où se retourner pour demander de l’aide. Les Pervers Narcissiques sont souvent mystérieux, très à l’écoute, ils posent beaucoup de questions pour en savoir le plus possible sur leur victime, mais ils parlent peu d’eux-mêmes. On ne leur connaît que très peu d’amis, et souvent, on n’a pas vu leur famille, ou juste quelques membres. C’est pour se protéger. Ils se protègent des autres car ils pensent que ce sont eux les manipulateurs, les pervers qui veulent les détruire. Ils en disent donc le moins possible. De plus, les Pervers Narcissiques sont de grands menteurs : ils mentent sur tout, leur passé, leurs rêves, qui ils sont… Et s’exposer en présentant différentes personnes de leur entourage, ce serait faire ressortir tous les mensonges proférés aux uns et aux autres. Le Pervers Narcissique se nourrit de l’humiliation de l’autre, qu’il établit sournoisement. Mais il ne le détruit pas tout de suite, pour pouvoir jouer avec lui comme un chat joue avec une souris. S’il détruit sa victime, il ne peut plus jouer et ce n’est pas intéressant pour lui. Le but est la destruction subtile, lente, perverse et inconsciente de la victime au fur et à mesure du temps. Sans que ni elle ni personne d’autre ne s’en rende compte, et c’est en cela que réside la perversion. Le Pervers Narcissique est une personnalité très primaire, archaïque, qui croit vivre dans la jungle où règne la loi du plus fort, où il faut manger avant d’être mangé, ou plutôt tué avant d’être tué (syndrome d’anéantissement). Leur enfant intérieur est très développé, ce sont des petits garçons qui manquent d’affection et de reconnaissance et qui pensent être dans un monde hostile de manipulateurs qui veulent leur peau. Les femmes ont pour eux deux visages, elles représentent la figure maternelle affective qu’ils n’ont pas eue et la castratrice qui va les détruire et les « couper », comme leur mère. Quant aux hommes, ce sont des rivaux qui veulent les écraser. Ils vivent dans un monde de tous les dangers, et pensent que ce sont eux les victimes des autres. La personnalité perverse narcissique se développe tôt chez l’individu, suite à un traumatisme de manque affectif et de castration. Il y a tous les âges chez les victimes. Ce sont souvent des femmes, mais beaucoup d’hommes subissent aussi les manipulations de perverses narcissiques.

Les victimes de manipulateurs

Les caractéristiques de la victime d’un manipulateur

  • La personne ressasse des échanges passés avec le manipulateur.
  • Elle parle constamment de cet individu perturbant.
  • Elle devient anxieuse (ou l’est davantage).
  • Elle a des troubles du sommeil.
  • Elle subit des réactions psychosomatiques dont certaines se chronicisent.
  • Elle perd confiance en elle et donc n’agit plus spontanément.
  • Elle doute de ses perceptions et de ses opinions.
  • Elle ne s’exprime plus librement (ou le fait encore moins).
  • Elle renonce à poser des limites ou à refuser.
  • Elle cède sur l’insistance du manipulateur malgré une première résistance.
  • Ses décisions ne sont plus logiques.
  • Elle se sent démunie.
  • Elle perd énormément d’énergie lors de discussions et en fin de journée.
  • Elle a du mal à se concentrer et à être aussi performante que son potentiel le lui permettrait.
  • Elle cache sa réalité douloureuse ou honteuse aux autres.
  • Elle se culpabilise de la situation et pense qu’elle peut rétablir l’équilibre seule.
  • Elle garde l’espoir d’un retour à la normale, mais tombe en dépression sans même s’en rendre compte.
  • Elle peut avoir des « envies de meurtre » ou plus exactement rêver que l’individu disparaisse d’un coup de la planète (par accident, le plus souvent).
  • Elle peut être assaillie par des pensées suicidaires.
  • Elle peut se suicider.

S’avouer que l’on est manipulé

Etre manipulé n’est pas une honte. Cela veut dire que l’individu en face de nous a voulu jouer de nos manques, de nos faiblesses, de nos failles narcissiques. Ce n’est pas à nous d’avoir honte, mais à lui. Néanmoins, il est important, quand on l’a identifié et qu’on est prêt à se l’avouer, d’admettre que l’on est victime de manipulation. Il est très important de ne pas être dans le déni : ce n’est pas une force, au contraire. Le déni ou le refus de s’avouer la vérité empêchent les mécanismes suivants naturels suivants de pouvoir s’effectuer : la tristesse, faire le deuil d’une relation épanouie, en parler aux autres, se faire aider, faire appel à la loi, dire non ou stop, mettre de la distance, identifier les causes de la relation, remettre en cause le lien toxique… S’avouer que l’on est victime de manipulation est une force. C’est la voie vers la liberté. L’authenticité avec les autres ou avec soi (Thérapie Existentielle) est la meilleure des thérapies. Elle nous amène à avancer, même si cela fait mal. S’avouer que l’on est victime d’un manipulateur, c’est s’avouer que l’on a choisi (consciemment ou inconsciemment) un manipulateur, ce qui laisse place en priorité à une grande culpabilité, que l’on essaie au début de ne pas ressentir, mais le concept de « responsabilité » laissera progressivement derrière lui le jugement pour faire place à une remise en question constructive. S’avouer que l’on souffre, c’est pouvoir dépasser cette souffrance, identifier les causes, puis sortir de cette relation, mettre de la distance et faire de nouveaux choix par la suite. Et encore une fois, ce n’est pas aux victimes d’avoir honte… c’est aux manipulateurs. Mais comme on est « responsables » de notre vie et de ce que l’on en fait, c’est à nous de nous avouer les choses pour pouvoir redémarrer et faire autrement. On ne choisit pas un manipulateur, c’est lui qui nous choisit… mais nous ne sommes pas obligés de rester ! Il faut du courage, du soutien, de la persévérance pour sortir d’une relation d’emprise manipulatrice, mais c’est possible.

Comment devient-on victime ?

Ce ne sont généralement pas les victimes qui choisissent les manipulateurs, mais bien les manipulateurs qui repèrent et choisissent soigneusement leurs victimes. Bien avant qu’elles n’aient eu le temps de le remarquer, le manipulateur a déjà choisi sa proie. Rien ne l’arrêtera avant qu’il n’ait entièrement séduit sa victime. Il utilisera toutes les techniques de manipulation en son pouvoir pour la séduire et la mettre en confiance, puis sous relation d’emprise. La première question est donc déjà : « Quand m’a-t-il repérée ? ». Puis : « Que veut-il chez moi ? ». C’est simple, prenez votre atout principal, votre caractéristique la plus noble, votre qualité la plus évidente, c’est probablement ce dont le manipulateur a voulu s’emparer, pour le détruire ou s’en servir comme faire-valoir aux yeux des autres quand vous étiez à ses côtés. Les manipulateurs sont narcissiques, ils veulent donc être les meilleurs. Ainsi, ils choisissent des personnes « faire-valoir » qui les mettent en valeur, ou qui ont des atouts qu’ils vont pouvoir copier et vampiriser. Ils sont à la fois reconnaissants que les victimes les aide dans leur narcissique, et en même temps jaloux, car ils sont vides et pensent ne jamais pouvoir avoir ces qualités. Ils sont jaloux et haineux de ce qu’ils n’ont pas. Leur ambivalence s’inscrit dans cet amour/haine, idéalisation/désidéalisation, admiration/jalousie.  Donc on n’est pas une victime à la base, on a été choisie. Dans un deuxième temps, le manipulateur va prendre le « masque » qui plaît le plus à sa proie pour la séduire, il est donc difficile de résister. Dans un troisième temps, le manipulateur va créer une période « lune de miel » durant laquelle tout est parfait, afin de faire entrer la victime dans une relation d’emprise, et il est alors difficile de savoir que ce n’est pas réel. Par la suite, dans la relation d’emprise, la victime est hypnotisée par la personne idéale qu’elle a rencontré et elle a du mal à réaliser que cette personne n’existe pas. D’autant plus que le manipulateur oscille entre le chaud (gentillesse) et le froid (cruauté). Alors, quand sortir de la spirale perverse, puisque toutes les phases sont faites pour ne pas pouvoir s’en défaire ? Déjà, on peut se rappeler qu’un individu parfait, cela n’existe pas. Donc si le manipulateur est sans défauts, c’est probablement qu’il ne révèle pas son vrai visage et qu’il montre/crée uniquement ce qu’il faut pour séduire. Ensuite, il faut savoir qu’un manipulateur ne peut pas tenir sur du long terme, il y a toujours un moment où il va « twister », c’est-à-dire revirer et montrer son vrai visage. A ce moment-là, ne pas se dire : « Qui est cette personne, je ne la connais pas ! J’ai hâte qu’il redevienne comme avant », mieux vaudrait davantage se demander s’il ne s’est pas trahi et ne vient pas de montrer sa vraie personnalité. Il est important de ne pas ignorer cette partie et de la prendre en compte. Si cette face cachée revient régulièrement (le chaud et le froid), il est essentiel de commencer à se poser des questions et mettre de la distance pour réfléchir à la qualité de la relation (saine vs. toxique). A quel moment sortir de la relation d’emprise ? A tout instant. Pour cela, il faut arriver à s’avouer que la personne sous le charme duquel on est tombée est en réalité construite de toutes pièces et que l’on court à l’autodestruction si on reste dans ce genre de relation toxique.

Pourquoi c’est si dur de sortir d’une relation d’emprise ?

C’est difficile de sortir d’une relation d’emprise car les victimes sont éprises de la personne qu’elles croient avoir rencontré au tout début, persuadées que sa « face méchante » est une erreur et qu’elle s’en ira bientôt. Et qu’à chaque fois qu’elle réapparaît, c’est une erreur (« il est stressé, en ce moment », « il est fatigué »…). Il n’y a pas d’excuses à être méchant, violent ou cruel. Cela ne doit pas se produire, même avec des excuses. Aux premières manifestations de cruauté de quelqu’un, il faut prendre de la distance. Il ne faut pas regarder comment le bourreau vous séduit, se rattrape ou se rachète. N’écoutez pas les paroles, regardez les actes. Personne ne devrait avoir à subir de la violence, d’aucune sorte (physique, psychologique, verbale, sexuelle, économique). Et aucune parole, aucun bijou, aucun voyage ou aucune promesse ne peut rattraper ce qui a déjà été fait. Si l’on devient victime d’un manipulateur, c’est tout d’abord parce qu’il a tout fait pour que l’on tombe sous le charme. Enormément de personnes se font avoir, de tous âges, niveaux intellectuels et socio-culturels. Il faut donc déculpabiliser, mais prendre rapidement la décision, lorsque la manipulation a été identifiée, de quitter cette relation toxique. Malgré les bénéfices secondaires, il est important de décider de se respecter et de ne pas permettre au manipulateur d’aller plus loin. La relation d’emprise est bâtie sur l’espérance, le fantasme, l’espoir que la personne idéale existe réellement. Le pervers se sert des idéaux de sa proie. Si la victime apprend à se connaître via un travail personnel, elle pourra identifier ses attentes, ses fantasmes, mais aussi ses failles narcissiques et ainsi, ne plus se faire avoir par le manipulateur. Il est important de se rappeler que la personne parfaite n’existe pas. Il est nécessaire de se résigner à faire le deuil de la relation idéale, du prince charmant, car c’est toujours difficile quand on croit l’avoir trouvé. Mais il faut se rappeler qu’un individu parfait ne peut que surjouer, donc probablement ne pas être sain. Ce sont toutes vos faiblesses et vos doutes qui font de vous quelqu’un de bien, de normal, de sain.

Les conséquences de la manipulation

Les conséquences psychologiques sur les victimes de manipulateurs et de Pervers Narcissiques sont très graves. Pendant la période « lune de miel », tout va très bien. Les victimes sont mises en valeur, elles se sentent aimées, appréciées, elles ont trouvé le partenaire, l’ami ou l’associé parfait. Puis vient le jour où tout bascule, le manipulateur fait une crise et on ne l’avait jamais vu comme ça auparavant. Cela semble ponctuel, il se calme, demande pardon et tout repart. Pourtant, par la suite, il refait des crises (colère, culpabilisation, agressivité, violence, jalousie…), mais demande pardon à chaque fois. Il peut être violent et même frapper physiquement, ce qu’il n’avait jamais fait jusque-là. Puis les crises se font de plus en plus fréquentes et la vie avec le manipulateur devient un cauchemar. Les bons moments sont plus rares que les crises : depuis le moment où tout a basculé, il est plus souvent méchant que gentil. Les mois passent, les années, avec une alternance de bons moments et de moments de crises, pleines de jalousie, de violence, d’accusations, de reproches, d’insultes. La victime ne reconnaît plus la personne qu’elle a choisi et se pose des questions. Elle commence à rentrer dans une déprime, voire, sur du long terme, dans une dépression. L’estime de soi est très attaquée et elle baisse progressivement. La victime ressent également de la honte quand elle réalise qui est vraiment la personne et qu’elle ne « reviendra pas ». Elle se demande : pourquoi ne s’en est-elle pas aperçue plus tôt ? Pourquoi n’est-elle pas partie avant ? Pourquoi a-t-elle laissé faire ? Pourquoi s’est-elle laissée isoler ? Beaucoup de remises en question qui ne font que diminuer d’autant plus l’estime de soi. La victime ressent également de la culpabilité de s’être fait avoir, d’avoir éloigné ses amis ou ses proches, d’avoir cru aux mensonges. C’est la manipulation à distance qui continue. Les victimes ne sont pas responsables. C’est l’œuvre de la perversion.

  • Les conséquences psychologiques : manque croissant de confiance en soi, sentiment d’infériorité, culpabilité, perte des repères, tendance à la rumination mentale, honte, cauchemars, état de stress, anxiété, irritabilité, état dépressif, crises d’angoisse.
  • Les conséquences physiologiques : troubles du sommeil, troubles de l’appétit, maux de tête, douleurs abdominales, fatigue, réactions cutanées, somatisation, insomnies.
  • Les conséquences sociales : isolement, repli, perte de contact avec les amis, rupture avec la famille, diminution, voire arrêt des sorties extérieures.
  • Les conséquences professionnelles : troubles de la mémoire, troubles de la concentration, troubles de l’attention, ruminations, erreurs professionnelles, mise en doute de ses propres compétences, baisse de confiance en soi.

Les techniques de manipulation

  • La séduction : par la parole, le physique, le toucher, les valeurs, le statut social, les compétences professionnelles, les croyances familiales, les opinions politiques… Tous les biais sont utilisés pour « coller » à la victime et la séduire à travers ses propres principes, goûts et valeurs.
  • La synchronisation : se synchroniser avec son interlocuteur, c’est adopter un comportement en miroir pour se mettre en concordance avec sa victime, afin d’établir et d’entretenir un rapport qui va permettre au manipulateur d’obtenir ce qu’il souhaite. Il donne l’impression d’être « comme elle », si bien qu’elle se laisse convaincre sans réelle discussion.
  • L’amalgame affectif : associer des éléments affectifs à l’argumentaire, et le message sera augmenté d’une valeur supplémentaire, d’une sensation « programmée », même si on finit par en oublier l’origine. La manipulation commence quand les éléments affectifs se substituent aux arguments.
  • Le procédé de répétition : ce qui paraît étrange et sans fondement la première fois, parce que non argumenté, finit par paraître acceptable, puis normal, au fil des répétitions. Cette technique crée l’impression que ce qui est dit et répété a quelque part, très en amont, été argumenté. La répétition fonctionne sur l’oubli du fait que l’on n’a jamais expliqué ce que l’on répète.
  • Le silence : le silence est utilisé par le manipulateur lorsqu’il se replie afin de réfléchir (à son prochain coup), ou  lorsqu’il souhaite induire chez sa victime le doute, la remise en question et la culpabilisation. Cette technique rend la victime « folle », car elle ne sait pas quoi faire, n’a pas de réponses à ses questions et ne peut pas avancer, ce qui lui laisse le temps de ruminer (et de se croire coupable de cette coupure de contact). C’est une technique perverse dénuée de toute empathie et de compassion à l’égard de l’autre qui reste dans le « vide ». La technique du silence peut être faite à distance ou en présence de l’autre (qui finit par craquer et s’énerver pour faire réagir et qui devient le bourreau par manipulation).
  • La culpabilisation : la culpabilité qu’instille le manipulateur dans l’esprit de ses victimes mine l’image positive d’elles-mêmes que celles-ci cherchent à construire. Abandon, égoïsme, injustice et trahison sont les points sensibles sur lesquels le manipulateur appuie dans l’intention de faire mal. Il procède souvent par insinuation. Il n’exprime jamais une demande claire et réduit à l’impuissance. En reportant sa responsabilité sur sa cible, il la pousse à admettre qu’elle seule est responsable d’une situation. Se défausser de ses torts est une spécialité du manipulateur.
  • L’entremise : elle consiste à choisir un stratagème pour se mêler ou entrer dans une affaire par l’intermédiaire d’une personne que le manipulateur connaît et qu’il manipule ou sur laquelle il exerce un contrôle ou une domination, afin de pouvoir tirer les ficelles ou d’avoir un contrôle de la situation à distance.
  • L’engagement :  c’est insister sur le fait que l’autre est libre de faire ce qu’il veut, car plus la personne se sent libre d’accomplir ou non un acte, plus son engagement est important.
  • La porte au nez : en soumettant l’autre à une première demande très coûteuse avant de lui asséner une requête moins coûteuse, le manipulateur multiplie les chances d’obtenir une réponse positive de sa part. C’est le principe de réciprocité, puisque vous faites un pas en faveur de la personne en lui proposant une deuxième demande moins coûteuse, elle se sentira redevable vis-à-vis de vous et un peu plus obligée d’honorer votre seconde requête.
  • La peur, la violence et l’autorité : si « la violence est l’argument des faibles », le manipulateur s’en fiche. Dans son monde narcissique et archaïque, la violence (physique, psychologique, sexuelle, financière) et la soumission sont la preuve qu’il est fort et qu’il est craint. N’étant pas doué d’empathie ni d’altruisme, il n’hésite pas à utiliser la force et la peur pour qu’on le craigne et qu’il puisse continuer paisiblement à atteindre ses objectifs.
  • Le verrouillage : c’est une technique qui consiste à enfermer l’autre dans ses contradictions. Ce genre de pratique rend la victime confuse et la fait douter d’elle-même. Le manipulateur se sert des valeurs et des croyances de la victime pour y semer confusion, doute et clivage.
  • La sympathie : les gens ont plus facilement tendance à accéder aux demandes formulées par des personnes leur faisant bonne impression ou avec lesquelles il ressentent quelque affinité. Les facteurs qui augmentent le fait que l’on puisse trouver quelqu’un sympathique sont : la fréquence des rencontres, les similitudes, une personne belle, la ressemblance physique, laisser croire à l’autre qu’il est unique, un premier contact positif, être dans le même camp, la flatterie, être proche géographiquement et donner des marques d’affection et de reconnaissance.
  • La réification : la réification nie l’individu. Sa soumission est donc obtenue sans son consentement.
  • La dévalorisation : le manipulateur dévalorise, au début sous couvert d’humour ou de second degré, puis émet des jugements plus sérieux et incisifs. Il insinue le doute sur les qualités de la victime, ses compétences et plus généralement, sa personnalité. Au départ mise sur un piédestal, la victime passera au fur et à mesure pour quelqu’un de banal, d’inintéressant, voire d’extrêmement inférieur.
  • Les menaces : elles sont rarement mises en action (« un chien qui aboie ne mord pas ») mais consistent à imposer la peur et la soumission chez la victime. Le manipulateur change de menaces dès qu’il sent qu’on ne le croit plus. Il monte « en escalier » dans les menaces et touche à tous les domaines qui sont importants pour la victime afin de la garder sous contrôle.
  • Le chantage : il peut tout aussi bien user des menaces de manière déguisée que du chantage ouvert. Dans les deux cas, sa cible doit se plier à ses exigences.
  • La déstabilisation : le manipulateur peut changer d’avis, d’opinion, de croyances ou de valeurs sans se préoccuper de se contredire, ce qui importe pour lui, c’est de déstabiliser sa victime afin qu’elle doute au fur et à mesure d’elle-même, perde confiance en elle et donc qu’il puisse en faire ce qu’il veut.
  • Le « Love Bombing » : cette technique est souvent utilisée dans les sectes. Elle consiste à littéralement bombarder les adeptes de messages d’amour, de mots doux, laudatifs, prévenants : « j’aime ta sensibilité », « ta présence est un don du ciel », « tu es le soleil de ma vie », etc. De telles paroles donnent confiance en soi et font tomber les résistances personnelles.
  • La fuite, ou l’évitement : le manipulateur part dès qu’il se sent mal à l’aise, dans une impasse, afin d’éviter quelqu’un ou lors de toutes situations qu’il ne souhaite pas affronter. Il n’a pas d’états d’âme à fuir, tout ce qui compte c’est qu’il se sente bien. S’il se sent mal, il fuira sans honte.
  • Les points communs : la séduction du manipulateur consiste à titiller la fibre fusionnelle de son interlocuteur, de façon à ce que l’on développe pour lui un avis a priori favorable. Au début de la relation avec sa victime, il va dans le même sens qu’elle en partageant ses opinions, en acquiesçant à ses remarques… Il invente aussi parfois des références communes avec elle. Peu importe qu’elles soient inexactes ou qu’il ne soit pas d’accord avec ses opinions. Il s’agit avant tout pour lui de s’assortir à sa victime, de chercher à lui ressembler afin qu’elle s’attache.
  • Le mensonge : le manipulateur ment souvent pour tout et rien, même pour des broutilles, il s’inventera une vie et détestera par-dessus tout se faire démasquer. Il peut avoir des vies différentes avec plusieurs personnes en même temps. Ses mensonges sont souvent indécelables, car il va y ajouter une pointe de vécu pour les rendre crédibles assez longtemps. Lui-même mélange souvent la réalité et ses fantasmes (idéal du soi).
  • Le double visage : le manipulateur a deux visages, un pour la victime et l’autre pour l’extérieur. La victime est la seule à voir le vrai visage du manipulateur. Il passe d’un masque à l’autre en fonction des circonstances. Il fait ainsi passer la victime pour une folle qui tente d’expliquer aux autres à qui elle a affaire dans l’intimité. Etant donné qu’elle est la seule à connaître son mauvais côté et qu’il passe pour un ange auprès de l’extérieur, personne ne croit la victime quand elle tente de livrer la vérité (et d’être sauvée).
  • Le sabotage : le manipulateur commence par aller dans le sens de la victime, puis dit à la fin qu’il n’était pas d’accord depuis le début, que la victime a mal compris, qu’elle a fait exprès d’aller contre son souhait. Il peut changer d’avis en cours de route, ou dire finalement qu’il n’est plus d’accord une fois que tout est fait.
  • La victimisation : le manipulateur se plaint d’être l’instrument des autres, de ne pas être compris mais utilisé, manipulé : c’est en fait de la « projection », il parle sans faire exprès de son propre comportement avec la victime. Il est narcissique et même chez l’autre, ne voit que lui-même.
  • La division : le manipulateur dresse les uns contre les autres, il divise pour mieux régner. Il ne présente pas ses victimes à ses « suiveurs », c’est le roi du cloisonnement, pour que ses mensonges ne puissent pas être repérés. De même, il fera en sorte de ne pas réunir ses victimes dans la même pièce. Il contrôle sa victime en se montrant maladivement jaloux et en l’isolant petit à petit de tout le monde.
  • Le « gas-ligthing » : c’est une forme d’abus mental dans lequel l’information est déformée, omise sélectivement pour favoriser l’abuseur, ou faussée dans le but de faire douter la victime de sa mémoire, de sa perception et de sa santé mentale. Les exemples vont du simple déni par un abuseur que de précédents incidents se soient passés, jusqu’à la mise en scène d’événements bizarres par l’abuseur dans l’intention de désorienter la victime.

Se protéger des personnalités manipulatrices

Comment détecter un manipulateur ?

  • —Il ne répond jamais de façon précise à une question. Participe à une conversation sans adhérer au sujet.
  • —Il tient un discours différent selon ses interlocuteurs. Emet souvent des opinions contraires au groupe.
  • —Il plaisante alors que la conversation est sérieuse. Est sérieux alors que la conversation est futile.
  • —Il monte les gens les uns contre les autres et détruit régulièrement l’ambiance du groupe.
  • —Il casse une conversation lorsqu’il arrive afin de se retrouver au centre de cette conversation.
  • —Il est absent le jour où l’on a vraiment besoin de lui. Mais est présent pour toutes les choses peu importantes.
  • —Après avoir accepté un engagement, il ne le tiendra pas ou agira différemment de ce qui était prévu.
  • —Il donne une image parfaite de lui, mais critique et dévalorise les autres pour mieux se valoriser lui-même.
  • —Paraît sympathique au premier abord, mais vous déçoit lorsque vous le connaissez mieux.
  • —Il affiche régulièrement un sourire de façade, avant d’être désagréable au premier reproche.
  • —Il est imprévisible dans ses propos et ses réflexions, au point de déstabiliser les gens autour de lui.
  • —Il se mêle de choses qui ne le regardent pas et juge souvent les comportements des autres.
  • —Il est incapable d’avoir une conversation avec une personne sans culpabiliser cette dernière.
  • —Il parle lorsqu’on demande le silence et se tait lorsque chacun est appelé à mieux s’exprimer.
  • —Il émet une idée forte dans une conversation, avant de partir ou de ne plus rien dire du tout.
  • —Dans un groupe, il agresse quelqu’un sur un sujet de son choix pour s’en servir comme faire-valoir.
  • —Il est incapable de reconnaître ses torts et soutient l’avis qu’il a exprimé, même mis devant la vérité.
  • —Il reporte ses fautes sur les autres ou va mentir pour se justifier dès qu’on lui fait un reproche.
  • Il aime se faire plaindre, se mettre au centre de tout, et ne supporte pas d’être dépassé par les autres.

Posez-vous les questions suivantes

  • Est-ce que je mène la vie que j’aime ? Ou quelqu’un mène-t-il ma vie ?
  • Est-ce que je réagis par rapport à moi ? Ou quelqu’un d’autre réagit-il pour moi ?
  • —Est-ce que je guide ma vie tout seul ? Ou quelqu’un guide-t-il ma vie ?
  • —Est-ce que j’agis comme je l’entends ? Ou quelqu’un agit-il à ma place ?
  • —Suis-je autonome dans ma pensée ? Ou quelqu’un pense-t-il pour moi ?

Comprendre les phases de la manipulation

  • L’approche : L’approche est l’étape essentielle de la manipulation, c’est là où tout va se jouer. Le manipulateur va utiliser toutes les techniques en son pouvoir pour séduire la victime qu’il a choisie (technique des points communs, synchronisation, mensonge, fascination, transfert, chantage, flatterie, verrouillage, entremise, etc.). Avant ou pendant l’approche, il va étudier, scanner sa victime. Tout cela se fait chez lui inconsciemment et par automatisme. Il va trouver les failles narcissiques de sa proie, ses espoirs déchus, ses faiblesses, mais aussi ses points forts, ses qualités, ses atouts. Pendant qu’il analyse sa victime, il la teste, fait des « essais-erreurs » afin de découvrir ses limites et ses points de non-retour. Socialement, professionnellement, affectivement, rien ne lui échappe, il analyse tout ce dont il a besoin pour pouvoir l’approcher, la séduire et enclencher une relation d’emprise. Cette période dure le temps nécessaire, malheureusement ce temps n’est généralement pas long. Quand il décide que la victime est la bonne personne, celle dont il va pouvoir utiliser ou puiser l’énergie, s’en servir comme faire-valoir ou à des desseins personnels, il passe à la phase suivante.
  • L’attachement : L’attachement est l’étape suivante durant laquelle le manipulateur va, plus ou moins consciemment, utiliser toutes les données qu’il a emmagasinées sur sa victime pour pouvoir non plus la séduire, mais « l’attacher », créer le lien toxique. L’attachement est essentiel à la manipulation, elle mène à la relation d’emprise, qui est l’outil principal de la manipulation perverse.
  • La période « lune de miel » : Cette période correspond au début de la relation, quand le manipulateur séduit sa victime et enclenche la relation d’emprise. C’est la période durant laquelle il est parfait. Il aime tout de sa victime, fait tout comme elle, ils ne se disputent jamais, le manipulateur est gentil, patient, social et compréhensif… il ne fait pas de faux pas. Cette période dure aussi longtemps qu’il pense nécessaire pour que la victime rentre en relation d’emprise. Ce n’est pas quelque chose qu’il fait consciemment, c’est instinctif. Durant cette période, il apprécie énormément la victime, qu’il a choisie pour des raisons précises. Il l’idéalise, la respecte, elle est précieuse à ses yeux et il la veut sous son emprise.
  • La relation d’emprise : Elle correspond à toute la période, de l’attachement jusqu’à la fin de la relation. La victime pense qu’elle tient à son bourreau, ou qu’elle est amoureuse de ce « personnage ». C’est plus fort que de l’amour, c’est de la dépendance. Etre sous relation d’emprise, c’est ne pas être capable, ni physiquement ni psychiquement, de se libérer du manipulateur, de le quitter, de s’éloigner de lui. Pourquoi ? Parce qu’en période « lune de miel », il a répondu (volontairement) à tous les besoins de la victime. Celle-ci ne tient pas au manipulateur, elle ne sait d’ailleurs pas tout de suite que c’en est un (elle s’en aperçoit même très tard, car elle ne peut pas y croire), elle tient au « personnage parfait », que le manipulateur lui a servi sur un plateau pendant des mois (une période « lune de miel » dure généralement entre 6 et 18 mois). La victime, comme tout le monde, a des manques. Le manipulateur en période « lune de miel » les ayant comblés, la victime devient alors dépendante de ce qu’il lui apporte. La relation d’emprise, c’est la relation entière. C’est le travail du manipulateur sur sa victime pour éteindre son estime de soi (progressivement sinon ce ne serait pas pervers), briser sa confiance en soi, créer un sentiment d’infériorité, semer le doute, la confusion, la perte de repères, la déprime, l’isolement familial/social/amical, l’anxiété et tous les autres symptômes…
  • Le « twist » : c’est le premier conflit, la première crise, la première fois que le manipulateur va montrer son vrai visage, lorsqu’il bascule vers le « vrai lui ». Il ne le fait (inconsciemment) que lorsqu’il sent que sa victime est sous relation d’emprise, jamais avant. Il sent à ce moment-là qu’il peut basculer, que sa victime est assez éprise pour qu’il puisse tomber le masque et qu’elle ne partira pas pour autant. C’est également un moyen (inconsciemment, encore) pour le manipulateur de vérifier la solidité de la relation d’emprise. Lors de cette première crise, la victime est en état de sidération. Elle ne peut pas y croire. Cette personne n’est pas celle qu’elle a connue au tout début, d’ailleurs, « Qui est-elle ? », « Cela doit être une erreur ? », « Elle devait être fatiguée, angoissée… il doit bien y avoir une raison », « C’est ponctuel, elle ne recommencera pas… ». Après le « twist » de la première crise, le manipulateur en fera d’autres, de plus en plus rapprochées, avec des périodes de petites « lunes de miel » entre deux crises. C’est ce que l’on appelle souffler le chaud et le froid.
  • Le chaud et le froid : c’est l’alternance entre le « gentil » et le « méchant » côté de la personne toxique. Son bon côté, « le chaud », n’est pas authentique, c’est sa face lorsqu’il est apaisé, content, généralement après qu’il ait déversé toutes ses pulsions agressives et destructrices après un « froid ». Cela peut être également lorsqu’il est en représentation, c’est-à-dire en société, devant les autres qui ne sont pas la victime, et pour des personnes devant lesquelles il veut être parfait (beau, fort, cultivé, charmant, érudit, etc. selon son sous-profil type). Il se sert de cette phase pour resserrer les liens avec sa victime, afin qu’elle ne parte pas. Le « froid », c’est lorsqu’il montre son vrai lui, souffrant, agonisant psychiquement, qui ne peut pas s’empêcher de faire du mal, d’agresser, de violenter, parce que lui-même a vécu cela dans son enfance. Il veut montrer cette face à sa victime, comme une sorte d’attachement toxique, afin qu’ils soient encore plus liés dans la douleur. Il veut partager, montrer ce qu’il a vécu et lui faire payer le fait de ne pas avoir vécu la même chose. Cette face est un rejet de l’autre, ce sont des pulsions destructrices et perverses qui se révèlent, mais c’est aussi un test : « C’est facile de t’attacher à moi quand je fais le gentil, mais resteras-tu si tu vois le vrai moi ? ». Le « froid », c’est le masque qui tombe. Il n’est jamais révélé à n’importe qui, personne ne le voit, sauf la personne qui est en relation d’emprise. C’est pour cela que généralement, les entourages, amis, familles, ont du mal à croire quand la victime crie au secours : « Tu dois exagérer, il est si gentil ! ». L’alternance du chaud et du froid n’arrive pas qu’une fois, mais une multitude de fois dans la relation d’emprise, qui est basée sur cette alternance. C’est pour cela que le manipulateur est prévisible, il fonctionne par cycles. Après un « chaud », il y aura un « froid » et après un « froid », il y aura à nouveau un « chaud », et ainsi de suite, jusqu’au bout… C’est pour cela qu’il ne faut pas attendre pour partir, ne pas croire qu’il a changé (« il a compris, il est gentil maintenant », « il a dit qu’il ne recommencerait plus », « il s’est excusé », « il veut m’épouser », « il veut qu’on habite ensemble », « il veut des enfants »…). Après une crise (un « froid »), le manipulateur proposera quelque chose de plus beau qu’avant, afin de faire rester sa victime. C’est de la séduction, de la poudre aux yeux, car généralement, il ne fait pas ce qu’il a promis. En période de séduction et d’approche, il avait enregistré tous les souhaits et désirs de sa victime, et c’est dans les périodes de réconciliation qu’il s’en ressert. Attention, généralement, il reprendra son cadeau de réconciliation dès le prochain « froid », comme punition de l’avoir forcé à le donner, où bien il gâchera ce cadeau. Un manipulateur donne rarement, car lui-même n’a pas reçu. Il n’y a pas de raisons que les autres soient heureux et pas lui…
  • L’identification : c’est lorsque la victime a compris à qui elle avait affaire. Lorsqu’elle a mis un mot sur sa relation : manipulation. Elle s’avoue ou comprend que la relation est toxique et que le manipulateur ne redeviendra probablement jamais comme il était au tout début. La phase d’identification est une phase de deuil. Elle est aussi compliquée et douloureuse que les phases de crises (« froid »). C’est comprendre tout d’un coup, sans pouvoir revenir en arrière : que la relation est toxique, que l’autre est malade, qu’il ne changera pas, que rester, c’est ne jamais être heureux. C’est difficile pour la victime, car elle est attachée (relation d’emprise). C’est faire le deuil du fait que la relation soit saine un jour, que la personne du début n’a jamais existé, qu’il va falloir aller de l’avant, se reconstruire, avouer ses erreurs de choix amoureux, se remettre en question… Malheureusement, pour le manipulateur ce n’est pas fini, tout commence…
  • La destruction ou l’abandon : la destruction a toujours eu lieu dans une relation toxique avec un manipulateur, mais quand la victime a identifié la source de sa souffrance et qu’elle veut partir pour s’en sortir, survivre… le manipulateur se sent alors abandonné, rejeté, comme il l’a déjà senti petit, c’est donc un deuxième trauma pour lui, ce qui va le rendre plus destructeur et pervers que jamais. Il ne laissera pas sa victime impunie du fait de vouloir l’abandonner, de réactiver sa souffrance archaïque, et il va le lui faire payer. Son unique objectif sera alors de faire souffrir sa victime, car elle a le droit d’être heureuse à ses côtés (parfois), mais pas sans lui (narcissisme). Comme une obsession unique, tous ses actes seront dédiés à l’ennuyer, la faire souffrir, la ralentir et dans tous les cas, à lui faire penser à lui. La victime déteste alors le manipulateur, mais ce n’est pas grave : pour lui, c’est toujours au moins un sentiment intense. De toute façon, il vivait dans la haine, qu’elle soit masquée ou révélée, donc c’est la même chose pour lui. La destruction ouverte a en revanche moins de « goût », car il n’y a plus de jeux (c’est moins pervers). L’intérêt principal pour un manipulateur est de jouer, sans jamais être démasqué. Lorsqu’il l’est, il va vous le faire payer. Pendant ce temps, il cherche une nouvelle victime (objet d’investissement), qu’il avait déjà repérée. L’abandon a lieu après la phase de destruction, quand cela ne l’amuse plus, ou ne l’intéresse plus. Sa nouvelle victime (car les manipulateurs ne sont jamais seuls, ils détestent la solitude) deviendra son nouveau jeu et il laissera son ancienne victime, comme s’il ne l’avait jamais connue. C’est un avantage, mais c’est aussi très déstabilisant pour la victime, incompréhensible et destructeur (et oui, même quand il part). Dans d’autres cas, l’abandon arrive lorsque le manipulateur en a marre de sa victime ou en a trouvé une autre. Il ne s’amuse plus, il veut changer, partir, alors que la victime est en pleine relation avec lui. A ce moment-là, il peut partir du jour au lendemain, car il a lâché son « objet d’investissement ». La victime n’aura plus aucune nouvelle, parfois il changera même de travail, de lieu d’habitation, de pays… Il prend un nouveau masque et recommence ailleurs. Les personnes normales sont toujours décontenancées par la capacité des manipulateurs à tourner la page. C’est parce qu’ils sont faux et que peu de choses étaient réelles. Tout peut donc être construit et déconstruit à volonté. Les manipulateurs sont « vides » (vide affectif), ils peuvent ainsi oublier et tout recommencer.

Comprendre un manipulateur

Les manipulateurs sont d’anciens enfants qui ont souffert. Les bébés ne naissent pas méchants, alors que s’est-il passé ? Qui sont ces manipulateurs ? Pourquoi le deviennent-ils ? Pourquoi font-ils du mal ? Pourquoi certains d’entre eux prennent-ils même plaisir à faire du mal ? (différence entre le manipulateur classique et le manipulateur pervers). D’où vient cette cruauté ? La réponse est dans l’enfance. Les causes de ces personnalités manipulatrices, voire perverses narcissiques, sont diverses : abandon, parents psycho rigides, manques affectifs sévères, angoisse de performance, peur de ne pas être aimé, peur d’être seul, peur d’être détruit… Un manipulateur, c’est un être qui a eu beaucoup de manques étant jeune, avec notamment des traumatismes. Mais pourquoi d’autres personnes ont-elles eu ces mêmes manques et ne sont-elles pas devenues pour autant manipulatrices ou perverses ? Cela dépend du profil de l’individu, de son passé, de ses traumas, de ses manques, de sa culture transgénérationnelle, de sa vulnérabilité psychique… Nous ne sommes pas tous égaux. Un manipulateur, c’est un être qui s’est très tôt senti dépassé par la violence de la vie ou de son entourage et qui y a répondu par une seule loi : celle du plus fort. Le manipulateur ne pense pas qu’il est méchant avec vous, il pense que c’est vous qui êtes méchant avec lui. Et il essaie de s’en sortir. Les manipulateurs vivent dans un monde darwinien : « Ce sera toi ou moi, s’il ne doit en rester qu’un, alors ce sera moi ! ». Ils pensent qu’ils doivent détruire avant d’être détruits. Bien sûr, tout ceci est inconscient. Pour eux, le monde, la société et les autres les attaquent. Ils doivent se défendre coûte que coûte. Bien qu’il y ait d’autres moyens, ils n’ont pas su développer d’autres stratégies d’adaptation que l’agressivité, l’évitement, la contre-attaque et la fourberie. Ce sont leurs moyens de défense à eux, à défaut d’en avoir trouvé de plus sains et thérapeutiques. C’est pour cela qu’une thérapie leur apprend des principes essentiels en psycho-éducation : le monde extérieur n’est pas un danger dirigé vers eux (paranoïa), il y a d’autres moyens de répondre si l’on se sent agressé (affirmation de soi) et ils ne sont pas des victimes, mais peuvent apprendre à s’aimer, eux, les autres et la vie. Contrairement à ce que l’on croit, le manipulateur n’a pas une bonne estime de soi. Au contraire, ses failles narcissiques sont très grandes. Tellement grandes qu’il s’est détaché de lui-même. C’est pour cela qu’il est faux, car il porte un masque (faux-self). Très tôt, enfant, le manipulateur s’est détaché de lui-même pour ne plus souffrir et être quelqu’un d’autre qui sera enfin aimé par son entourage (les parents en premier). Il a donc appris à devenir quelqu’un d’autre, ou « plusieurs quelqu’un d’autre ». Il n’a pas un trouble de personnalités multiples, mais il peut « jouer », comme au théâtre, les personnes que vous attendez de lui qu’ils soit. Dans la période « lune de miel », il fusionne, il aime les mêmes choses que sa victime (vêtements, voyages, plats, musiques, activités, opinions…) et fait pareil qu’elle. Cette période dure le temps nécessaire pour que la victime « accroche ». Quand il sent que le lien est solide et la relation d’emprise totale, il « twiste » d’un seul coup, arrête de faire semblant et montre son vrai visage. Après le premier « twist », c’est une succession de chauds et froids, sachant que le manipulateur ne redeviendra jamais comme avant, lorsqu’il était parfait. Pourquoi ? Parce que cette personne n’existe pas. Il avait créé un personnage sur mesure pour séduire sa victime, pour l’avoir. Il l’a adorée parce qu’elle l’adorait à ce moment-là, et il l’a aussi détestée pour cela (« tu es pathétique, tu aimes un faux-moi »). La victime a osé aimer son personnage de théâtre alors que ce n’était qu’une illusion. Elle est tombée dans son piège, elle est donc faible, or les manipulateurs n’aiment pas les faibles, il va donc le lui faire payer. Son manque total d’estime de soi fait qu’il ne peut pas s’aimer tout seul, il a besoin des autres pour s’aimer en miroir. Si on aime les Pervers Narcissiques, il nous aiment, si on ne les apprécie pas, ils ne nous aiment pas. Ils sont narcissiques, auto centrés. Tout tourne autour d’eux : on n’aurait pas dû tomber dans leur piège, on aurait dû comprendre qui ils sont, leur souffrance, on aurait dû réaliser qu’ils ne sont pas parfaits, qu’ils ont besoin d’attention, etc. Bref, l’autre en face a tous les torts. Tout est un test, chez eux. Ils font cela sans s’en rendre vraiment compte. Quand on le leur demande, en thérapie, ils sont capables de reconnaître leur fonctionnement, mais ils n’avaient pas mis de mots dessus auparavant. C’est un Trouble de la Personnalité. Ils sont ainsi depuis longtemps, ont toujours fonctionné comme cela et souffrent eux-mêmes de leurs comportements. Mais ils sont narcissiques, aussi ne souffrent-ils pas parce qu’ils vous ont fait du mal, mais parce qu’ils ne sont pas heureux. Et à défaut de blâmer leurs parents, ils blâment leurs victimes de ne pas avoir réussi. Ils sont trop souffrants psychiquement pour pouvoir se tourner vers autre chose qu’eux-mêmes.

Les outils de contre-manipulation

  • Oser la rupture : couper une relation toxique.
  • Si ce n’est pas possible, mettre de la distance.
  • Avoir l’esprit critique.
  • Ne pas se justifier.
  • Travailler son estime de soi—, sa confiance en soi et son respect de soi.
  • Ecouter ses besoins.
  • Analyser son mal-être et en identifier les causes.
  • L’affirmation de soi : oser dire non, oser demander, savoir recevoir les compliments et les critiques.
  • Clarifier les non-dits et les malentendus (devant témoins, si besoin).
  • —Ne pas ouvrir sa bulle d’émotions (en dire le moins possible sur soi et ce que l’on ressent).
  • Ne pas imaginer que le manipulateur va réparer ce qu’il a brisé.
  • Faire le deuil d’une communication normale et efficace.
  • Rechercher les informations directement auprès des personnes concernées.
  • Vérifier les dires avant de les prendre pour acquis.
  • Travailler sa concentration, sa persévérance et la culpabilité de se montrer distant (Ex : « Si c’est ce que tu as envie de croire, cela te regarde»).
  • Avoir le sens de la répartie.
  • Répondre avec des phrases courtes qui en disent peu sur vous ou vos émotions (Ex : « C’est ton avis, c’est toi qui le penses »).
  • Rester dans le flou.
  • Ne pas contre-attaquer (c’est de la « nourriture » pour le manipulateur).
  • Utiliser des phrases toutes faites, des proverbes et des principes (Ex : « Eh oui, l’habit ne fait pas le moine.« ).
  • Utiliser le « on » de généralité (Ex : « En effet, on peut le penser. »).
  • Faire de l’humour, si le contexte le permet (mais ne pas se moquer, le retour de bâton du manipulateur serait redoutable).
  • —Sourire, surtout en fin de phrase (si le contexte le permet), rester aimable.
  • Jouer avec l’autodérision (Ex : « Ca c’est vrai que je peux être égoïste, parfois. »).
  • Rester poli.
  • —Sortir habilement d’une discussion, si elle ne mène à rien (ou à la dévalorisation, la culpabilité, l’humiliation).
  • —Eviter l’agressivité.
  • Utiliser l’ironie (seulement si l’on est sûr de soi).

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