Contactez le cabinet au : 01.45.00.04.86 (du mardi au vendredi de 9h30 à 18h)

Dermatillomanie / Skin Picking Disorder (SPD)

Triturage pathologique de la peau

 

Alexandra RIVIERE-LECART, Psychologue clinicienne, est psychothérapeute spécialiste du TOC de la dermatillomanie depuis 2009 et fondatrice du cabinet Dermatillomanie France.

 

Etymologie, historique et prévalence

Le terme dérive du grec δέρμα (derma) qui veut dire « peau« , de τίλλω (tíllō ) qui veut dire « épiler ou effeuiller », et de μανία (manía) qui veut dire « manie« .

Le premier article scientifique mentionnant la dermatillomanie date de 1898 et a été écrit par le dermatologue français L. Brocq (L’acné excoriée des jeunes filles et son traitement. Extrait de la Revue générale de Clinique et de Thérapeutique. Journal des Praticiens. 12: 193–197). Cet article décrit une patiente adolescente qui présente les symptômes d’une cueillette de la peau avec des triturages incontrôlés de l’acné.

Des études ont montré que la Dermatillomanie est un trouble beaucoup plus répandu que ce qu’on aurait pu penser (Gieler – 1987, Misery – 2012). Aux Etats-Unis, la Dermatillomanie concernerait environ 12 millions d’Américains de tous âges, sexes, nationalités et profils socio-culturels différents. En France, les estimations seraient de 1,4 à 5,4% de la population générale.

La Dermatillomanie est moins fréquente chez les hommes que chez les femmes (Nielsen – 2005, Gieler – 1994).

Définition

La Dermatillomanie est le fait de se gratter ou se triturer la peau de manière excessive, c’est un « triturage répétitif et excessif de la peau qui se traduit par des lésions des tissus ». C’est un Trouble apparenté aux TOC faisant partie des CRCC (Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps)Les CRCC sont des gestes répétitifs d’auto-toilettage (self-grooming) consistant à se tirer les cheveux, se gratter, se triturer ou se mordre la peau… au point de se causer des blessures. Les plus courants sont la trichotillomanie (s’arracher les cheveux), la dermatillomanie (gratter les croûtes, l’acné ou toutes imperfections sur la peau), l’onychotillomanie (se ronger les ongles) et le triturage ou le mordillement des lèvres, ou de l’intérieur des jours.

La dermatillomanie connait plusieurs autres noms en France :

  • Acné excoriée
  • Grattage impulsif
  • Triturage incontrôlé
  • Grattage pathologique
  • Acne Urticata
  • Skinorexie
  • Excoriations neurotiques
  • Acné excoriée de la jeune fille
  • Cueillette de la peau

En anglais : Skin Picking Syndrome, Excoriation Disorder, Neurotic Excoriation, Acne Excoriée, Psychogenic Skin Excoriations, Dermatillomania, Compulsive Skin Picking (CSP), Psychodermotosis, Self Injurious Skin Picking (SISP).

La personne affectée est généralement atteinte d’une acné légère, mais à cause de ses tendances anxieuses, elle la considère comme plus grave qu’elle ne l’est réellement. La dermatillomanie se traduit par un grattage impulsif et incontrôlé de la peau, d’une ou de plusieurs zones du corps :

  • visage
  • cuir chevelu
  • nuque
  • cou
  • épaules
  • aisselles
  • décolleté
  • poitrine
  • dos
  • bras
  • mains
  • ventre
  • région intime/pubienne
  • fesses
  • jambes
  • pieds

Les triturages ou grattages s’accompagnent d’un sentiment de plaisir ou de soulagement au moment de l’impulsion, précédé d’un sentiment croissant de tension, d’anxiété ou de stress. Ces impulsions de grattage (gratter les irrégularités de la peau) ou de triturage (percer la peau pour faire sortir les imperfections) sont des séries de gestes reconnus comme irrationnels par la personne, qui peuvent être répétés de façon ritualisée, non contrôlée et envahissante. Ce trouble peut entraîner des conséquences néfastes pour la vie quotidienne et devenir handicapant dans la vie personnelle, sociale, professionnelle ou scolaire (retards en classe ou au travail, perturbation des activités sociales, évitements de certaines sorties, incapacité d’aller à la piscine, gêne dans la vie intime et sexuelle…).

C’est une manie de soulagement des tensions psychiques et internes (émotions, tabous, non-dits…), une compensation entre l’envie de faire mal (colère, agressivité) retournée contre soi dans un acte auto-punitif (honte de soi, culpabilité de ressentir certaines émotions ou pulsions). Ce comportement témoigne d’un malaise affectif et d’estime de soi qui peut être accentué par l’anxiété, la solitude, la déprime ou l’ennui. C’est une décharge impulsive et psychomotrice d’une tension interne et psychologique.

Les grattages ou triturages peuvent se faire seul devant un miroir, en marchant, dans les transports ou pendant les activités dites « sédentaires » : en lisant, en conduisant, en travaillant, devant la télévision, devant l’ordinateur, au téléphone, au cinéma…

La Dermatillomanie peut avoir lieu à tout moment de la journée, du matin au soir. Mais généralement, les comportements s’exercent en soirée et avant de se coucher, afin d’évacuer les tensions internes de la journée (comportement inconscient) et parce ce que les triturages et grattages répétés auront le temps de cicatriser pendant la nuit .

Ces impulsions s’apparentent à des crises pouvant durer de plusieurs minutes à plusieurs heures par jour, parfois sans que la personne ne s’en rende compte (état de semi-conscience ou dits « hypnotiques »). Le Dermatillomane reste devant le miroir à la recherche de ses imperfections, ou passe la main sur la peau de son corps afin de se gratter, alors qu’il sait que c’est mauvais pour lui et que s’en suivra un grand sentiment de honte et de culpabilité. La personne a l’impression à ce moment de purifier son corps et de le débarrasser de ses imperfections. Mais en réalité elle attaque l’épiderme et crée des plaies qui risquent de s’infecter, et créeront de nouvelles impuretés, que la personne voudra à nouveau combattre. Les déclencheurs (facteurs aggravants) sont multiples : stress, anxiété, contrariété, émotions négatives, colère refoulée, ennui, culpabilité, honte de soi, sensation de vide, tabous, non-dits, déception de soimanque d’affirmation.

Dû au caractère impulsif du trouble, le dermatillomane n’a pas réellement conscience de ses émotions, mais il est souvent identifié :

  • Avant les triturages/grattages : un état de tension interne, de colère refoulée, d’agressivité, de honte, de culpabilité, de dégoût, d’émotions négatives, d’ennui, de tristesse, de solitude, d’anxiété
  • Pendant les triturages/grattages : un sentiment de soulagement, de satisfaction, de plaisir à purifier la peau des impuretés, irrégularités et imperfections
  • Après les triturages/grattages : un sentiment de honte, de culpabilité et de colère d’avoir cédé aux impulsions, de s’être défiguré, de s’être créé de nouvelles plaies et cicatrices, de s’être fait mal ou saigner, d’y avoir passé beaucoup de temps (au point d’arriver en retard ou de se coucher tard)

Les troubles associés

On peut retrouver des troubles associés à la Dermatillomanie, comme :

  • Se mordre les lèvres
  • Se mordre l’intérieur des joues
  • S’arracher les fourches des cheveux
  • L’onychophagie (se ronger les ongles)
  • L’onychotillomanie (refouler les cuticules, arracher ou mordre les peaux des ongles)
  • Le rougissement ou l’éreutophobie (peur phobique de rougir en public)
  • L’anxiété ou la phobie sociale (peur phobique des autres, de leur jugement et leur regard)
  • La déprime ou la dépression
  • Les troubles alimentaires
  • La trichotillomanie

Classification

Dans le DSM-5, la dermatillomanie est classée dans « Troubles obsessionnels-compulsifs et apparentés »

DERMATILLOMANIE (triturage pathologique de la peau) – 698.4 (L98.1)

CRITERES DIAGNOSTIQUES 
A. Triturage répété de la peau aboutissant à des lésions cutanées.
B. Tentatives répétées pour diminuer ou arrêter le triturage de la peau.
C. Le triturage de la peau entraîne une détresse cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.
D. Le triturage de la peau n’est pas imputable aux effets physiologiques d’une substance (p. ex. cocaïne) ou d’une autre affection médicale (p. ex. gale).
E. Le triturage de la peau n’est pas mieux expliqué par des symptômes d’un autre trouble mental (p. ex. idées délirantes ou hallucinations tactiles dans un trouble psychotique, tentatives d’atténuer un défaut ou une imperfection perçus dans l’obsession d’une dysmorphie corporelle, stéréotypies dans les mouvements stéréotypés, ou intention de se faire du mal dans les lésions auto-infligées non suicidaires).

CARACTERISTIQUES DIAGNOSTIQUES
La caractéristique essentielle de la dermatillomanie est un triturage répété de sa propre peau (critère A). Les sites les plus communément triturés sont le visage, les bras et les mains, mais de nombreuses personnes se triturent de multiples régions du corps. Les sujets peuvent triturer une peau saine, des irrégularités mineurs de la peau, des lésions telles que des boutons ou des callosités ou des croûtes provenant de triturais antérieurs. La plupart des personnes se triturent avec leurs ongles, bien que nombre d’entre elles utilisent des pinces à épiler, des épingles ou d’autres objets. Outre le triturage de la peau, il peut y avoir frottage de la peau, serrement, perforation et morsure. Les sujets présentant une dermatillomanie consacrent souvent un temps significatif à leur comportement de tritrurage, parfois plusieurs heures par jour, et certains triturages de la peau peuvent persister pendant des mois ou des années. Le critère A nécessite que le triturage de la peau aboutisse à des lésions de celle-ci, bien que des sujets présentant ce trouble tentent souvent de dissimuler ou de camoufler de telles lésions (p. ex. avec du maquillage ou des vêtements). Les sujets présentant une dermatillomanie ont fait des tentatives répétées pour diminuer ou arrêter le triturage de leur peau (critère B).

CARACTERISTIQUES ASSOCIEES EN FAVEUR DU DIAGNOSTIC
La dermatillomanie peut s’accompagner d’une série de gestes ou rituels touchant à la peau ou à des cicatrices. Ainsi, certains sujets peuvent se mettre à la recherche de types particuliers de croutes à ôter, les examiner, jouer avec, mâcher ou avaler la peau après l’avoir détachée. La dermatillomanie peut être précédée ou être accompagnée de différents états émotionnels. Le triturage de la peau peut être déclenché par des sentiments d’anxiété ou d’ennui, être précédé d’une sensation croissante de tension (soit immédiatement avant de triturer la peau, soit tandis que le sujet tente de résister au besoin pressant de triturer) et peut susciter de la gratification, du plaisir ou une sensation de soulagement lorsque la peau ou la croûte ont été ôtées. Certains sujets rapportent qu’ils se triturent en réponse à une petite irrégularité de la peau et pour soulager une sensation d’inconfort corporel. D’après ce qu’une disent les personnes qui en souffrent, la dermatillomanie n’est pas régulièrement accompagnée de douleur. Certains individus cèdent au triturage de la peau dans un contexte précis (p. ex. en raison d’un état de tension et avec un soulagement consécutif), tandis que d’autres s’y engagent de manière plus automatique (p. ex. lorsque ce triturage n’est précédé d’aucun état de tension et réalisé sans que le sujet en ait pleinement conscience). Nombre de sujets associent en fait les deux modes de comportement. La dermatillomanie ne survient habituellement pas en présence d’autres personnes, à l’exception des membres de la famille proche. Certains individus signalent triturer la peau des autres.

PREVALENCE
Dans la population générale, la prévalence sur la vie de la dermatillomanie chez les adultes est de 1,4% ou légèrement plus. Au moins trois quart des individus présentant ce trouble sont des femmes. Cela reflète vraisemblablement la véritable répartition en fonction du genre, quoique cela puisse aussi refléter des différences dans la recherche d’un traitement selon le genre ou des attitudes culturelles liées à l’apparence extérieure.

DEVELOPPEMENT ET EVOLUTION
Bien que la dermatillomanie puisse survenir à tout âge, le triturage de la peau apparaît le plus souvent durant l’adolescence, coïncidant fréquemment avec le début de la puberté, ou il suit le début de celle-ci. Le trouble commence fréquemment par une affection dermatologique, telle qu’une acné. Les sites de triturage de la peau peuvent varier dans le temps. L’évolution habituelle est chronique, avec des hauts et des bas en l’absence de traitement. Pour certains sujets, le trouble peut apparaître ou disparaître pendant des semaines, de mois ou des années entières.

FACTEURS DE RISQUE ET PRONOSTIQUES
Génétiques et physiologiques. La dermatillomanie est retrouvée plus fréquemment chez les sujets présentant un trouble obsessionnel-compulsif (TOC) et chez leurs apparentés du premier degré que dans la population générale.

MARQUEURS DIAGNOSTIQUES
La plupart des sujets présentant une dermatillomanie admettent se triturer la peau; de ce fait, un diagnotic dermatopathologique est rarement requis.
Cependant, le trouble peut comporter des traits histopathologiques caractéristiques.

RETENTISSEMENT FONCTIONNEL DE LA DERMATILLOMANIE
La dermatillomanie est associée à une détresse ainsi qu’à une altération sociale et professionnelle. La majorité de sujets présentant cette affection passent au moins une heure par jour à se triturer, à penser au fait de se triturer et à résister aux fortes envies de se triturer. De nombreux individus rapportent des comportements d’évitement lors des événements sociaux ou des spectacles, ainsi que le fait d’éviter de s’afficher en public. Une majorité de personnes présentant le trouble rapportent également avoir été gênées dans leur travail par le triturage de la peau, au moins une fois par jour ou par semaine. Une proportion significative d’étudiants atteints de la dermatillomanie rapporte avoir manqué des cours, avoir eu des difficultés à gérer leurs responsabilités scolaires ou des difficultés à étudier en raison du triture de leur peau. Les complications médicales du triturage de la peau incluent des dommages causés aux tissus, des cicatrices et des infections pouvant mettre en danger la vie du sujet. On rapporte des cas rares de synovite des poignets due à un triturage chronique. Le triturage de la peau aboutit souvent à des lésions tissulaires significatives et à des cicatrices. Il requiert fréquemment un traitement antibiotique contre l’infection et, à l’occasion, il peut nécessiter une intervention chirurgicale.

COMORBIDITE
La dermatillomanie est souvent accompagnée par d’autres troubles mentaux. De tels troubles incluent le TOC et la trichotillomanie (arrachage compulsif de ses propres cheveux), aussi bien que le trouble dépressif caractérisé. Des symptômes répétitifs focalisés sur le corps autres que le triturage de la peau et l’arrachage des cheveux (p. ex. le fait de se ronger les ongles) surviennent chez de nombreux sujets présentant une dermatillomanie et peuvent justifier un diagnostic additionnel « autre trouble obsessionnel-compulsif ou apparenté spécifié » (c.-à-d. de comportements répétitifs centrés sur le corps).

 

Causes

Les causes de cette pathologie demeurent encore inconnues. Néanmoins, certaines théories mentionnent des hypothèses de facteurs génétiques, biologiques, psychologiques et environnementaux.

Une hypothèse courante est que la Dermatillomanie est souvent un mécanisme d’adaptation pour faire face aux niveaux élevés de tensions internes ou de stress de l’individu, et que cette personne aurait des réponses insuffisantes au stress. Les études comportementales semblent confirmer cette hypothèse, le triturage impulsif de la peau résultant d’un renforcement automatique.

Contrairement aux théories neurologiques, des psychologues pensent que le comportement du triturage de la peau est le résultat d’une colère refoulée et ressentie envers des parents autoritaires, rigides ou qui induisent des non-dits et des tabous.

La Dermatillomanie pourrait également être un trouble du comportement de « l’instinct de toilettage » ou « auto-toilettage » (self-grooming), dans lequel il y aurait une composante génétique ou biologique. On retrouve en effet des comportements similaires chez les animaux qui peuvent se gratter ou mordre leur corps, au point de se causer des dommages corporels.

D’autres chercheurs pensent qu’il s’agirait d’un mécanisme auto-apaisant ou exutoire, car de nombreux patients parlent d’un « état hypnotique » pendant le triturage, de « semi-conscience », voire même d’état de transe. Le triturage de peau semble être un moyen pour certaines personnes d’augmenter leur niveau d’activité quand ils s’ennuient, ou de contrôler leurs émotions quand ils se sentent anxieux, tendus ou contrariés. Le fait que certaines personnes peuvent réguler leurs émotions en grattant leur peau peut être la raison pour laquelle ils développent inconsciemment cette manie. Le grattage impulsif peut être un moyen de mettre l’esprit dans un « état ralenti  » ou « endormi », afin de gérer les sentiments qui semblent insurmontables.

Chez certaines femmes, la Dermatillomanie peut fluctuer en fonction du cycle menstruel.

La Dermatillomanie ne doit pas être confondue avec les comportements d’automutilation comme les coupures, brûlures ou se frapper la tête. Même si le triturage de peau fait apparaître des lésions cutanées et qu’il y a parfois de la douleur auto-infligée – la Dermatillomanie n’est pas un comportement mutilatoire. En effet, les personnes souffrant de Skin Picking ne souhaitent pas se causer de la douleur afin de soulager un sentiment ou afin de se montrer qu’ils ont le contrôle sur leur corps (comportements borderline). Au contraire, ils cherchent une sensation agréable ou de soulagement suite à des ressentis de détresse, de honte ou de culpabilité. Ils ne souhaitent pas se faire mal, au contraire.

La Dermatillomanie peut avoir plusieurs causes et commencer pour différentes raisons. Néanmoins, deux en particulier restent fréquentes. Tout d’abord, le grattage impulsif peut survenir suite à une blessure ou une maladie de peau. Lorsque la plaie commence à cicatriser, une croûte se forme et commence parfois à démanger. Cela peut conduire la personne à prendre plaisir à gratter ses croûtes pour ressentir du soulagement. Un comportement de grattage conditionné et incontrôlé se met alors en place. La deuxième raison est plus psychologique, les personnes atteintes de Dermatillomanie auraient commencé le triturage pendant ou peu de temps après un événement très stressant dans leur vie. La personne apprend lentement à soulager ses émotions négatives par le grattage et met ainsi en place une habitude psychologique et comportementale de grattage.

 

Effets et conséquences

L’impact émotionnel et social de la Dermatillomanie

Pour certaines personnes, la Dermatillomanie peut représenter un léger problème, un embêtement, une frustration. Pour d’autres, c’est un combat quotidien pour résister au besoin irrésistible de triturer ou gratter sa peau.

Il n’existe pas de seuil officiel pour dire qu’un triturage devient une Dermatillomanie. Dans les cas plus graves, cependant, on constate que le Skin Picking est installé depuis longtemps. Il se traduit par des dommages perceptibles des tissus et provoque une détresse émotionnelle.

Quand le trouble est encore plus grave, les personnes souffrent d’altération du fonctionnement social, professionnel et personnel. Il peut induire l’évitement ou la suppression d’activités sociales comme aller à la piscine, aller à salle de gym ou à la plage, on arrive en retard au travail, à l’école ou à d’autres événements, à cause du temps que prend le triturage de peau (« état de semi-conscience » qui peut durer de plusieurs minutes à plusieurs heures).

Par ailleurs, les Dermatillomanes peuvent éviter le contact avec tous ceux qui peuvent remarquer leurs cicatrices, leurs croûtes ou leurs plaies.

Les dommages physiques et dermatologiques

Dans certains cas, une infection peut se développer dans les zones qui ont été triturées ou grattées. Si la peau devient rouge, chaude et les tissus distendus, c’est peut-être infecté, et il est préférable de prendre des précautions, de désinfecter la zone et la laisser propre.

Si la zone de la peau ne guérit pas rapidement ou si elle s’étend depuis son emplacement initial, il est conseillé de demander un traitement dermatologique. Si elle ne sont pas traitées, les infections peuvent conduire à des problèmes médicaux ou des cicatrices (lorsque la première couche de la peau – épiderme, et la seconde couche – derme, ont été trop touchées).

Le triturage répété de la peau peut également causer des dommages de la peau tels qu’un changement de couleur de l’épiderme dans la zone grattée. Bien que la décoloration puisse disparaître après plusieurs mois, il est également possible que  la peau ne retrouve jamais sa couleur initiale.

Combien de temps dure la Dermatillomanie ?

Il est impossible de prédire la durée moyenne d’une Dermatillomanie. Ce trouble dépend des individus, de l’âge où il a commencé, de la gravité des grattages, des tensions internes et psychiques de la personne, de la durée du conditionnement, si des outils spécifiques sont souvent utilisés, si la personne soigne sa peau…

Sans traitement dermatologique, le grattage chronique peut induire à de forts dommages de la peau qui vont être difficiles à traiter en profondeur par la suite. Sans traitement psychologique, le trouble peut croître en intensité avec le temps et être de plus en plus handicapant dans la vie.

Il n’y a pas de témoignages significatifs de personnes qui auraient arrêter une Dermatillomanie de façon autonome sans aide thérapeutique. C’est un Trouble du Contrôle des Impulsions (TCI) qui rend la prévention et le contrôle des gestes très difficiles. Seuls des évitements occasionnels peuvent fonctionner (en mettant des gants, en cachant les miroirs, en mettant des pansements sur les plaies…) mais ces stratégies sont de courte durée. L’appel (l’impulsion) au grattage est trop fort et la personne va recommencer. La reconduisant vers une détresse psychique et physique (de sa peau).

Le TCI étant un trouble psychologique (comme les TOC, les troubles alimentaires ou les troubles anxieux), seule un traitement psychologique et une psychothérapie peuvent traiter la Dermatillomanie. Les médicaments reconnus dans ce traitement pour l’instant peuvent aider à diminuer les impulsions mais non à les traiter de façon définitive. Lorsque les médicaments seront arrêtés, les grattages recommenceront.

Questions fréquentes

Est-ce que la Dermatillomanie est un comportement d’automutilation, comme se couper ou se brûler ?

Non, la Dermatillomanie n’est pas un comportement d’automutilation. Elle est parfois confondue avec les comportements d’automutilation en raison des lésions cutanées créées par la personne (mais ce n’est pas le but, au contraire le but premier était de rendre la peau plus belle) et le fait que la Dermatillomanie soit auto-infligée. Pourtant, il est très important de faire la distinction entre ces deux types de comportements. Les personnes atteintes du trouble de Dermatillomanie ne souhaitent pas se causer de la douleur afin de soulager un sentiment trop pénible ou pour reprendre le contrôle sur leur corps, comme ceux qui se coupent ou se brûlent eux-mêmes. Les Dermatillomanes, dans leurs comportements, cherchent un acte agréable qui soulage, suite à des remords ou une certaine détresse.

Comment commence la Dermatillomanie ?

La Dermatillomanie peut commencer dans diverses circonstances, mais deux en particulier sont très fréquentes. Tout d’abord, la raison peut être dermatologique, de l’acné, une blessure ou une maladie de la peau à la base. Lorsque la plaie commence à cicatriser, une croûte se forme, et elle commencer parfois à démanger et ainsi provoquer le grattage puis l’habitude de ce comportement. La peau est parfois traitée, mais la répétition des grattages fait que la peau ne guérit jamais complètement et donne ainsi envie de gratter les nouvelles croûtes et imperfections. Cela peut donner une Dermatillomanie. Dans d’autres cas, les causes sont plus psychologiques. Les personnes développeraient ce comportement progressivement et sans s’en rendre compte après des événements très stressants dans leur vie.

Suis-je le/la seul(e) à triturer ma peau ?

Non, tout le monde gratte ou triture sa peau. Mais il existe plusieurs degrés. Le triturage occasionnel des peaux de l’ongle, des points noirs, des boutons d’acné, des croûtes ou d’autres irrégularités de la peau est un comportement humain très commun. La Dermatillomanie en revanche est un trouble du contrôle des impulsions. La personne déclenche une manie, obsessionnelle et impulsive, qui consiste en plusieurs heures par jour de grattage. Les irrégularités et imperfections sont obsessionnelles et l’acte de triturage est incontrôlable. Aux Etats-Unis, on compte près de 12 millions de personnes qui auraient consulté pour des troubles s’apparentant à la Dermatillomanie. En France, nous manquons de statistiques, mais vous n’êtes pas seul(e) à souffrir de Dermatillomanie. Cette manie est encore peu connue, mais dans quelques années nous découvrirons que des milliers de personnes en France sont concernées.

Quand est-ce que la Dermatillomanie devient un problème grave ?

La Dermatillomanie n’est pas grave dans tous les cas. Cependant, quand le trouble existe depuis longtemps, il se traduit par de grands dommages des tissus perceptibles et qui provoque une détresse émotionnelle chez la personne. Quand la Dermatillomanie est sévère, les personnes souffrent souvent d’une altération du fonctionnement social, professionnel et intime. Certaines activités sociales peuvent devenir difficiles, comme aller à la piscine, aller à la salle de gym, être à la plage, aller au travail ou d’autres activités dont la Dermatillomanie peut créer des blocages, des hontes et des évitements. Car les dermatillomanes évitent tout contact avec ceux qui pourraient remarquer leurs saignements, marques, cicatrices ou plaies .

Quelles sont les causes de la Dermatillomanie ?

Les causes de ce trouble restent un mystère. Cependant, les recherches montrent que cette pathologie est déjà connue chez les mammifères (self-grooming / auto-toilettage) et certains animaux peuvent également mordre ou gratter leurs corps, causant de grands dommages. En raison de cette similitude avec les animaux et le fait que chez certaines femmes, la Dermatillomanie peut fluctuer en fonction du cycle menstruel, certains scientifiques pensent qu’il y a des causes génétiques ou biologiques sous-jacentes. Dans les recherches psychologiques, les chercheurs ont montré que la Dermatillomanie peut aussi servir d’exutoire pour certaines personnes. Le triturage ou grattage répétitif de la peau semble être un moyen d’augmenter le niveau d’activité des personnes qui s’ennuient, ou de contrôler leurs émotions quand ils se sentent anxieux, tendus ou contrariés. C’est également une manie qui servirait à soulager les tensions internes et les émotions refoulées. Le Skin Picking est un trouble du contrôle des impulsions qui met la personne en transe, dans un état de semi-conscience (ou état hypnotique) qui soulage l’individu, l’apaise et lui permet de gérer les sentiments ou émotions qui semblent insurmontables.

À quel âge généralement les gens commencent-ils la Dermatillomanie ?

Le triturage impulsif de la peau peut commencer à tout âge, à partir de la préadolescence jusqu’à la période adulte, et ce trouble peut durer des mois ou des années. Les progrès ou améliorations de ce trouble dépendent de nombreux facteurs, y compris les contraintes de la vie d’une personne, et si oui ou non la personne cherche, et trouve, un traitement approprié (dermatologue, psychologue).

Pourquoi certaines personnes se triturent trop la peau et pas d’autres ?

Un grand nombre de personnes triturent ou grattent leur peau, mais cela ne devient pas forcément un problème grave et tout le monde ne souffre pas de Dermatillomanie. Les raisons ne sont pas encore claires pour les chercheurs, mais certains émettent l’hypothèse que des personnes ont une prédisposition génétique ou biologique à ce trouble de CRCC (Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps) ou de self-grooming (auto-toilettage), et sont donc plus susceptibles de développer la Dermatillomanie. Une deuxième hypothèse est que ceux qui développent une Dermatillomanie éprouvent des niveaux plus élevés d’anxiété, de stress, d’ennui ou de tensions internes/psychologiques que ceux qui n’en ont pas.

Est-ce que j’endommage ma peau quand je la triture ?

Il peut y avoir plusieurs conséquences au triturage de la peau. Bien que vous puissiez également ne pas causer de dommages permanents, dans certains cas, une infection peut se développer dans la région qui a été triturée. On sait que notre peau est infectée quand elle devient rouge, chaude et que les tissus sont distendus. Quand votre peau est infectée, il est important de consulter un dermatologue qui vous donnera un traitement approprié à votre peau. Les grattages ou triturages répétés peuvent également faire changer la peau de couleur quand elle guérit (zones blanches). Cela devient des cicatrices qui mettent du temps à partir. La peau nécessite parfois plusieurs mois pour retrouver sa couleur d’origine, et cela ne se produira que si la zone de la peau n’est pas retouchée. Mais il est également possible que la peau reste dans un état décoloré. Les cicatrices se forment quand la couche supérieure de la peau - l’épiderme, puis la seconde couche – le derme, sont attaquées. La mélanine est endommagée en profondeur, ainsi que le pigment, qui donne à la peau sa couleur. La plupart des cicatrices des dermatillomanes sont petites, mais étendues. Un grattage répété de la peau fait des marques en profondeur, et peuvent créer des cicatrices visibles ou des imperfections de la peau qui vont avoir du mal à disparaître.

Peut-on être aidés, existe-t-il des traitements pour la Dermatillomanie ?

Oui, des traitements existent pour le trouble de grattage de peau chronique. En revanche les aides sont encore difficiles à trouver en France et en Europe. La Dermatillomanie est encore un problème largement incompris, et peu de professionnels médicaux et de la santé mentale en connaissent encore l’existence. Cependant, ce trouble commence à être connu grâce aux personnes qui en souffrent. De plus, la Dermatillomanie sera bientôt répertoriée dans le DSM-5 (Manuel diagnostique international des troubles psychologiques), ce qui contribuera à une prise de conscience par les professionnels de santé. Des études ont montré que c’est la Thérapie Comportementale qui traite le mieux ce trouble. Par un travail de déconditionnement progressif et cadré des comportements, la personne observe de façon concrète la diminution de ses habitudes jusqu’à parfois l’arrêt total. Néanmoins, une thérapie intégrative reste nécessaire pour ne pas faire ressortir le trouble plusieurs mois ou années après la thérapie, ou faire réapparaitre le mal-être dans un nouveau symptôme (déplacement de symptôme). En plus de la thérapie comportementale, il est donc nécessaire de faire également un travail sur l’estime de soi, sur la gestion des émotions, et de faire un travail analytique qui pourra identifier les causes du trouble ainsi qu’identifier les émotions refoulées et les tensions internes psychiques.

Quel est le traitement efficace pour la Dermatillomanie ?

L’approche de traitement nécessaire pour le trouble de la Dermatillomanie est la Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC) avec la Technique de Renversement des Habitudes ( TRH ). La TRH est une approche globale qui permet de comprendre les déclencheurs physiques et émotionnels d’un individu, les facteurs situationnels ainsi que les comportements associés, impliqués dans des problématiques comme le triturage de peau chronique. Lorsque les facteurs sont connus, les stratégies d’adaptation alternatives sont mises en place. Cela comprend l’enseignement des réponses motrices concurrentes qui empêchent le grattage (par exemple – en gardant les mains occupées quand l’envie de triturer sa peau arrive). La deuxième approche est appelée – Contrôle du Stimulus (CS). Cette technique consiste à modifier les aspects physiques de l’environnement afin de réduire l’entrée sensorielle qui mène au grattage impulsif (par exemple – mettre un ruban adhésif sur le sol pour rappeler qu’il ne faut  pas s’approcher trop près du miroir, porter des gants , mettre des pansements sur les zones de croutes – pour empêcher de toucher sa peau et aider à résister à l’envie de la triturer). On peut également travailler sur les « situations à risque », comme réduire les longues périodes de lecture, être devant l’ordinateur ou être assis à son bureau (activités sédentaires où les grattages impulsifs se déclenchent le plus souvent). Dans l’ensemble, il est nécessaire de comprendre que la Dermatillomanie est un problème complexe qui nécessite d’être abordé sous plusieurs angles, afin de la traiter correctement. Par ailleurs, certains médicaments ont été décrits dans les études comme pouvant aider à la diminution du comportement de grattage. Ces médicaments sont appelés des ISRS (Inhibiteurs Spécifiques de Recapture de la Sérotonine). Les ISRS comprennent la fluoxétine, la fluvoxamine, la sertraline, la paroxétine, le citalopram, l’escitalopram etc…

Où puis-je trouver de l’aide ?

Si vous avez des problèmes dermatologiques dus à vos grattages de peau au point d’avoir des plaies, des blessures infectées ou des lésions qui ne sont pas cicatrisées avec le temps,  il est nécessaire dans un premier temps de consulter un dermatologue, qui va pouvoir s’occuper de votre peau et la traiter – c’est le traitement dermatologique. Il est également recommandé de consulter un psychologue qui pourra travailler les causes de vos rituels de grattage et vous proposer un programme thérapeutique comportemental afin de traiter votre Dermatillomanie. Quand vous consultez un psychologue, renseignez-vous s’il pratique les Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC) (qui impliquent  la TRH – Technique de Renversement des Habitudes , et le CS – Contrôle du Stimulus) et s’il connaît le trouble de la Dermatillomanie.

 

 

 

 

 


Contactez-moi
Alexandra RivierePsychologue Clinicienne
 
Adresse50 rue de Ponthieu
 75008 Paris
Téléphone01 45 00 04 86
Social Links
© 2017 Alexandra Rivière – Psychologue Paris 8

Partenaires