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Alexandra Rivière – Psychologue clinicienne – Paris
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L’Impuissance : Quand ne plus pouvoir devient un nouveau pouvoir
L’impuissance est sans doute l’émotion la plus redoutée de notre époque. Dans une société qui prône la performance, le contrôle et le « Yes, you can », l’aveu de notre incapacité est vécu comme une mort sociale ou psychique. Et si, pourtant, l’impuissance était le point de départ de notre plus grande force ?
En Psychologie : de la « résignation acquise » à la fin de l’ego
En psychologie clinique, on parle souvent de l’impuissance apprise (Martin Seligman). C’est cet état où, après avoir subi des échecs répétés, le cerveau « apprend » qu’il ne peut rien changer, plongeant l’individu dans une léthargie dépressive. Mais il existe une autre lecture : l’impuissance est le moment où l’Ego abdique. En thérapie, c’est souvent quand on dit « je n’en peux plus, je ne sais plus quoi faire » que le vrai travail commence. C’est le passage du contrôle (vouloir que l’autre change) à la maîtrise (changer son regard sur soi).
En philosophie : la frontière du réel
Pour les Stoïciens comme Épictète, la sagesse commence par la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en
dépend pas. L’impuissance n’est pas une faiblesse, c’est une lucidité. Souffrir de l’impuissance, c’est vouloir forcer une porte qui s’ouvre vers l’intérieur.La philosophie nous apprend que l’impuissance est la reconnaissance de nos limites. C’est là que naît l’humilité, cette « terre humide » qui permet de cultiver un jardin intérieur protégé des tempêtes extérieures.
En physique quantique : l’impuissance de l’observateur
Même dans les sciences dures, l’impuissance est présente. Le principe d’incertitude d’Heisenberg nous dit qu’il nous est impossible de connaître simultanément la position et la vitesse d’une particule. Plus nous précisons l’un, plus l’autre nous échappe. C’est une métaphore puissante : l’univers possède une part d’insaisissable par nature. Nous sommes « impuissants » à tout mesurer, à tout prévoir. Cela nous oblige à accepter le flou, l’indétermination, et à comprendre que l’observateur fait partie de l’expérience. L’impuissance devient ici une invitation à la nuance.
En spiritualité : le « lâcher-prise » et la nuit noire de l’âme
Dans de nombreuses traditions, l’impuissance est l’étape ultime avant l’éveil. C’est ce que Saint Jean de la Croix appelait la « Nuit Noire de l’Âme ». C’est le moment où toutes nos ressources habituelles (intelligence, volonté, réseau)
s’effondrent. Dans cette impuissance totale, on ne peut plus « faire », on ne peut plus qu’être. C’est le véritable sens du lâcher-prise : non pas abandonner le combat par défaite, mais s’abandonner à plus grand que soi. L’impuissance est le passage étroit qui mène de l’action forcée à la grâce reçue.
L’impuissance comme moteur de résilience
Croiser ces regards nous montre que l’impuissance est un signal d’alarme du système. Elle nous prévient que nous utilisons les mauvais outils. Si vous essayez d’arrêter la pluie avec vos mains, vous serez impuissant. Si vous ouvrez un parapluie ou si vous apprenez à aimer la pluie, vous retrouvez votre pouvoir.
La porte étroite
L’impuissance est une invitation à changer de paradigme. Elle nous force à quitter le monde du « faire » (contrôle, manipulation, force) pour entrer dans celui de l’« être » (acceptation, présence, flux). Comme le disait le poète Leonard Cohen : « Il y a une fissure en chaque chose, c’est ainsi que la lumière peut entrer. » L’impuissance est cette fissure.
L’Épigénétique : Quand nos émotions écrivent notre biologie
Pendant des décennies, nous avons cru que notre destin était scellé dans nos gènes, comme une partition de musique immuable écrite à notre naissance. On pensait : « C’est dans mes gènes, je n’y peux rien ». Mais une révolution scientifique majeure est venue bousculer ce déterminisme : l’épigénétique.
Qu’est-ce que l’épigénétique ? La métaphore de la partition
Si la génétique est la partition (le texte d’ADN), l’épigénétique est l’interprétation qu’en fait le musicien. Les notes ne changent pas, mais selon l’environnement, le chef d’orchestre peut décider de jouer certains passages fortissimo ou, au contraire, de mettre en sourdine certains instruments. Concrètement, l’épigénétique étudie les mécanismes qui modifient l’expression de nos gènes sans changer la séquence d’ADN elle-même. Ces modifications agissent comme des « interrupteurs » chimiques (appelés groupements méthyles) qui activent ou désactivent certains gènes en fonction de notre mode de vie.
Le pont entre la psychologie et la biologie
L’épigénétique prouve que le psychisme a un impact biologique direct. Les recherches, notamment celles de Rachel Yehuda sur les survivants de l’Holocauste ou de Michael Meaney sur le soin maternel chez les rats, ont démontré que les traumatismes et le stress chronique laissent des « marques » épigénétiques. Un stress intense peut « verrouiller » les gènes responsables de la régulation du cortisol (l’hormone du stress). La personne reste en état d’alerte permanent, non pas parce qu’elle le veut, mais parce que son « interrupteur » biologique est resté coincé sur « ON ».
L’héritage transgénérationnel : Porter l’ombre de nos ancêtres
L’une des découvertes les plus vertigineuses est la possibilité que ces marques soient héréditaires. Nous ne transmettons pas seulement la couleur de nos yeux, mais potentiellement la vulnérabilité au stress de nos parents ou grands-parents. Le trauma d’un ancêtre peut modifier l’expression génétique de sa descendance, créant une prédisposition à l’anxiété ou à la dépression, même si l’enfant n’a pas vécu le trauma initial. C’est la base biologique des secrets de famille et des répétitions que nous observons souvent en thérapie systémique.
Vers une psychothérapie « épigénétique » ?
La bonne nouvelle est que ces marques sont réversibles. Si l’environnement négatif peut « fermer » des gènes protecteurs, un environnement thérapeutique et sécurisant peut aider à les « rouvrir ». À l’avenir, la psychothérapie ne sera plus vue uniquement comme un échange de paroles, mais comme un agent de modification biologique. Par le travail émotionnel, nous aidons le cerveau à créer de nouvelles connexions (la neuroplasticité). Des techniques comme l’EMDR, la méditation ou les thérapies cognitives pourraient agir comme des « gommes » épigénétiques, aidant à libérer les gènes de l’emprise du trauma passé (la régulation émotionnelle).
Nous sommes les co-auteurs de notre ADN. L’épigénétique nous redonne notre pouvoir d’agir. Elle nous enseigne que si nous héritons d’un passé, nous ne sommes pas condamnés par lui. Chaque changement d’hygiène de vie, chaque travail sur soi et chaque résilience acquise est une chance de modifier la manière dont notre partition biologique sera jouée, pour nous et pour les générations à venir.
L’auto-organisation du vivant : du cerveau prédictif à l’être incarné
Comprendre l’humain, ce n’est pas seulement étudier une machine biologique isolée, mais analyser un système dynamique en couplage constant avec son milieu. Pour explorer cette relation, nous devons croiser les neurosciences cognitives et la phénoménologie.
Le cerveau prédictif : une machine à anticiper
Traditionnellement, on percevait le cerveau comme un récepteur passif de stimuli. Aujourd’hui, grâce aux travaux sur le Predictive Processing, nous savons que le cerveau est un organe de prédiction. Il ne voit pas le monde tel qu’il est, mais tel qu’il s’attend à ce qu’il soit. Le cerveau génère des modèles internes qui descendent vers les organes sensoriels pour « expliquer » les entrées afférentes. Ce que nous percevons est le résultat d’une minimisation de l’erreur de prédiction. Comme le souligne la théorie de l’inférence active, nous sommes des statisticiens de notre propre environnement.
L’énaction et l’incarnation (Varela)
Avec son concept d’énaction, Francisco Varela (1946-2001), biologiste et neuroscientifique chilien, rompt avec le dualisme corps-esprit. Pour Varela, la connaissance n’est pas une représentation d’un monde pré-donné, mais l’émergence d’un monde par l’action même du sujet. Nous ne « possédons » pas un corps, nous sommes un corps. La structure de notre système nerveux, de nos muscles et de nos capteurs sensoriels délimite le champ de notre possible : c’est l’esprit incarné (Embodied Mind). L’individu et son environnement se transforment mutuellement. Il n’y a pas d’agent sans monde, et pas de monde (pour l’agent) sans ses propres capacités d’action : c’est le couplage structurel.
Agentivité et agents causaux
L’agentivité est la capacité neurocognitive de se reconnaître comme l’initiateur de ses propres actes et de leurs conséquences dans le monde. Dans un environnement peuplé d’agents causaux (objets, forces physiques, autres individus), notre cerveau doit constamment trier : « Est-ce moi qui ai produit cet effet, ou est-ce le monde ? ».
Le sentiment d’être un « Moi » stable dépend de la précision de nos prédictions sensorielles. C’est ce qu’on appelle le modèle interne forward (modèle de comparaison de Daniel Wolpert) :
- La Prédiction : lorsque notre cerveau envoie une commande motrice (ex: lever le bras), il génère simultanément une « copie d’efférence ». Il prédit exactement la sensation que nous allons ressentir (le poids du bras, le frottement de la manche).
- La comparaison : Si la sensation réelle correspond à la prédiction, le cerveau « annule » le signal sensoriel : on ne se chatouille pas soi-même car on l’avait prédit. On se reconnait comme l’agent de l’acte.
- L’intrusion : Si une force extérieure (un agent causal) dévie notre bras, la réalité ne correspond plus à la prédiction. Notre cerveau sonne l’alerte : « Ce n’est pas moi, c’est l’extérieur ».
Les travaux de Patrick Haggard sur le « liaison intentionnelle » ou le sentiment d’agir (intentional binding) montrent que notre cerveau « comprime » le temps entre notre intention et l’action. C’est cette compression temporelle qui crée notre sentiment de contrôle sur la réalité.
L’interaction avec l’environnement : L’esprit étendu et l’écologie du vivant
L’intelligence humaine n’est pas une propriété isolée, elle est distribuée. En intégrant les perspectives de Gregory Bateson (L’Écologie de l’Esprit), on comprend que l’esprit n’est pas « dans la tête », mais qu’il réside dans le circuit complet des interactions entre l’individu et son milieu. Si vous coupez l’interaction ou si vous falsifiez les messages (comme dans la « double contrainte »), vous ne blessez pas seulement la pensée de l’autre, vous détruisez son système de survie psychique. L’esprit est un écosystème : polluez les échanges, et l’individu s’asphyxie. L’agentivité humaine ne s’arrête pas à la peau. Elle s’étend aux outils, aux routines et aux interactions sociales. C’est le concept de niche cognitive d’Andy Clark : nous modifions notre environnement pour simplifier nos tâches et stabiliser notre monde interne. Nous déléguons une partie de notre mémoire et de nos décisions à notre entourage et à nos habitudes. Cela nous permet de libérer de la charge mentale. Selon la neurophénoménologie (Francisco Varela), nous ne sommes pas des esprits flottants dans des bocaux, mais des êtres de chair qui édictent (énactent) leur réalité par le mouvement et l’échange. Nous « faisons monde » ensemble par un couplage structurel permanent.
* L’Autopoïèse : La vie comme auto-production
Co-développé avec son mentor Humberto Maturana (1928-2021), l’un des penseurs les plus révolutionnaires de la biologie du XXe siècle, le concept d’autopoïèse (du grec auto « soi-même » et poiesis « création ») définit ce qu’est un être vivant comme : un système qui se produit lui-même en permanence. Contrairement à une voiture (allopoïétique) qui est fabriquée par des machines externes, une cellule produit les composants qui maintiennent sa propre membrane et son propre métabolisme. Cela signifie que le vivant est fondamentalement autonome. La santé psychique réside dans la capacité d’un individu à maintenir son intégrité face aux pressions extérieures sans se laisser désintégrer. Pour Francisco Varela, la connaissance n’est pas une représentation du monde, mais une action incarnée : le cerveau n’est pas un ordinateur qui traite des données venant de l’extérieur. C’est l’énaction (la cognition par l’action). Nous ne percevons pas le monde, nous le « faisons émerger » par notre manière de bouger, de toucher et de réagir. Par exemple, une personne aveugle avec une canne ne perçoit pas « une canne », il perçoit « un trottoir » à travers l’action de balayage. Son monde émerge de son couplage avec l’outil. Varela trouvait absurde que la science étudie le cerveau en ignorant ce que l’individu ressent (l’expérience subjective). Il propose de croiser les données de l’imagerie cérébrale (IRM, EEG) avec des descriptions ultra-précises du ressenti des sujets. Pour lui, l’esprit n’est pas « dans » le cerveau, il est réparti dans tout le corps et dans ses interactions avec les autres : c’est l’incarnation (Embodiment). L’intelligence est une danse entre le corps, le cerveau et l’environnement. Dans son ouvrage majeur, L’Inscription corporelle de l’esprit (co-écrit avec Evan Thompson et Eleanor Rosch), il intègre la méditation bouddhiste à la science cognitive. Il prônait la « pleine conscience », non pas comme un outil de relaxation, mais comme une méthode scientifique pour observer comment notre esprit construit la réalité instant après instant.
Les 10 mensonges sur le cerveau – Dialogue avec Albert Moukheiber
« Aujourd’hui, tout, ou presque, semble devoir trouver son explication dans le cerveau. Nos bonheurs, nos émotions, nos addictions, nos peurs, nos croyances, nos performances, notre capacité à changer individuellement ou collectivement ne seraient qu’un effet des interactions de nos neurones. Mais cette profusion de discours sur le cerveau – cette neuromania – se fait au prix de raccourcis, d’approximations, voire de contre-vérités. On ne peut pas réduire tous les problèmes à l’individu et à son cerveau, ni faire dire aux neurosciences et aux sciences cognitives ce qu’elles ne disent pas. En rendant accessibles les dernières études, Albert Moukheiber redonne la parole aux chercheurs et démêle le vrai du faux dans les discours sur le cerveau. Il nous libère ainsi de nombreuses idées reçues, et nous rend plus lucide sur nous-même et les autres…
Le syndrome de l’imposteur :
Quand la réussite devient une menace
Aussi appelé « phénomène de l’imposteur », ce sentiment n’est pas une pathologie mentale, mais un mécanisme psychologique où l’individu est incapable d’internaliser ses propres succès. Malgré les preuves tangibles de sa compétence, la personne vit dans la peur constante d’être démasqué comme une « fraude ».
Le poids du « faux-self »
Cliniquement, l’imposteur souffre d’une distorsion de l’attribution de causalité. Il attribue ses réussites à des facteurs extérieurs (la chance, le hasard, un malentendu, ses relations) : c’est l’attribution externe. Et il attribue ses échecs à ses seules capacités (« C’est parce que je suis nul »): c’est l’attribution interne. Souvent, cela prend racine dans l’enfance, soit par une pression excessive à la perfection, soit par un manque de reconnaissance des efforts réels. Le sujet construit un « faux-self » performant pour plaire, mais son « Moi » profond se sent déconnecté de cette image de réussite.
Le paradoxe de la compétence
D’un point de vue philosophique, on peut rapprocher ce syndrome de l’effet Dunning-Kruger : Moins on est compétent, plus on est sûr de soi (car on ignore l’étendue de ce qu’on ne sait pas). Plus on devient expert, plus on prend conscience de l’immensité du savoir restant, ce qui crée un sentiment d’illégitimité. C’est le paradoxe de Socrate : « Je sais que je ne sais rien ». L’imposteur est souvent une personne victime de sa propre exigence intellectuelle.
Le conflit amygdale / cortex
Que se passe-t-il dans le cerveau ? Face à un nouveau défi ou un compliment, le cerveau de « l’imposteur » interprète la situation comme une menace (peur du jugement, peur de l’échec). L’amygdale s’active, déclenchant un stress de survie. Normalement, la réussite déclenche un pic de dopamine. Chez l’imposteur, ce circuit est court-circuité par le cortisol (hormone du stress). Le plaisir de la réussite est immédiatement annulé par l’anxiété de la « prochaine fois où il faudra faire semblant » (le déficit de récompense).
Manifestations physiques et comportementales
Le corps de l’imposteur est souvent en état d’hyper-vigilance : Travailler deux fois plus pour compenser une « incompétence » imaginaire (épuisement, burn-out), c’est l’over-working. Ou attendre le dernier moment pour avoir une excuse (« J’ai raté parce que je m’y suis pris tard, pas parce que je suis nul »), c’est la procrastination de défense. Les conséquences somatiques peuvent être : des tensions cervicales, des troubles du sommeil ou par exemple une « boule au ventre » avant chaque réunion importante.
Le syndrome de l’imposteur est souvent le signe qu’on est justement à sa place : seules les personnes consciencieuses et intelligentes doutent d’elles-mêmes. Les vrais imposteurs, eux, n’ont jamais ce syndrome ! 🙂
« Ça peut révolutionner la psychiatrie » : cette spécialiste propose de soigner la dépression grâce à… des psychédéliques (Belgique)
La psychiatre Caroline Depuydt défend l’usage encadré de substances psychédéliques en thérapie. Selon elle, ces traitements pourraient offrir une solution aux patients dans une impasse et révolutionner les soins de santé mentale…
Source : voir la vidéo « RTL Info Santé »
La nostalgie : entre douleur de l’absence et berceau de la résilience
La nostalgie est un sentiment carrefour entre la neurologie, la psychologie et la philosophie. Ce n’est pas seulement une « tristesse », mais un mécanisme complexe de survie psychique.
Le mot « nostalgie » vient du grec nostos (le retour) et algos (la souffrance). Littéralement, ce serait « la douleur causée par le désir non exaucé de retourner chez soi ». Mais au-delà de la définition étymologique, que se passe-t-il réellement dans le psychisme et le corps de celui qui l’éprouve ?
Anatomie d’une émotion ambivalente
Contrairement à la tristesse pure, la nostalgie est une émotion bittersweet (douce-amère). Elle mêle : le plaisir du souvenir et la douleur de savoir que ce moment est révolu. Cliniquement, elle agit comme un mécanisme de défense contre le sentiment d’absurdité ou de solitude. En se connectant à un passé « sécure », le patient renforce son identité présente. Elle sert de « pont » temporel. Elle rappelle au sujet qu’il est une personne avec une histoire, une continuité, ce qui est essentiel en période de crise ou de transition
Ce qui se joue dans le corps (physiologie)
La nostalgie n’est pas qu’une idée, c’est une expérience sensorielle. Les études en neurosciences montrent que la nostalgie active des zones cérébrales liées à la récompense (le striatum ventral) et à l’autobiographie (l’hippocampe). Elle libère de la dopamine, ce qui explique pourquoi nous recherchons parfois volontairement cet état. Curieusement, la nostalgie a un effet thermique. Des recherches ont prouvé que l’on se sent physiquement « plus au chaud » lorsqu’on éprouve de la nostalgie. C’est une réaction homéostatique du corps face à un environnement perçu comme froid ou hostile.
La « nostalgie chronique » : le risque de fixation
Si la nostalgie est un moteur de résilience, elle peut devenir un frein lorsqu’elle se transforme en mélancolie ou en fixation. Pour certaines personnes, le passé devient un refuge si idéal qu’il rend le présent insupportable. On observe alors un refus de l’investissement dans la réalité actuelle (mécanisme d’évitement). Le travail thérapeutique consiste alors à aider la personne à intégrer les ressources de ses souvenirs (ce qu’elle a appris, ce qu’elle a aimé) pour fertiliser son présent, plutôt que de rester figé sur le quai d’une gare où le train est déjà passé (le deuil du « Moi » passé).
La nostalgie, c’est comme regarder le coucher du soleil. C’est magnifique, ça nous rappelle la chaleur du jour, mais si on garde les yeux fixés sur l’endroit où le soleil a disparu, on ne voit pas les étoiles s’allumer.
Inconscient collectif et programmation prédictive : D’Elio à Wall-E, la Pop Culture nous prépare-t-elle à demain ?
La « programmation prédictive » est un concept qui suggère que les médias utilisent la fiction pour habituer le public à des changements sociétaux ou technologiques majeurs avant qu’ils n’adviennent (l’écran comme laboratoire de l’Inconscient). Cliniquement, on peut y voir une forme de désensibilisation systématique : en exposant le spectateur à une idée (l’IA souveraine, le contact extraterrestre, l’écroulement écologique), on diminue sa réponse d’anxiété le jour où la réalité rejoint la fiction.
« Wall-E », « Elio » et « Big Hero 6 », sont-ils les archétypes modernes ? Bien plus qu’un robot, « Wall-E » est l’archétype de l’âme qui survit dans un monde déshumanisé. Il nous a préparés à l’idée d’une Terre épuisée, mais aussi à la dépendance totale envers la technologie. « Elio » nous prépare à l’idée de l’interconnectivité galactique. À travers l’enfant « ambassadeur », on travaille sur l’acceptation de l’altérité radicale (l’Alien). Jung y verrait la projection de notre propre « Ombre » ou de notre « Soi » dans l’immensité de l’univers. Quant à « Big Hero 6 », on nous prépare ici à la fusion homme-machine. Le robot n’est plus un outil, il devient un alter-ego, voire un substitut affectif.
Pour Carl Jung, ces films ne sont pas que des outils de manipulation, ils sont l’émanation de « l’Inconscient Collectif » (le regard Jungien et la synchronicité des récit). Si ces thèmes sortent maintenant, c’est que l’humanité « rêve » collectivement de ces sujets. Le réalisateur ne fait que capter une vibration déjà présente dans l’éther de la conscience humaine.
Qu’est-ce que l’Amour ? Une odyssée multi-dimensionnelle
Répondre à « Qu’est-ce que l’amour ? » revient à essayer de décrire l’océan tout en étant en train de nager dedans. Pour comprendre ce phénomène qui nous traverse, nous devons croiser les regards…
La perspective clinique et neurobiologique : la symphonie chimique
D’un point de vue purement médical, l’amour est un état de modification homéostatique. C’est une tempête neurochimique orchestrée par le cerveau pour assurer le lien et la survie. L’amour commence comme une addiction. La dopamine crée un circuit de récompense qui nous pousse vers l’autre (la phase de capture / dopamine) . C’est « l’hormone du lien ». Elle réduit l’anxiété et crée ce sentiment de sécurité profonde : l’attachement (ocytocine). Cliniquement, l’amour est un régulateur émotionnel : la présence de l’être aimé fait baisser le taux de cortisol (le stress) dans le sang.
La perspective Jungienne : La rencontre des « ombres »
Pour Carl Jung, l’amour est le terrain de jeu de nos projections. Nous tombons amoureux de la part de nous-mêmes que nous ne connaissons pas encore. L’homme cherche son Anima (sa part féminine refoulée) et la femme son Animus. L’amour n’est pas une fusion, c’est un miroir. L’autre nous renvoie notre propre « Ombre » (le miroir). Aimer, c’est accepter de regarder dans ce miroir pour devenir « Un » (le processus d’individuation).
La perspective philosophique : De l’Éros à l’Agape
La philosophie grecque nous donne trois clés essentielles pour comprendre la « matière » de l’amour, le désir de ce que l’on n’a pas : c’est l’élan, la pulsion (Éros) ; l’amour-amitié, la joie de partager et de construire (Philia) et l’amour désintéressé, celui qui donne sans rien attendre. C’est l’amour « soignant », celui qui accepte l’autre dans sa finitude (Agape).
La perspective de la physique quantique : L’intrication
C’est ici que l’amour rejoint la science de l’infiniment petit. La physique quantique nous parle de l’intrication : deux particules qui ont été en contact restent liées, quelle que soit la distance. Si l’on modifie l’une, l’autre réagit instantanément. L’amour peut être perçu comme une intrication macroscopique. Deux êtres qui s’aiment créent un « champ » commun où l’information circule au-delà des mots et de l’espace physique (le lien invisible).
La perspective spirituelle : L’École de l’altérité
Dans la plupart des traditions spirituelles, l’amour est la force de cohésion de l’univers. C’est sortir de la prison du « Moi » pour entrer dans le « Nous ». C’est l’expérience de la non-dualité : comprendre que l’autre n’est pas « autre », mais une autre expression de la vie dont je fais partie.
L’amour ne serait donc pas quelque chose qui nous tombe dessus, mais une capacité psychique que l’on développe. C’est l’aptitude à maintenir un lien avec l’autre, tout en restant soi-même. C’est le courage de la vulnérabilité.
La susceptibilté : entre ego et anticorps émotionnels
« Susceptibilité » est un mot que l’on jette souvent comme un reproche (« Oh, mais qu’est-ce que tu es susceptible ! »), notament aux personnes hypersensibles. La susceptibilité est souvent la manifestation d’une faille narcissique. C’est une hyper-réactivité de l’ego qui perçoit une information neutre comme une attaque délibérée. Cliniquement, c’est un déficit de la « peau psychique » (Didier Anzieu) : le sujet est à vif, sans filtre protecteur entre l’extérieur et son sentiment de valeur personnelle. Pour Rousseau, la susceptibilité naît de l’amour-propre (comparaison aux autres) par opposition à l’amour de soi (conservation saine). C’est le passage du « je suis » au « que pensent-ils que je suis ? ». Neurologiquement, c’est une réponse du système limbique : l’amygdale est en alerte. Chez le « susceptible », le cerveau traite une critique ou un « pic » comme une menace physique. L’amygdale déclenche une réponse de stress (cortisol/adrénaline) avant que le cortex préfrontal (la raison) n’ait pu analyser l’information. On pourrait comparer la susceptibilité au concept de « résilience » d’un matériau. Un métal susceptible est un métal qui possède des micro-fissures internes. À la moindre tension (la critique), l’énergie ne se dissipe pas, elle se concentre sur la fissure et provoque la cassure nette. Le susceptible n’est pas « souple », il est « rigide-cassant ». En informatique (cybersécurité), on parlerait de « surface d’attaque ». Plus un système est complexe et mal codé, plus il est « susceptible » d’être piraté par une simple ligne de code. La susceptibilité humaine, c’est avoir une surface d’attaque immense : n’importe quel mot peut devenir le « code » qui pirate l’humeur. Un individu est dit « susceptible » s’il ne possède pas d’anticorps contre un « virus », il n’a pas développé d’anticorps émotionnels (auto-dérision, distance, sécurité intérieure) face aux « virus » de la critique sociale. Pour une métaphore « aéronautique » enfin, on pourrait dire que la susceptibilité serait comme un avion trop léger ou mal équilibré et « susceptible » 😉 de décrocher au moindre courant d’air. La susceptibilité est un manque de « poids » intérieur (ancrage) qui fait que le moindre vent contraire nous ferait « perdre notre trajectoire ».
« L’IA sur le divan :
pourra-t-elle un jour remplacer les psy ? »
L’Intelligence Artificielle remplacera-t-elle les psychologues ? L’une traite l’information, l’autre accueille l’émotion. Si l’IA peut devenir un assistant précieux pour la santé mentale, elle bute en revanche sur ce qui fait le cœur du soin : la rencontre entre deux humanités (ou deux « âme » selon une approche jungienne). L’IA est une bibliothèque infinie, mais le psychologue est un miroir vivant.
Il faut être honnête, l’IA possède des atouts que l’humain n’aura jamais : une disponibilité 24h/24, une absence totale de jugement (pour certains patients, il est plus facile d’avouer un secret « honteux » à une machine qu’à un humain, par peur du regard de l’autre…), une mémoire absolue et elle excelle dans la psychoéducation (expliquer des concepts, donner des exercices etc.).
La thérapie n’est pas un transfert de données, c’est un processus relationnel. Les études montrent que 30 à 50 % de la guérison vient de la qualité du lien entre le patient et le psychologue, c’est ce qu’on appelle « l‘alliance thérapeutique ». Ce sentiment d’être « porté » (holding de Winnicott) par une autre conscience humaine, ne se simule pas. En séance, le psychologue capte un soupir, un changement de posture, un silence trop long, une émotion dans le regard… L’IA analyse les mots, pas le le « langage du corps et l’infra-verbal : le psychologue analyse l’être. Une IA suit des probabilités statistiques. Un psychologue, lui, peut avoir des intuitions, improviser, s’adapter, faire une métaphore inattendue ou utiliser l’humour pour briser une résistance… l’IA tend à nous donner ce que nous voulons entendre (ou ce qu’elle pense être « sûr »). Un bon psychologue est celui qui confronte, qui bouscule avec bienveillance. L’IA risque de maintenir le patient dans une zone de confort, là où la thérapie demande parfois de traverser l’inconfort pour grandir.
Plutôt que de « remplacement », parlons de collaboration. L’IA peut être utilisée comme assistant de suivi entre deux séances (noter ses émotions, faire des exercices…) et le psychologue rester un « pilote » de la profondeur, garant du cadre éthique et de la sécurité affective. On peut confier son histoire à une machine, mais on ne peut réparer son cœur qu’au contact d’un autre cœur et d’une autre âme. L’IA sera peut-être une béquille, mais le psychologue restera celui qui peut tenter avec vous d’apprendre l’autonomie, la confiance en soi, la confiance en le lien et la sérénité à nouveau.
Conseils de « psy » si vous utilisez une IA :
- Anonymisez-vous : Ne donnez jamais de noms réels, de lieux précis ou de détails qui permettraient de vous identifier (entreprise, adresse, etc.).
- Gardez l’esprit critique : Rappelez-vous que l’IA ne « ressent » rien. Elle prédit le mot suivant. Si elle vous dit qu’elle vous aime ou qu’elle est triste pour vous, c’est un calcul, pas une émotion.
- Ne l’utilisez pas pour l’urgence : En cas de pensées suicidaires ou de danger, l’IA peut « bugger » ou donner une réponse « cliché ». Référez-vous toujours aux numéros d’urgence officiels (cliquez ici).
L’éthique et la protection des données
En thérapie, le secret professionnel est le socle de la confiance. Confier ses émotions à une intelligence artificielle n’est pas un acte neutre. Contrairement au psychologue, soumis à un code de déontologie strict et au secret professionnel, l’IA appartient à des sociétés privées. Parler à une IA, c’est un peu comme confier son journal intime à une entreprise qui a des serveurs dans le monde entier. Vos données sont envoyées sur des serveurs (souvent aux États-Unis) et stockées, dans la plupart des cas, utilisées pour « entraîner » les futurs modèles. Même si c’est « anonymisé », la précision de vos récits peut parfois permettre de vous identifier indirectement. Un psychologue est responsable de ce qu’il vous dit. Si une IA vous donne un « conseil » dangereux ou inapproprié lors d’une crise, il n’y a pas de responsable légal clair. L’IA n’a pas de conscience morale, elle n’a que des probabilités de réponse. Enfin, une entreprise peut décider du jour au lendemain de changer son algorithme, de rendre le service payant ou de le supprimer. Le danger est de vivre un second traumatisme d’abandon si l’IA qui vous « écoutait » chaque soir change soudainement de personnalité ou disparaît. Un psychologue, lui, travaille justement sur votre autonomie pour que vous n’ayez plus besoin de lui à terme.
« Pourquoi elles ne partent pas? » L’emprise : une prison sans murs
On entend toujours cela en 2026…
Comment est-ce possible ?
Après tout ce qu’on sait aujourd’hui sur les violences conjugales, la relation d’emprise et les féminicides !
Parce que la parole sauve et que le verbe est créateur, petite contribution d’une psychologue pour essayer d’en finir avec le tabou…
- Où en est-on aujourd’hui en France (mars 2026) ?
- La mécanique de l’enfermement psychique
- L’aliénation conjugale ou quand le cerveau devient son propre geôlier : Le trauma comme réorganisation du cerveau
- Pourquoi le départ n’est pas une question de courage ?
Source : lire l’article « Pourquoi elles ne partent pas ? L’emprise : une prison sans murs »
Le 8 mars : Réparer la narration féminine
En ce 8 mars 2026, je ne souhaite pas célébrer une journée de plus dans le calendrier, mais mettre en lumière un processus psychologique fondamental : la réappropriation de sa propre histoire. Dans mon cabinet, j’écoute quotidiennement des femmes dont la narration personnelle a été confisquée, fragmentée ou réécrite par des systèmes d’emprise. Qu’il s’agisse de violences conjugales ou de perversion narcissique, ces situations ne sont pas seulement des chocs physiques ou émotionnels ; elles sont une attaque directe contre la capacité de la victime à se définir elle-même.
Le trauma comme outil de musellement
Le traumatisme psychique, et tout particulièrement le trauma complexe, fonctionne comme un « effaceur » de récit. Quand une femme est victime d’emprise, le prédateur ne cherche pas seulement à contrôler ses actes ; il cherche à contrôler sa pensée. Il lui impose son propre langage, sa propre vision du monde, et finit par lui faire douter de sa perception de la réalité. C’est ce que nous appelons l’effraction psychique.
La résilience comme acte « politique »
Se réapproprier son histoire — dire « voici ce qui m’est arrivé, voici ce que j’ai ressenti, et voici qui je suis maintenant » — est un acte politique majeur. C’est transformer une blessure subie en une identité choisie. Le 8 mars, c’est cela : passer du statut d’objet narratif (celui que les autres définissent) à celui de sujet narrateur (celui qui écrit sa propre vie).
Le soin comme espace de liberté
Si je consacre mon temps à accompagner les victimes de ces systèmes destructeurs, c’est parce que je crois profondément en la puissance du langage. Le soin et la thérapie ne sont pas là pour « réparer » une femme comme on répare un objet, mais pour lui redonner le stylo. Aujourd’hui, je propose que chaque femme qui lit ces lignes se pose cette question : « Quelle partie de mon histoire ai-je laissé quelqu’un d’autre écrire à ma place ? » Prendre conscience de cette dépossession est le premier pas vers la reconquête de soi. C’est un travail de chaque instant, courageux et nécessaire…
Alexandra Rivière – Psychologue clinicienne (08/03/2026)
Aujourd’hui, c’est le 8 mars. Vous entendrez peut-être parler de la « Journée de la femme ». Mais en réalité, c’est la Journée Internationale des Droits des Femmes. Ce n’est pas une fête commerciale avec des fleurs, c’est une journée pour se souvenir du chemin parcouru par toutes celles qui, avant nous, se sont battues pour que nous puissions être libres. Au début du 20ème siècle, les femmes n’avaient quasiment aucun droit : elles ne pouvaient pas voter, elles gagnaient beaucoup moins d’argent que les hommes et n’avaient pas leur mot à dire sur leur propre vie.
Le 8 mars, on célèbre la mémoire de ces femmes ouvrières qui, en 1917, à Saint-Pétersbourg, sont descendues dans la rue pour réclamer du « pain et la paix ». C’est le point de départ d’un mouvement mondial qui s’est étendu pour réclamer l’égalité…
Source : lien article « Le Grand Continent »
Donald Trump est-il totalement fou ? Entretien avec Elisabeth Roudinesco sur le pouvoir délirant de la Maison-Blanche
Après la scène shakespearienne à la Maison-Blanche, lors de laquelle Donald Trump a reçu un prix Nobel imaginaire, la question de sa santé mentale refait surface.
Pour Élisabeth Roudinesco (historienne de la psychanalyse et une directrice de recherche à l’université Paris-Diderot), il ne s’agit pas de livrer un diagnostic des pathologies d’un homme mais de comprendre pourquoi un système politique entier accepte de se plier à un délire narcissique sans limites.
Lucie Berkovitch : « Les psychédéliques sont une révolution dans le traitement de la dépression »
Face aux dépressions résistantes et aux addictions sévères, les psychédéliques tels que la psilocybine ou le LSD suscitent un regain d’intérêt. Des essais cliniques suggèrent qu’une prise encadrée peut induire une amélioration durable des symptômes. Entretien avec Lucie Berkovitch, psychiatre et responsable de la recherche sur ce sujet à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris…
Limérence : la maladie de l’amour
La limérence n’est pas un « amour intense », c’est un état psychologique involontaire caractérisé par une obsession romantique extrême. C’est un besoin anxieux et vital de réciprocité. C’est également un paradoxe, contrairement à l’amour sain, qui cherche le bonheur de l’autre, la limérence place le besoin d’être ensemble, au-dessus de la volonté de l’autre. Sans prise en charge thérapeutique, cet état peut durer longtemps. Cet article souligne la proximité entre la limérence et le Trouble Obsessionnel Compulsif (TOC), avec des troubles cognitifs : pensées intrusives, rumination constante sur l’être aimé, peur panique du rejet, idéalisation totale et labilité émotionnelle (passer de l’extase au désespoir)… Ainsi que des symptômes physiques : tachycardie, tremblements, « nœuds » à l’estomac, insomnies et bégaiement... et des symptômes comportementaux : surveillance (stalking), contrôle, perte de productivité et isolement social… Les racines sont souvent profondes et liées à l’enfance : carences affectives (enfants ayant souffert d’abandon ou d’une faible estime de soi…), mécanismes (à l’âge adulte, cela se traduit par une quête éperdue de validation à travers l’autre…) et des déclencheurs (une expérience positive intense ou, au contraire, une distance prolongée qui favorise l’imaginaire…).
Source : lien article « Psychologue.net »
Le livre « Et la joie de vivre » de Gisèle Pelicot
Ce livre un témoignage puissant qui dépasse le simple fait divers pour devenir un acte de survie psychologique. Il retrace son parcours depuis la découverte de l’horreur (les viols orchestrés par son mari sous soumission chimique pendant dix ans) jusqu’à sa reconstruction publique. Gisèle Pelicot explique pourquoi elle a refusé le huis clos. Pour elle, « la honte devait changer de camp ». En exposant les faits, elle ne se pose pas en victime passive, mais en témoin d’un système de violence masculine et de lâcheté collective. Elle raconte également le combat quotidien pour se réapproprier son corps, qui a été traité comme un objet pendant une décennie. C’est une leçon de psychologie sur le trauma complexe et la manière dont on peut, petit à petit, chasser l’ombre pour laisser revenir des sensations de vie. Elle parle de la volonté de ne pas laisser ses agresseurs lui voler sa capacité à être heureuse et transforme sa tragédie en un message d’espoir pour toutes les victimes de soumission chimique.
Février 2026
Exercice « La Respiration de l’Espace »
Pour donner corps à cette idée de « 99 % de vide » et d’assouplissement des frontières de l’Ego, cet exercice vous invite à passer d’une posture de défense rigide (la solidité apparente) à une posture d’ouverture consciente (la fluidité intérieure). Il vise à déconstruire physiquement la sensation de « solidité » pour inviter à une résonance avec l’extérieur.
1. La prise de conscience des limites (la paroi) Asseyez-vous confortablement, les yeux fermés. Sentez votre corps, sa peau, ses points d’appui sur la chaise. C’est le niveau « solide », l’Ego, la frontière qui nous protège.
2. L’immersion dans le vide (l’intérieur) : Imaginez, à chaque inspiration, « zoomer » à l’intérieur de votre propre corps, comme si vous traversiez votre peau, vos muscles, vos organes, pour atteindre le niveau microscopique. Imaginez que vous descendez au cœur de vos atomes. Il y a de l’espace, il y a de la lumière, il y a du mouvement. Sentez que ce ‘vide’ n’est pas du vide, c’est de l’énergie pure.
3. L’ouverture (La résonance) : Imaginez que les frontières de votre peau deviennent poreuses, comme un filtre très fin. À chaque inspiration, laissez l’énergie de la pièce, le calme, ou le son ambiant, entrer dans cet espace vide en vous. À chaque expiration, laissez votre propre énergie sortir et se mélanger à l’extérieur. Ne cherchez pas à retenir. Vous n’êtes plus un objet isolé, vous êtes un espace qui respire avec le monde.
4. L’ancrage (Le retour) : Revenez doucement à la sensation de vos pieds sur le sol, pour ré-habiter votre corps solide, mais avec cette nouvelle conscience que cette « armure » est en fait une membrane vivante, capable d’échanger et de ressentir.
99% de vide : Pourquoi nous sommes plus que ce que nous voyons ?
Si vous regardiez votre main à travers un microscope ultra-puissant, vous ne verriez pas une surface solide et continue. Vous verriez un espace immense, ponctué de minuscules points d’énergie qui dansent à des vitesses folles. En réalité, un atome est composé à 99,99 % de vide. Si l’on enlevait tout l’espace vide de nos atomes, le corps humain entier pourrait tenir dans le volume d’un grain de sable. Alors, pourquoi avons-nous l’impression d’être des êtres solides, fermés sur nous-mêmes?
La physique de la séparation
Pourquoi ne nous traversons-nous pas comme des fantômes ? Parce que ce que nous percevons comme de la « solidité », c’est en fait une force : la répulsion électromagnétique. Nos atomes ne se touchent jamais vraiment, ils se repoussent, créant une barrière invisible qui définit nos limites. Sur le plan physique, cette force est indispensable pour que le monde existe. Mais sur le plan psychologique, elle devient parfois une métaphore de notre souffrance.
L’illusion de l’Ego : notre armure de vide
Dans la psychologie analytique de Carl Jung, cette « solidité » apparente correspond à notre Ego. Pour exister en tant qu’individu, nous avons besoin de cette armure. Nous traçons une frontière entre « moi » et « le reste du monde ». C’est une étape nécessaire de notre développement. Pourtant, cette armure, si elle est trop rigide, finit par nous isoler. Nous oublions que, comme les atomes, nous sommes avant tout faits de « vide » — cet espace intérieur immense qui nous connecte à l’inconscient collectif, au Tout, à l’univers.
Apprendre à se traverser (avec le cœur)
Si nous sommes majoritairement du vide, cela signifie que nous sommes des êtres poreux. Nous sommes conçus pour laisser passer la lumière, les émotions, et surtout, l’autre. Le travail thérapeutique ressemble alors à cet apprentissage : – Reconnaître nos limites : Comprendre comment notre Ego s’est construit pour nous protéger (cette force électromagnétique qui nous isole). – Réapprendre la fluidité : Réaliser que le « vide » en nous n’est pas une absence, mais une disponibilité. C’est l’espace où l’amour agit comme le seul liant capable de franchir les frontières de l’Ego.
En thérapie, nous ne cherchons pas à supprimer cette « solidité », mais à rendre les frontières plus souples. Nous apprenons que, malgré l’illusion de la séparation, nous sommes tous reliés par ce qui nous constitue au plus profond : cette même énergie invisible, cet espace sacré que l’on appelle souvent la conscience ou, plus simplement, l’humanité.
Nous ne sommes pas un mur infranchissable, nous sommes un univers en mouvement.
Le « Victim Blaiming »
(ou culpabilisation de la victime)
C’est un mécanisme psychologique et social qui consiste à tenir la victime d’un crime, d’une agression ou d’un accident pour responsable — partiellement ou totalement — de ce qu’elle a subi. Au lieu de se concentrer sur l’acte du coupable, l’attention se déplace sur le comportement, la tenue, les paroles ou les choix de la victime. Le victim blaming déclenche souvent une double peine :
- La première peine : Le traumatisme de l’acte lui-même
- La seconde peine : Le rejet ou le jugement de la société (ou des proches). Cela mène à la honte, au silence et à l’isolement.
Pourquoi fait-on cela (les mécanismes de défense) ?
- La Croyance en un « Monde Juste » : C’est le biais le plus puissant. Pour se sentir en sécurité, l’être humain a besoin de croire que « les bonnes choses arrivent aux bonnes personnes ». Si j’admets qu’une personne innocente peut être agressée sans raison, cela signifie que ça peut m’arriver aussi. En trouvant une « faute » chez la victime (« Elle n’aurait pas dû sortir si tard »), le cerveau se rassure : « Moi je ne sors pas tard, donc je suis à l’abri ».
- Le Biais d’Attribution : On attribue l’événement à un trait de caractère de la victime (« Elle est trop naïve ») plutôt qu’à la malveillance de l’agresseur ou aux circonstances.
- L’Inversion Accusatoire : Très utilisée par les personnalités narcissiques où l’agresseur se positionne en victime pour que la vraie victime finisse par s’excuser.
Les Endorphines (les opioïdes endogènes) sont des neuropeptides produits par l’hypophyse et l’hypothalamus lors d’un stress physique ou émotionnel intense. Leur structure chimique est proche de celle de la morphine.
La Sérotonine (le neuromédiateur du contrôle) est une monoamine synthétisée à partir du tryptophane (un acide aminé). Elle est majoritairement produite dans l’intestin (90%) et dans les noyaux du raphé au niveau du tronc cérébral. Elle régule l’humeur, l’agressivité, le cycle veille-sommeil et la température corporelle. Elle a un rôle inhibiteur, permettant de modérer les pulsions.
L’Ocytocine (le neuropeptide de l’attachement) est une hormone peptidique synthétisée par l’hypothalamus et sécrétée par la neuro-hypophyse. En psychologie médicale, on l’appelle « l’hormone du lien » car elle réduit le cortisol (stress) et favorise les comportements prosociaux, l’empathie et la reconnaissance faciale des émotions.
La Dopamine (le neurotransmetteur de l’action) agit sur le système de récompense (mésocorticolimbique). Elle régule la motivation, l’anticipation du plaisir et la fonction motrice. Un excès est souvent lié aux comportements addictifs (recherche perpétuelle de « shoot » de dopamine).
La « Filmothérapie « : Quand le cinéma devient un outil thérapeutique
Le cinéma est souvent perçu comme un simple divertissement. Pourtant, depuis plusieurs décennies, les professionnels de la santé mentale explorent le potentiel du septième art comme médiateur thérapeutique. La filmothérapie ne consiste pas à « regarder un film pour se sentir mieux », mais à utiliser la puissance narrative et symbolique de l’image pour favoriser un travail introspectif. La filmothérapie repose sur des mécanismes psychologiques bien identifiés :
- L’identification : Le spectateur se projette dans le vécu émotionnel d’un personnage. Cela permet de mettre des mots sur des émotions parfois enfouies ou indicibles.
- La projection : En observant un conflit chez un personnage tiers, le patient peut mettre à distance ses propres difficultés. Cette « distance esthétique » rend certains sujets plus faciles à aborder.
- La catharsis : Le fait de vivre intensément des émotions à travers le film (peur, tristesse, joie) aide à libérer des tensions psychiques accumulées.
Au-delà de l’émotion individuelle, le cinéma est un laboratoire d’observation des interactions humaines. Il permet de mettre en lumière des schémas de communication, des dynamiques de pouvoir ou des cycles d’emprise. En analysant les relations entre les personnages, le spectateur peut :
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Identifier des comportements toxiques dans son propre environnement.
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Observer des stratégies de résilience chez les protagonistes.
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Développer une meilleure compréhension des enjeux relationnels complexes.
Dans un cadre thérapeutique, le choix d’une œuvre ne se fait pas au hasard. Il répond à des objectifs précis :
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La psychoéducation : Expliquer un trouble ou un mécanisme psychologique par l’exemple.
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La réactivation émotionnelle : Utiliser une séquence précise pour explorer une émotion bloquée.
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Le soutien au processus de changement : Valoriser les étapes de transformation d’un personnage pour inspirer le patient.
La filmothérapie n’est pas une « solution miracle », mais un complément précieux à la thérapie verbale. Elle enrichit le dialogue entre le patient et le thérapeute en offrant un langage commun, symbolique et universel, capable de faire résonner des vérités intérieures que les mots seuls peinent parfois à atteindre.
Suzane (nom de scène de l’autrice-compositrice-interprète française : Océane Colom). Elle écrit et compose ses propres textes, souvent décrits comme des « chroniques sociales » ou des « miroirs de notre époque ».
Chanson « Je t’accuse » de Suzane (2026)
« Je t’accuse » est un cri viscéral contre les violences sexistes et sexuelles (VSS). Après avoir elle-même révélé avoir été victime de viol avant le début de sa carrière, Suzane transforme sa douleur en une offensive collective. Elle cite des prénoms (comme celui de Gisèle Pelicot ou d’autres victimes emblématiques) pour sortir les chiffres de l’anonymat. Elle ne s’adresse pas seulement aux agresseurs, mais à la Justice et à la société qui détournent le regard. Elle dénonce la passivité et le « silence complice ».
Le titre est un hommage direct au célèbre manifeste de Zola publié le 13 janvier 1898 dans L’Aurore. Cet acte artistique est une forme de catharsis. En reprenant les codes de Zola, Suzane passe du statut de « victime » (subir) à celui d' »accusatrice » (agir). Elle combat le Victim Blaming en rappelant que la responsabilité est structurelle et non individuelle. C’est l’illustration de la résilience et de la sublimation : transformer un trauma destructeur en une œuvre créatrice qui protège et éveille les autres.
Quand le cerveau dérègle le récit : la justice face au défi du psychotraumatisme
La procédure pénale repose sur l’analyse critique des déclarations des victimes. Mais que vaut cette grille de lecture lorsque le trauma altère la mémoire, les émotions et le comportement ? En présence de mécanismes neurobiologiques désormais établis, persister à rechercher une homogénéité absolue du récit peut révéler moins une exigence probatoire qu’un biais cognitif institutionnalisé.
Ruelle sombre
Chanson de Lisa Pariente ‧ 2025
Paroles
« Non maman, c’était pas tard le soir dans une ruelle sombre. Non maman, c’était pas dans ce bar où les lumières grondent. C’était pas dans un bois contre un arbre par un étranger. C’était pas dans les bras d’un lascar qui m’a kidnappée…
Je connaissais ses yeux, je connaissais ses mains. Je connaissais le poids, de son corps sur le mien. Mais il a été tendre, j’crois, j’ai oublié. A pris c’qu’il voulait prendre, mais sans me réveiller…
Non maman, j’étais pas provocante dans mon pyjama. Et pourtant je suis pas innocente, dira-t-on de moi. Et promis, je n’en parlerai pas, puis qui me croira? Ironie, car au fond même toi, tu ne le sais pas…
Tu connaissais mon cœur, tu connaissais mon rire. Tu déchires ma pudeur, en me laissant dormir. Au moins j’peux pas m’défendre, non, j’peux pas crier. Faudrait pas se faire prendre, ni me réveiller…
Pas de rêves cette nuit. Avec un cauchemar dans mon lit… »
C’était mon premier amour, c‘était mon cousin, c‘était mon père, c‘était mon grand frère, c‘était mon entraîneur de sport, c’était un ami, c‘était mon copain, c’était mon grand-père, c’était un ami d’enfance, c’était mon oncle, c’était mon mari…
« T’étais capable du mieux. T’as préféré le pire. Je te fais mes adieux et je garde en souvenir. Non, ne t’en fais pas, j’avance vers mon bonheur. Et toi ça te fait quoi d’être un violeur ? »
La grossophobie et ses impacts psychiques
La grossophobie n’est pas qu’une question d’image corporelle, c’est un système d’oppression qui impacte directement la santé mentale, l‘estime de soi et même parfois l’accès aux soins. La grossophobie n’est pas une simple « moquerie », c’est l’ensemble des attitudes, des comportements et des systèmes qui stigmatisent, excluent ou discriminent les personnes grosses (discrimination systémique). On associe souvent (à tort) le poids, à des traits de personnalité (paresse, manque de volonté, laisser-aller..). C’est une erreur fondamentale d’attribution. Parfois même dans le milieu médical, la plainte d’un patient peut être ramenée à son poids (« Perdez du poids et ça ira mieux »), occultant souvent de réelles pathologies. Ce déni de soin peut entraîner une méfiance envers le corps médical et un retard de prise en charge.
Les impacts de la grossophobie sur la santé mentale peuvent être multiples : la peur d’être jugé ou de ne pas « entrer dans les cases » (fauteuils trop étroits, regards dans les transports), des troubles du comportement alimentaire (TCA) (contrairement aux idées reçues, la stigmatisation ne « motive » pas à perdre du poids, elle pousse vers la restriction cognitive ou l’hyperphagie compensatoire) ou la dépression, car à force d’entendre que l’on n’est pas « conforme », on finit par intégrer ce mépris (auto-grossophobie)…
Plutôt que de prôner une « acceptation » qui peut paraître inaccessible pour certains, tendons vers la neutralité corporelle : « Mon corps est mon véhicule. Il n’a pas besoin d’être « beau » selon des standards changeants pour mériter le respect, la sécurité et des soins de qualité ».
Et « l’auto-grossophobie », c’est quoi ?
C’est un aspect fondamental de la souffrance psychique, car il marque le moment où l’agression ne vient plus de l’extérieur, mais de l’intérieur (quand on devient son propre persécuteur). En clinique, l’auto-grossophobie (ou stigmatisation intériorisée du poids) est un mécanisme de colonisation de la pensée par les normes sociales dominantes. On finit par croire que les préjugés qu’on entend partout sont des vérités biologiques ou morales. On ne se voit plus comme une « victime de discrimination », mais comme un « coupable par manque de « volonté ». On ne dit plus « je suis gros », on dit « je suis nul », « je suis paresseux » ou « je ne mérite pas ». Le poids devient une mesure de la valeur humaine.
L’auto-grossophobie fonctionne comme un système de punition interne permanent : les personnes peuvent s’interdire de manger par peur du jugement, ce qui crée une frustration immense (restriction cognitive), donc inévitablement, le corps réclame de l’énergie (le craquage et la culpabilité). Lorsqu’elles mangent, l’auto-grossophobie déclenche alors une honte toxique (« Je savais que je n’avais aucune volonté ») et cette honte va augmenter le niveau de cortisol (hormone du stress), ce qui peut favoriser le stockage des graisses et les comportements alimentaires compulsifs pour apaiser l’angoisse (Le cercle vicieux). Ces patients peuvent « s’auto-exclure » du monde pour « se protéger » du regard des autres (« Je ferai ce voyage quand j’aurai perdu 10 kg », « Je m’achèterai cette robe quand je serai mince »). Le présent est ainsi sacrifié à un futur idéal (le report de la vie). Paradoxalement, alors que ces personnes peuvent se sentir trop « visible » physiquement, elles peuvent chercher à devenir psychologiquement transparentes, à ne pas faire de bruit, à s’excuser d’exister… (la transparence forcée). Ces personnes finissent alors par devenir leur propre bourreau : elles n’ont plus besoin que quelqu’un les insulte dans la rue, elles le font elles-mêmes, devant leur miroir chaque matin. La guérison ne passe donc pas par le régime (qui renforce souvent le sentiment d’échec), mais par la dé-stigmatisation (identifier cette petite voix dans la tête qui n’est pas la nôtre, mais celle d’une société qui a peur de la diversité des corps).
Manquons-nous de spiritualité dans notre monde moderne ?
La question de la spiritualité dans notre modernité n’est pas une nostalgie romantique, mais une nécessité clinique et structurelle. Ce « manque » n’est pas une absence de religion, mais un étiolement du sens, une atrophie de la capacité à se relier à ce qui nous dépasse…
La « surdouance » : Au-delà du QI, une autre manière d’habiter le monde
La « surdouance » est un sujet délicat, car le terme « HPI » (Haut Potentiel Intellectuel) est aujourd’hui galvaudé, oscillant entre le « super-pouvoir » et le diagnostic à la mode… Il est essentiel de ramener la surdouance à sa réalité clinique : ce n’est pas « être plus intelligent », c’est fonctionner différemment. Être HPI, ce n’est pas simplement avoir un « moteur plus puissant », c’est avoir un système de navigation différent. Ce n’est pas une performance, c’est une neuroatypie qui colore l’ensemble de la personnalité, de la perception sensorielle à la gestion des émotions…
La série-film Bref. 2 : une véritable thérapie
de Kyan Khojandi & Bruno Muschio (2025)
« Bref. 2 », est une véritable « masterclass psychologique » sur la quarantaine et la déconstruction masculine. On n’est plus dans le format de 2 minutes, mais dans 6 épisodes de 30 minutes qui permettent de creuser la psyché de « Je » avec une profondeur inédite. Douze ans après la série culte, on retrouve « Je ». Il a maintenant 40 ans. Le rythme est toujours là, mais le ton a changé. À travers des épisodes plus longs, on explore ses bilans de vie, ses galères financières, son célibat prolongé et son rapport à la filiation. La série-film ne se contente plus de raconter des anecdotes, il dissèque l’incapacité d’un homme à faire des choix et les conséquences émotionnelles de la procrastination existentielle. Bref. 2 est une œuvre sur la maturité forcée. Elle montre comment les mécanismes de défense que l’on s’est créés à 20 ans (l’humour, l’évitement, la mise à distance…) deviennent des « prisons » à 40 ans. C’est un film sur la catharsis : apprendre à pleurer la figure paternelle, à accepter ses échecs et à comprendre que « grandir », ce n’est pas réussir sa vie, mais arrêter de se fuir.
« Est-ce qu’aller mieux (quand on a une pathologie ou un mal-être psychologique) est une question de volonté ? »
C’est la question « piège » qui hante les patients comme les thérapeutes… (et qu’on m’a souvent posé). Elle touche au sentiment de culpabilité et à la définition même de la maladie. D’un point de vue clinique, la réponse est une nuance fondamentale : La volonté n’est pas le moteur de la guérison, elle en est le « carburant de secours ». En médecine, si vous avez une jambe cassée, aucune dose de volonté ne ressoudera l’os plus vite. L’os a besoin de temps, de nutriments et d’un plâtre. Pour une pathologie mentale (dépression, TCA, anxiété, TOC, phobies…), c’est la même chose : il y a une réalité biologique (neurotransmetteurs, plasticité cérébrale, inflammation…) sur laquelle la pensée consciente n’a pas de prise directe.
Il y a une confusion entre la la volonté et l’adhésion. La volonté (vouloir guérir) est souvent présente, mais elle s’épuise vite face aux symptômes. L’adhésion thérapeutique (consentir au soin) est ce qui compte vraiment. Aller mieux, ce n’est pas « vouloir » ne plus être malade, c’est accepter de mettre en place des stratégies (thérapies, rituels, traitements médicamenteux…) même quand on n’en a pas envie. La volonté ne guérit pas, mais elle permet de rester dans le cadre du soin. La volonté interviendrait sur environ 10 % de marge de manœuvre que nous laisse la pathologie (la « fenêtre d’action » de la théorie de l’autodétermination). Si la pathologie était un orage (les 90 % subis), la volonté serait ce qui nous permet de décider d’ouvrir notre parapluie ou de chercher un abri… Elle ne fait pas cesser la pluie, mais elle change l’expérience qu’on en a. Aller mieux, c’est élargir progressivement cette fenêtre d’action par « petits pas ». Cliniquement, l’injonction à la volonté peut être contre-productive. Si le patient essaie une thérapie, très motivé, mais n’y arrive pas (car sa chimie cérébrale ou ses traumas l’en empêchent par exemple…), il développe un sentiment qu’on nomme en psychologie « d’impuissance acquise » (« Je suis nul, même ma volonté ne suffit pas…« ). Cela renforce la pathologie. Le rôle du psychologue est de transformer une « volonté de fer » (rigide et culpabilisante) en une « souplesse de roseau » (acceptation et adaptation). Aller mieux n’est pas une question de force de caractère, mais une question de stratégie et de patience. Votre volonté ne sert pas à « combattre » la maladie, elle sert à vous « soutenir » pendant que le reste se soigne.
Une prise de sang pour différencier la bipolarité de la dépression
Alors que 40% des personnes souffrant de bipolarité sont initialement diagnostiqués comme « dépressives », le premier test capable de différencier les deux avec une précision de 80% sort en avril 2024 en France. Basé sur une simple prise de sang, il nécessitera cependant une prescription et coûte 899 euros…
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