Manquons-nous de spiritualité dans notre monde moderne ?
Copyright © 2026 Alexandra RIVIÈRE – Tous droits réservés. https://www.psychologue-riviere.com/blog/ .
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écrit par Alexandra Rivière, Psychologue en Thérapie Intégrative (2025)
Hartmut Rosa est un concept, c’est un sociologue et philosophe allemand contemporain (né en 1965) qui est devenu l’une des figures les plus importantes pour comprendre notre malaise dans la modernité. Il a théorisé deux concepts majeurs qui expliquerait en partie la détresse de l’homme moderne :
> L’Accélération sociale (Le moteur du stress) : Selon Rosa, la modernité est définie par une accélération technologique, économique et sociale permanente. Le paradoxe est que plus nous avons de technologies pour « gagner du temps » (Internet, mails, trajets rapides…), moins nous en avons. La conséquence est que, comme le monde change plus vite que nos capacités d’adaptation, nous sommes dans une course pour rester « sur place ». On travaille plus, on vit plus vite, mais on a le sentiment que le monde nous échappe.
> L’Aliénation et la perte de « résonance » : La « résonance », c‘est cette sensation rare, mais intense, où nous sommes véritablement « en contact » avec le monde, avec une personne, avec une idée, ou avec un paysage. C’est quand l’autre (ou la chose) nous répond, nous transforme et nous permet de nous sentir vivants. Le manque de résonance est devenu tel que dans notre société moderne, tout est devenu « muet ». Les objets (téléphones, démarches administratives…) et même les relations sont devenus des outils de consommation ou de performance. On est dans l’aliénation : on ne résonne plus avec le monde, on le traite comme une ressource à exploiter ou un obstacle à franchir. Aussi, l‘épuisement (Burn-out) ne serait pas seulement une question de fragilité psychologique individuelle, c’est le résultat d’un monde qui ne permet plus de « résonance ». En psychiatrie, on pourrait dire que les « manipulateurs pervers nacissiques » sont des « champions » de l’anti-résonance. Ils traitent les autres comme des objets « muets » qu’ils utilisent. Le PN empêche la résonance, il impose son rythme et son monde à sa victime, l’isolant ainsi de toute possibilité de se sentir reliée authentiquement au monde.
Le bonheur n’est pas une question d’avoir plus (de temps, d’argent…), mais d’être en résonance. Le travail thérapeutique consiste souvent à réapprendre à écouter le monde, à ralentir le rythme imposé par la « théologie de la croissance », afin de retrouver des moments de connexion authentique.
La question de la spiritualité dans notre modernité n’est pas une nostalgie romantique, mais une nécessité clinique et structurelle. Ce « manque » n’est pas une absence de religion, mais un étiolement du sens, une atrophie de la capacité à se relier à ce qui nous dépasse.
D’un point de vue clinique, le manque de spiritualité se manifeste par une crise du sujet. Dans un monde où le « je » est saturé par la performance et l’image (le narcissisme), le sujet perd son ancrage (atrophie du soi). La psychanalyse observe une augmentation des pathologies de la vacuité. Sans une dimension spirituelle — entendue comme une mise en perspective de son existence — le patient se sent comme une « chose » parmi d’autres dans un marché de consommation (l
D’un point de vue philosophique et spirituel, la modernité a évacué le sacré pour ne garder que le rationnel.
Sous un angle géopolitique et économique, on pourrait dire que le manque de spiritualité devient politique. Dans notre système actuel, la spiritualité a été remplacée par une théologie de la croissance. L’économie est devenue le cadre de référence ultime
Enfin, d’un point de vue de la médecine moderne, malgré ses prouesses, on pourrait dire qu’elle a souvent réduit le corps à un mécanisme biologique. Soigner une pathologie sans considérer la dimension spirituelle (le sens de la maladie, la finitude, l’espoir…) est une sorte de mutilation du soin
On pourrait dire que l’homme moderne ne manque pas de spiritualité, mais il manque de temps pour l’éprouver. Nous sommes pris dans un mouvement d’accélération (Hartmut Rosa) qui nous empêche de résonner avec le monde. La spiritualité, ce n’est pas fuir le monde, c’est habiter le monde avec une profondeur différente. C’est passer du stade d’« occupant » (qui consomme) à celui d’« habitant » (qui prend soin). Cliniquement, ce serait retrouver la capacité à s’émerveiller pour réguler l’angoisse. Philosophiquement, ce serait reconnaître que l’humain n’est pas le centre, mais une partie d’un tout vivant. Et politiquement, ce serait comprendre que le « bien commun » dépasse le PIB. En somme, nous ne manquons pas de spiritualité, nous manquerions de silence pour l’écouter.
Alexandra Rivière – Psychologue clinicienne (2025)
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