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« Pourquoi elles ne partent pas ? » : L’Emprise, la prison sans murs

écrit par Alexandra Rivière, Psychologue en Thérapie Intégrative (2026)

On entend toujours cela en 2026…

Comment est-ce possible ?

Après tout ce qu’on sait aujourd’hui sur les violences conjugales, la relation d’emprise et les féminicides !

Parce que la parole sauve et que le verbe est créateur, petite contribution d’une psychologue pour essayer d’en finir avec le tabou…

Où en est-on aujourd’hui en France (mars 2026) ?

Le constat reste malheureusement dramatique en ce début d’année. Au 5 mars 2026, on dénombrait déjà 12 féminicides commis par des compagnons ou ex-compagnons en France. Le décompte est suivi en temps réel par des collectifs comme Féminicides France. La moyenne d’une femme tuée tous les deux jours par son conjoint ou ex-conjoint se confirme tristement. Le cadre juridique s’est renforcé ces dernières années autour de la notion de contrôle coercitif et la loi française s’oriente de plus en plus vers une prise en compte globale des violences (psychologiques, économiques, sexuelles, verbales, physiques) plutôt que de s’arrêter à la seule violence physique. Entre 2016 et 2024, le nombre de plaintes pour violences conjugales enregistrées par les forces de sécurité a plus que doublé. Cette hausse ne signifie pas forcément qu’il y a plus de violences, mais qu’il y a une libération de la parole et un meilleur accueil dans les commissariats. Historiquement, une grande partie des plaintes étaient classées sans suite. Ces dernières années, on observe une volonté politique de remonter ce taux, mais il reste un gouffre entre : le dépôt de plainte et la condamnation. On estime que moins de 20% des victimes de violences conjugales portent plainte. Le « chiffre noir » (la violence non déclarée) reste immense. En février 2026, le droit français a franchi une étape majeure : la loi de février 2026 renforce la notion de Contrôle Coercitif (ou Coercive Control). Le droit ne se limite plus à l’acte physique (le coup, la gifle). Il reconnaît désormais que l’emprise est un crime en soi. Cela permet aux juges de prendre en compte un faisceau d’indices (surveillance, privation de ressources, humiliation répétée, isolement social, surveillance du téléphone…) même en l’absence de traces physiques. C’est ce qui rend l’emprise « punissable ». C’est une révolution pour les victimes dont le conjoint « froid et calculateur » ne laisse jamais de bleus, mais détruit leur esprit (et les poussent à l’auto-destruction ou au suicide). Les statistiques des ministères de l’Intérieur et de la Justice, tant en France qu’au niveau mondial, indiquent que les auteurs d’homicides conjugaux, de viols et de violences physiques graves sont des hommes dans une très large majorité (souvent entre 90 % et 98 %, selon les délits). Cela ne signifie pas que « tous les hommes sont violents », mais que la violence utilisée comme outil de contrôle ou de domination est majoritairement un mode d’action masculin. Les violences masculines sont la racine d’une violence systémique. Lorsque nous parlons de « violence masculine », nous ne parlons pas d’une fatalité biologique, mais d’une construction culturelle et sociologique de la masculinité qui, dans certains cas, s’articule autour de la domination et de la possession. Dans nos sociétés, la virilité a longtemps été construite sur l’idée de puissance, de contrôle et d’invulnérabilité. La violence devient alors une réponse apprise pour « restaurer » une autorité perçue comme menacée (par exemple, quand une femme prend son indépendance). Une partie du problème réside dans l’éducation des hommes à considérer l’Autre (la femme, la compagne) comme un objet ou une propriété, dont ils peuvent disposer. Quand l’objet « échappe », le bourreau entre en décompensation narcissique. Sociologiquement, on pourrait dire que pour ces hommes, la violence remplace la parole. Quand le sujet masculin a été éduqué à ne pas montrer ses émotions (« l’armure masculine »), la seule émotion qu’il s’autorise à exprimer de manière directe et puissante est la colère : seul langage disponible pour exprimer sa frustration, son manque ou son besoin de contrôle. C’est une faillite de la médiation symbolique. Ce n’est pas seulement le geste qui est masculin, c’est aussi la nature de la domination. Dans le couple hétérosexuel, la violence masculine s’inscrit dans un cadre historique où le foyer était le lieu du pouvoir masculin. Les violences conjugales sont souvent l’ultime relique de cette structure patriarcale où l’obéissance était attendue de la part de la femme. La violence « ne tombe pas du ciel », elle est le fruit d’une éducation qui a appris à certains hommes que leur valeur dépendait de leur pouvoir sur les autres. Tant que nous n’admettrons pas que le problème est le modèle de masculinité lui-même (la cause) — celui qui privilégie la force sur l’écoute, le contrôle sur l’altérité — nous continuerons à soigner les victimes (la conséquence) sans jamais tarir la source de la violence. Traiter les auteurs, c’est sauver les victimes… (sachant qu’un seul auteur, c’est plusieurs victimes collatérales : enfants, conjointes, ex-conjointes, maîtresses, amis, collègues…)

La mécanique de l’enfermement psychique

Pourquoi ne quittent-elles pas leurs « maris violents » ? Ce n’est pas un manque de volonté, mais une déstructuration du système de survie. Expliquer le « non-départ », c’est passer du jugement moral (« elle n’a qu’à partir ») à la compréhension systémique. La violence conjugale est une stratégie d’isolement. Le manipulateur démantèle un à un les piliers sociaux de la victime : famille, amis, travail (l’effacement des appuis). Sociologiquement, elle se retrouve sur une île déserte. Partir, ce n’est pas seulement quitter un homme, c’est se retrouver seule au monde, sans filet de sécurité, ce qui est une peur archaïque terrifiante. L’homme violent ou le Pervers Narcissique (PN) nie l’altérité de sa victime : elle n’est plus un « Autre » à respecter (la perte de la notion d’altérité), mais un prolongement de son propre corps (et de sa volonté). La victime finit par intégrer cette négation : elle perd la capacité de se voir comme un sujet distinct . Partir, c’est retrouver le droit d’exister, ce qui nécessite une reconstruction ontologique totale. Sans tomber dans le mysticisme, on pourrait parler de la métaphore de l’intrication toxique. En physique quantique, deux particules intriquées partagent le même état, quel que soit l’espace qui les sépare. Dans l’emprise, le « champ » émotionnel de la victime est totalement intriqué à celui du bourreau. Ses pensées, ses émotions et son rythme cardiaque sont « réglés » sur les variations d’humeur du « PN ». Rompre cet état demande une « décohérence » brutale, un choc qui est souvent perçu par le système nerveux comme une mort imminente. Spirituellement, on pourrait dire que le processus est celui d’un dépouillement forcé de l’âme. La victime est vidée de sa substance, de son essence. Elle reste, non par amour, mais parce qu’elle attend que son « âme » lui soit rendue (notion de « vampirisme » ou « perte d’âme », d’où la nécessité de « recontruction »). Elle attend que le bourreau redevienne celui qu’il a prétendu être au début (la phase de « lune de miel »), car c’est là que réside, selon elle, la « vérité » de l’autre. C’est une quête de rédemption qui est en réalité un piège à illusion (sans fin). La médecine psychiatrique souligne que l’attachement traumatique est un mécanisme de survie. En période de stress intense, le cerveau cherche à s’attacher à la source du danger pour le neutraliser (le « syndrome de Stockholm » comme stratégie de survie). Il est médicalement irrationnel de demander à une personne en état de stress post-traumatique (ESPT) complexe de faire preuve de la même rationalité qu’une personne en sécurité.

L’aliénation conjugale ou quand le cerveau devient son propre geôlier : Le trauma comme réorganisation du cerveau

D’un point de vue neurologique, dans un fonctionnement sain, on pourrait dire que le cortex préfrontal agit comme un chef d’orchestre : il évalue, planifie et régule nos décisions. Or, l’exposition répétée aux violences (le « climat de terreur » instauré par le conjoint) sature l’organisme de cortisol et d’adrénaline. Ce stress chronique finit par « anesthésier » cette zone : les capacités d’abstraction, d’analyse logique et de projection dans le futur sont court-circuitées. Le cerveau de la victime, pour survivre, finit par « se déconnecter » de la réalité pour ne pas « exploser ». Elle ne peut plus penser son départ, elle est physiquement incapable de construire la stratégie complexe que nécessiterait une rupture sécurisée. La victime d’emprise n’est pas « indécise », elle est en état de sidération traumatique. Le cerveau, soumis à un stress chronique, bascule en mode « survie archaïque » et opère une réorganisation totale de ses priorités neuronales (la désintégration du soi). La victime ne « décide » plus, elle réagit pour éviter le prochain coup (physique ou psychologique). C’est ce qu’on appelle : la perte de l’autonomie cognitive. L’emprise n’est pas une faiblesse, mais une neutralisation neurologique. Contrairement à une idée reçue, l’emprise ne se construit pas par la force, mais par la « dissonance cognitive ». Le manipulateur instille des contradictions permanentes (chaud/froid) : il est le meilleur et le pire, le plus soutenant et le plus humiliant, le plus aimant et le plus destructeur (les cycles de la violences). Parallèlement, l’amygdale — le centre de détection des menaces — devient hyper-réactive. Elle ne fait plus la différence entre un danger immédiat et un simple regard ou une phrase du conjoint. Le cerveau de la victime vit dans une hyper-vigilance permanente. Cette « alarme interne », activée en continu, finit par saturer les capacités de traitement, menant à une dissociation : pour supporter l’insupportable, la victime se déconnecte de ses propres ressentis physiques et émotionnels pour devenir un pur sujet réactif. Le stress prolongé a un effet neurotoxique sur l’hippocampe, la zone responsable de la mémoire et de la contextualisation. En « grignotant » la mémoire, le bourreau empêche la victime de lier les événements entre eux. Elle perd le fil de la chronologie des abus, ce qui rend la narration cohérente de sa propre souffrance impossible : elle finit par douter de sa propre mémoire, un mécanisme de gaslighting neurologique. Ce n’est plus une question de volonté, mais une perte d’autonomie cognitive. Le cerveau, épuisé par la survie, renonce à l’unité du « Moi ». La victime ne « décide » plus, elle réagit en mode réflexe pour éviter le prochain coup. Cette perte de contrôle est le socle de l’emprise : à force de vivre dans l’urgence, la victime perd la perception de son individualité. Elle n’est plus un sujet qui agit, mais uniquement un objet qui subit, dont le cerveau, devenu son propre geôlier, a été reprogrammé pour la maintenir dans l’orbite de son bourreau.

Pourquoi le départ n’est pas une question de courage ?

Les verrous psychologiques maintiennent donc la victime à l’intérieur d’une « prison invisible« . Il n’y a plus de décisions rationnelles, mais une stratégie de survie adaptée à un environnement pathogène. La question Pourquoi ne partent-elles pas ? repose sur une erreur de perspective : elle suppose que le choix se fait entre « rester dans la violence » ou « partir en liberté ». En réalité, pour la victime, le choix se fait entre « rester dans un enfer connu » et « sauter dans un vide absolu ». Le départ est une épreuve humaine. Dans les violences conjugales, la lune de miel n’est pas une simple réconciliation, c’est une stratégie de conditionnement. Après une crise (les cycles de la violences), le bourreau redevient l’être aimant, celui qui a séduit au début (prince charmant, érudit ou altruiste). Ce retour à la normalité agit comme une drogue : il valide l’espoir que « tout pourrait redevenir comme avant« . La victime ne s’attache pas à l’agresseur, elle s’attache à la promesse de rédemption qu’il incarne. Elle reste pour réparer l’image du partenaire qu’elle a rencontré au début et cru connaître (mais qui n’existait pas en réalité, c’était une construction – consciente et inconsciente – du bourreau, pour séduire la proie), investissant une énergie épuisante dans une quête de cohérence impossible (piège ultime des personnes « hypersensibles/HPE » ou « surdoués/HPI/ » qui veulent toujours « comprendre »). L’emprise réside dans l’espoir auto-suggéré où la victime devient « complice » malgré elle (situation perverse). Tout ceci n’est pas de l’amour, il s’agit d’une relation dysfonctionnelle et toxique, faite de dépendance, de manipulation et de contrôle. Dans ce « tango mortel » (référence à Alberto Eiguer dans sa notion de « danse à deux »), les enfants sont souvent le levier principal de l’emprise. La victime est tiraillée entre deux impératifs contradictoires : protéger ses enfants de la violence et leur offrir un « père ». Le manipulateur joue sur cette corde sensible en se présentant comme un père indispensable (ou parfait – aux yeux de la société). La honte de « casser la famille » est un poids immense. De plus, la peur de perdre la garde — le manipulateur menaçant de la détruire devant les services sociaux et les juges — transforme la maternité en une vulnérabilité exploitée. C’est ici que la honte devient un instrument de contrôle. Pour maintenir la façade d’un couple idéal, la victime a souvent dû « mentir par omission » auprès de ses proches, valorisant un conjoint qu’elle sentait pourtant toxique au fur et à mesure du temps (la perversion est sournoise, progressive et invisible). Admettre la violence, c’est admettre devant ses amis, sa famille et la police qu’elle s’est trompée, qu’elle a été « aveugle », ou qu’elle a subi l’humiliation sans réagir (l‘effet de miroir brisé). Que vont-ils dire ?, Vont-ils me croire après tout ce que j’ai dit en bien de lui ? Il paraît si parfait et merveilleux aux yeux des autres (masque de la normalité) ! Et si la police ne fait rien ? Et si elle ne me croyait pas ?, Comment prouver une violence invisible qui ne laisse pas de « traces » (violences sourdes) ?… Cette honte agit comme une barrière sociale qui boucle la « prison mentale » : la victime préfère souffrir en silence plutôt que d’affronter l’incompréhension ou le jugement de ceux dont elle a besoin pour s’échapper (sensation d’être « seule contre tous », le clivage du bourreau – physique et psychologique – a opéré). Partir nécessite des ressources cognitives (se loger, travailler, gérer l’administratif…) que l’agresseur a systématiquement sabotées (la dépossession du réel) : il faisait les papiers, s’occupait des impôts, prenait les décisions, avait convaincu la victime qu’elle « n’avait pas besoin de travailler et qu’elle pouvait rester à la maison s’occuper des enfants tranquillement pendant que lui travaille »… Elle ne part pas, parce qu’elle a été minutieusement dépossédée de sa capacité à agir sur le monde. Chaque tentative de départ avortée renforce son sentiment d’incapacité : J’ai essayé et j’ai échoué, donc je suis incapable, on ne va plus me croire, on va dire que je suis folle, peut-être que c’est vrai après tout, et si j’inventais tout ça ? Tout le monde dit qu’il est si gentil… Le manipulateur utilise ces « échecs » pour confirmer sa toute-puissance : Tu ne peux rien faire sans moi (tu es à moi / possession / contrôle).

Le Pourquoi elle ne partent pas est la mauvaise question… La vraie question est : « Comment la société, par son silence et son déni, maintient-elle les verrous de cette prison ? » Partir ne suffit pas, il faut se reconstruire. Le départ n’est qu’une étape physique. La libération, elle, est un long travail de réappropriation de sa propre humanité. Demander Pourquoi elles ne partent pas ? , c’est, d’un point de vue clinique et sociologique, déplacer la responsabilité sur la victime, en traitant le symptôme (l’immobilisme) plutôt que la pathologie (l’agression). C’est le miroir de cette question que l’on posait autrefois (voire toujours aujourd’hui malheureusement) aux femmes victimes de viols : Comment étiez-vous habillée ?. Il faut inverser le paradigme où le bourreau est au centre du questionnement. Il est urgent de poser les questions à l’endroit. Pourquoi demander à une personne dont le système nerveux est en état de délabrement post-traumatique complexe de trouver la force de s’échapper, alors que nous devrions plutôt examiner les rouages du prédateur ? La véritable anomalie, ce n’est pas l’incapacité de la victime à partir, c’est la capacité d’un autre individu à détruire son prochain. Nous devons questionner la mécanique de l’emprise : comment certains hommes parviennent-ils à créer une bulle sensorielle, affective et cognitive qui abolit la volonté de l’Autre ? Le féminicide n’est pas une « pulsion » incontrôlable, c’est l’étape finale d’un processus de déshumanisation où l’homme, en quête d’une toute-puissance illusoire, considère que si l’objet de son emprise lui échappe, il a le droit de le supprimer. Pourquoi, en 2026, comptons-nous encore en France, une femme assassinée tous les deux jours par son conjoint ? Parce que nous continuons de traiter ces crimes comme des « faits divers » ou des « drames passionnels », alors qu’il s’agit d’une stratégie de domination systémique. Le féminicide est la réponse violente à une perte de contrôle. Il est temps de braquer le projecteur non plus sur le « pourquoi elle reste », mais sur le « pourquoi il tue », sur les mécanismes d’un narcissisme prédateur qui ne tolère aucune autonomie chez la partenaire. Le tabou ne réside pas dans la peur de la victime, il réside dans le refus collectif de nommer la perversion du bourreau pour ce qu’elle est : une pathologie sociale et individuelle. Le départ n’est jamais un événement unique, c’est un processus sinueux fait d’allers-retours nécessaires (en addiction, les « faux-pas » ne sont pas une exception, mais la règle). Chaque échec est une expérimentation, et chaque retour est une strate de plus dans la compréhension de l’emprise. Le départ ne nécessite pas seulement du courage, il nécessite des conditions de sécurité — matérielles et psychiques — que notre société doit enfin garantir. L’emprise tient grâce la dépendance affective (addiction) vécue des deux côtés, mais où d’un côté, l’un contrôle (les fils invisibles) et l’autre y croit vraiment (la marionnette). Les deux ne jouent pas le même « jeu » (je) et un seul sortira perdant, la victime. Le bourreau jettera son « objet » (proie) quand il verra que c’est perdu (« la souris ne bouge plus ») et disparaîtra du radar, refera rapidement sa vie avec un nouveau « trophée » (proie) qu’il exhibera à tout le monde ou tueras sa victime (féminicide) : Je t’ai créé (complexe de Dieu), tu es à moi, tu seras avec moi ou tu ne vivras pas du tout… car ton existence n’existe pas en dehors de ma volonté (déni de l’altérité / relation d’objet)…

Les cycles de la violences

 

Bien que critiqué pour sa linéarité, le modèle de Leonore Walker, reste un outil pédagogique puissant pour aider les victimes à identifier le schéma répétitif de leur quotidien. Il faut le voir comme une mécanique de précision utilisée par le bourreau pour maintenir l’emprise. Ce cycle n’est pas une « tempête » imprévisible, c’est une « horlogerie ». Le manipulateur utilise ces étapes (consciemment et inconsciemment) pour désorienter sa victime et rendre le départ psychologiquement impossible.

1. La montée des tensions (la marche vers le précipice)

C’est la phase où la victime sent que « quelque chose ne va pas ». Elle marche sur des œufs, tente de devancer les désirs ou les colères de l’autre pour éviter l’explosion. Le bourreau crée un climat de menace latente. Il est irritable, sarcastique, ou affiche un silence méprisant. Le taux de cortisol augmente drastiquement chez la victime. Son cerveau est en état d’alerte maximale, scrutant le moindre changement dans le comportement de son conjoint.

2. L’explosion (la décharge de violence)

C’est la phase de violence manifeste : insultes, agression physique, humiliations publiques, ou destruction d’objets. Le bourreau déverse son « trop-plein » d’agressivité et décharge ses tensions sur l’autre, qui devient le bouc émissaire de ses propres échecs. La victime est en sidération traumatique. Le cortex préfrontal « disjoncte » pour protéger la psyché d’un effondrement total. C’est le moment de la dissociation.

3. La phase de lune de miel (la manipulation par le soulagement)

C’est la phase la plus insidieuse, celle qui bloque le départ. Le bourreau s’excuse, devient l’homme tendre et attentionné des débuts, promet que cela ne se reproduira plus, et couvre la victime de cadeaux ou d’attentions. Le bourreau pratique le renforcement intermittent. C’est cette alternance aléatoire entre punition et récompense qui rend l’attachement addictif. La victime ressent un soulagement immense, une sorte de « sevrage » temporaire. C’est ici qu’elle se dit : « Il est redevenu lui-même ». L’espoir reprend le dessus, neutralisant la colère salvatrice.

La plupart des victimes pensent qu’elles sont dans une relation « normale avec des hauts et des bas » (le « piège » du changement). Il faut savoir que  plus le temps passe, plus la phase de « lune de miel » s’amenuise, voire disparaît, pour laisser place à un état de tension permanente. Le bourreau ne « change » pas lors de la lune de miel, il recharge ses batteries et sécurise sa proie pour le prochain cycle. Il ne cherche pas la réconciliation, il cherche la pérennisation, la soumission et l contrôle. La vraie question n’est pas de savoir comment supporter ces cycles, mais comment se donner les moyens de briser la chaîne avant la prochaine explosion. La sortie du cycle ne se fait pas par la patience, elle se fait par la rupture radicale de la chaîne de renforcement.

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